Gabon : des mesures d’austérité fortement contestées

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(Crédits : Reuters)
Sous pression du FMI qui juge le rythme des réformes assez lent, le gouvernement gabonais s’est enfin décidé à mettre en œuvre des mesures d’austérité budgétaire. Au risque de provoquer une levée de bouclier social avec les syndicats qui contestent déjà les ajustements annoncés, les autorités n’ont vraiment pas assez de marges de manœuvre au regard de la situation économique du pays et en dépit d’un léger rebond de la croissance attendu cette année.

C'est donc sous pression du FMI que le gouvernement gabonais s'est décidé, à l'issue du conseil des ministres du vendredi 22 juin, d'adopter des mesures d'austérité budgétaire. En mission à Libreville du 13 au 25 juin dans le cadre du programme appuyé par le Mécanisme élargi de crédit (MEDC), les services du FMI ont relevé la lenteur dans la mise en œuvre des réformes convenues pour aider le pays à sortir de la conjoncture en contrepartie d'une assistance financière. Bien que la croissance économique affiche de bonnes perspectives avec un rebond attendu de 0,5% en 2017 et à 2% en 2018, le FMI a noté que «la performance du programme a été faible avec des dérapages budgétaires substantiels et des progrès lents sur les réformes structurelles».

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Selon les services du FMI, dans un communiqué publié à la fin de la mission, «les autorités ont convenu de prendre des mesures correctives fortes. Les discussions se poursuivent pour finaliser un ensemble de mesures et de réformes qui pourraient être présentées au Conseil d'administration du FMI avant la fin du mois de juillet 2018». Il y avait donc urgence à agir pour les autorités gabonaises qui ont de toute évidence anticipé la première appréciation du FMI avant la fin de la mission et en attendant la validation du conseil d'administration de l'institution de Bretton Woods. C'est ce qui explique d'ailleurs que les mesures d'austérité budgétaire ont été adoptées et publiées par le gouvernement quelques heures avant la fin du séjour de la délégation du FMI à Libreville.

Au cours de la mission, le fonds a pourtant relevé quelques signes positifs enregistrés par l'économie gabonaise, notamment une activité robuste dans les secteurs de l'extraction minière, de l'agriculture et du bois, en dépit de la faiblesse de la contribution des secteurs traditionnels, notamment pétrolier, du commerce et des services.

«Cela indique que certains éléments de la stratégie de diversification des autorités commencent à avoir un impact positif», ont ajouté les analystes du FMI, en estimant que l'activité économique semble se stabiliser avec le spectre de la récession qui s'est depuis éloigné ; une inflation modeste de 2,7% et l'exportation de l'or et des minerais qui a contribué à réduire le déficit du compte courant en 2017.

«La croissance économique devrait se redresser en 2018 pour atteindre 2 %, soit un rebond plus modeste que prévu», poursuit le FMI dans sa note d'évaluation préliminaire, et les perspectives à moyen terme restent favorables, «si des politiques adéquates sont mises en œuvre comme prévu».

Une loi des finances rectificative pour accélérer les réformes

Le FMI a certes relevé quelques vulnérabilités qui ont affecté le secteur financier depuis l'année dernière avec des dépôts bancaires et des crédits au privé en baisse, des créances en souffrance en hausse. Mais ce qui a alarmé le plus le FMI, c'est la lenteur des réformes.

«La mission s'est déclarée préoccupée par la faiblesse des résultats du programme, les dérapages budgétaires substantiels et les progrès décevants des réformes structurelles. Le déficit budgétaire global a baissé d'environ 3% du PIB, globalement en ligne avec les projections du programme. Cela a contribué à contenir la dette publique, y compris les arriérés intérieurs, à environ 63 % du PIB. Cependant, la composition de l'ajustement a été peu optimale car elle a reposé sur une forte baisse des investissements publics, ce qui peut avoir un impact négatif sur la croissance», a déclaré Alex Segura-Ubiergo, chef de la mission du FMI à Libreville.

En clair, pour les services du Fonds, les progrès ont également été insuffisants pour contenir les dépenses courantes, notamment les salaires et traitements, les transferts, les subventions et les comptes spéciaux.

De leur côté, les recettes non pétrolières ont été faibles et «les progrès réalisés pour éliminer les arriérés intérieurs et extérieurs ont également été plus lents qu'attendu, et de nombreuses réformes structurelles importantes ont été retardées ou n'ont pas été mises en œuvre comme prévu». Le gouvernement s'est par conséquent engagé de nouveau à accélérer la mise en œuvre du programme et a convenu de mettre en œuvre des mesures décisives dans le cadre de la loi de finances rectificative 2018.

«La mission a noté que les efforts inclus dans le projet de loi de finances rectificative pour réduire la masse salariale contribueront à alléger les pressions de trésorerie et à placer les finances publiques sur une trajectoire soutenable», semble apprécier le FMI qui se base sur les engagements des autorités.

Levée de bouclier social

Bien que le FMI insiste sur l'accélération de la mise en œuvre des réformes, notamment pour contenir le poids de la masse salariale, il a recommandé à ce que les mesures visant à renforcer la mobilisation des recettes, ainsi que des réductions supplémentaires du niveau total des dépenses, prennent en compte la nécessité de protéger les dépenses sociales. Autant dire que le FMI n'entend point se mettre en avant et assumer la paternité de l'opération «serrer les ceintures» qui s'annonce, sans toutefois décélérer la pression qui s'accentue sur le gouvernement d'Emmanuel Issoze-Ngondet. Ce dernier fait déjà face à une levée de boucliers des syndicats qui n'entendent point sacrifier leurs acquis sociaux sur l'autel de l'austérité budgétaire.

Dans un contexte sociopolitique assez tendue, surtout en perspectives des législatives reportées à maintes reprises, le gouvernement va devoir jouer donc à l'équilibriste entre la pression du FMI et la contestation sociale qui risquent fort d'exacerber les tensions politiques. D'autant que la relative embellie de l'économie dont fait cas le FMI est loin d'offrir véritablement une soupape aux autorités : le bout du tunnel de la crise qui a émergé de la baisse des cours de pétrole de 2014, principal produit d'exportation du pays, est encore loin. Plus que jamais, le pays d'Ali Bongo a besoin, comme ses autres pairs de la CEMAC qui bénéficient du même programme, de l'assistance financière et technique de l'institution que dirige Christine Lagarde qui entend visiblement ne plus faire dans la dentelle en distribuant les bonnes notes.

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