Cameroun : les nouvelles promesses de Biya à la jeunesse

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A 84 ans dont 35 au pouvoir, Paul Biya s’apprête probablement à briguer un 7e  mandat à la tête du pays.
A 84 ans dont 35 au pouvoir, Paul Biya s’apprête probablement à briguer un 7e mandat à la tête du pays. (Crédits : Reuters)
Le chef de l’Etat camerounais s’est adressé à la jeunesse du pays ce samedi 10 février lors d’un message à la nation qui met fin aux rumeurs sur son état de santé. Sans grandes annonces, Paul Biya a invité la jeunesse camerounaise à s’impliquer dans la stratégie d’émergence à l’horizon 2035. Avec à la clé, de nouvelles promesses d’emploi et d’opportunités qui ont du mal à enchanter la population ciblée par l’opération de charme présidentielle.

Paul Biya va bien ! C'est en tout cas l'essentiel de ce que les camerounais ont retenu de la sortie médiatique du chef de l'Etat. Ce samedi 10 février, le président camerounais s'est en effet sacrifié à la tradition en respectant le rituel du message à la nation à l'occasion de la fête de la jeunesse. Alors que ces derniers temps, des rumeurs de plus en plus insistantes font cas de la dégradation de son état de santé, le président camerounais est apparu en pleine forme lors de son allocution retransmise en direct sur la chaîne publique. S'il n'a pas évoqué son état de santé durant le message télévisé, l'opération est apparue également comme un coup de "com" de la présidence.

Dans son adresse à la jeunesse, Paul Biya a passé en revue l'état du pays, les défis de l'heure ainsi que les perspectives en s'appuyant sur les mesures prises par le gouvernement pour soutenir la croissance dans un contexte difficile. « Ces dernières années n'ont pas été faciles pour notre pays » a reconnu le président camerounais qui a cité entre autres la lutte contre Boko Haram, l'accueil de dizaines de milliers de réfugiés et de déplacés, les troubles dans les zones anglophones mais aussi et surtout des conséquences de la baisse des cours du pétrole et des matières premières afin de retrouver le chemin de la croissance. Sur tous ces fronts, le président Biya a estimé que son pays a fait preuve de « résilience ».

Les grands sujets passés à la trappe

S'il a permis de rassuré sur l'état de santé du chef de l'Etat, le discours de Paul Biya a eu pourtant un goût d'inachevé au sein de l'opinion comme en témoignent les commentaires qui ont suivis le message à la nation surtout sur les réseaux sociaux. Le président Biya a en effet sciemment occulté les sujets d'actualités majeures où il était attendu. S'il a juste souligné que la situation dans les zones anglophones « s'est stabilisée», il a par contre occulté ses ambitions pour les prochaines élections présidentielles prévues cette année.

Le président Paul Biya s'est plutôt de nouveau lancé dans de nouvelles annonces particulièrement à l'égard des jeunes à qui il a promis des lendemains. « Vous êtes fortement interpellés par la Nation. Car c'est vous en effet qui, dans les décennies à venir, serez en charge de la conduite de notre pays. Il convient donc que vous soyez à la hauteur de l'enjeu, en disposant de compétences et de l'expérience requises » a adressé le chef d'Etat camerounais. Toutefois, il a souligné que le « nouveau monde », qui est en train de se mettre en place «pourrait être plus dur et plus instable que l'ancien ».  « Dans un monde plus rigoureux et moins ouvert, les pays en développement pourraient connaître plus de difficultés pour protéger leurs intérêts et assurer leur progrès économique et social » a poursuivi le Biya pour qui « si le Cameroun peut compter sur la solidarité de ses partenaires extérieurs, ainsi que sur la compréhension des grandes organisations internationales, il n'en reste pas moins que l'effort principal lui revient naturellement.

« Ce n'est pas en effet seulement l'affaire du gouvernement, mais bien celle de chacun et chacune d'entre nous. Et, à ce propos, je reprendrai à mon compte la formule célèbre : « Ne  vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Cet appel à l'effort auquel je vous exhortais il y a tout juste un an dans les mêmes circonstances, je le renouvelle aujourd'hui. Plutôt que de céder à la tentation du mirage de l'émigration clandestine et d'entreprendre un voyage périlleux dont l'issue est souvent malheureuse, je vous invite à participer activement à notre grand projet qui vise à accéder à l'émergence à l'horizon 2035 ». Paul Biya

Des promesses pour la jeunesse

Défendant son bila, le chef de l'Etat camerounais a estimé que « l'Etat a beaucoup fait au cours des dernières années »  pour préparer les jeunes à affronter les défis de l'heure et à profiter des opportunités qu'offrent les nouvelles perspectives du pays. En plus de l'augmentation du budget consacré à l'éducation et la formation qui représente environ 15 % de la dépense publique du pays ainsi que de diverses mesures mises en œuvre pour renforcer le secteur, Paul Biya a annoncé que 473.303 emplois jeunes ont été recensés au 31 décembre 2017. « C'est mieux que l'objectif de quatre cent mille (400.000) que nous nous étions fixé » a reconnu le président camerounais ajoutant aussitôt que les autorités sont conscientes « qu'il en faut plus pour résorber le chômage des jeunes ».

C'est pourquoi il a relaté d'autres projets socioéconomiques mis en œuvre ou envisagés dans différents secteurs de développement et qui se traduiront par la création de milliers d'emplois dans le cadre des ambitions de la stratégie de croissance pour l'émergence à l'horion 2035. Biya s'est à ce sujet engagé sur la poursuite du plan triennal « spécial jeunes » qui a été lancé en 2017 et qui se fixe comme priorités, entre autres, l'accès des jeunes à l'agriculture, l'industrie, l'artisanat, l'économie numérique et l'innovation. « Près de 500.000 jeunes se sont déjà inscrits auprès de l'Observatoire National de la Jeunesse pour y participer. Les financements étant déjà disponibles, la mise en œuvre de ce programme va s'accélérer en 2018 » a précisé le président camerounais.

Le chef de l'Etat n'a pas manqué, à la fin de son allocution, d'appeler la jeunesse à plus de patriotisme notamment sur les réseaux sociaux. « De ma position de chef de l'Etat, j'aperçois les signes d'un frémissement qui prouvent que vous vous intéressez de plus en plus aux affaires publiques » qui faisait implicitement référence aux débats assez souvent virulents sur la toile.

« Les réseaux sociaux vous offrent à cet égard un champ d'expression de prédilection. Chaque fois qu'en un clic, vous empruntez ces autoroutes de la communication qui vous donnent une visibilité planétaire, il vous faut vous souvenir que vous n'êtes pas pour autant dispensés des obligations civiques et morales, telles que le respect de l'autre et des institutions de votre pays. Soyez des internautes patriotes qui œuvrent au développement et au rayonnement du Cameroun, non des followers passifs ou des relais naïfs des pourfendeurs de la République ».  Paul Biya

 Le message de Paul Biya a suscité divers commentaires qui pour l'essentiel se montrent assez sceptiques quant aux promesses présidentielles et qui surtout n'ont pas manqué de relever quelques contradictions dans l'allocution présidentielle. La plus rhétorique, c'est le passage où le chef de l'Etat camerounais parle "d'un monde à la veille d'une mutation extraordinaire". « La plupart des pays développés voient leur population vieillir. L'Afrique, au contraire, sera un continent majoritairement jeune vers la moitié du siècle » a mis en exergue le chef de l'Etat. « C'est à la fois une chance et un défi. Saisissons cette chance et relevons ce défi. Je crois que notre jeunesse est capable de le faire » a conclu celui qui, à  84 ans dont 35 au pouvoir, s'apprête probablement à briguer un 7e  mandat à la tête du pays.

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