Les transferts de la diaspora en repli pour la deuxième année consécutive

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(Crédits : Shute)
Les envois de fonds de la diaspora ont connu une baisse en 2016 selon le dernier décompte établi par la banque mondiale. C’est la deuxième année consécutive que ces transferts, qui jouent un rôle important en Afrique, accusent un recul principalement en raison de la conjoncture mondiale. En 2017, les projections tablent sur un rebond des envois, dans le sillage de la reprise attendue de la croissance mondiale.

Il fallait s'y attendre et les données le confirment. Selon la Banque mondiale, les envois de fonds des travailleurs migrants vers les pays en développement ont reculé en 2016 pour la deuxième année consécutive, confirmant ainsi « une tendance inédite depuis trois décennies ».

En Afrique subsaharienne, les envois de fonds auraient fléchi de 6,1 % l'année dernière pour s'établir à quelques 33 milliards de dollars. Selon la note de la Banque mondiale, cette baisse de régime s'explique par « l'effet conjugué du ralentissement de la croissance dans les pays d'origine, du repli des cours des produits de base et, en particulier, du pétrole, et des envois de fonds informels consécutifs à la mise en place d'un contrôle des changes dans des pays comme le Nigéria ».

Cette  tendance à la baisse a été marquée au niveau mondial mais elle est plus accentuée au niveau des pays en développement qui de manière générale ont perçu des fonds estimés à  429 milliards de dollars en 2016, soit un recul de 2,4 % par rapport à 2015, où ils ressortaient à plus de 440 milliards. Selon la même source, si l'on comptabilise également les envois à destination des pays à revenu élevé, le montant total des transferts dans le monde s'est replié de 1,2 % en 2016, à 575 milliards de dollars, contre 582 milliards en 2015.

En Afrique subsaharienne, c'est surtout les mauvaises performances économiques de l'Europe qui rejaillissent sur les envois de fonds. Au Nigéria par exemple, le recul des fonds a atteint 10 % alors qu'il a été de 9,5% en Égypte.

« Les envois de fonds des travailleurs migrants sont une importante source de revenu pour des millions de familles dans les pays en développement. Aussi la baisse de ces transferts d'argent peut-elle avoir des conséquences graves sur la capacité de ces ménages à se soigner, scolariser leurs enfants et s'alimenter correctement » a indiqué à ce sujet, Rita Ramalho, la directrice par intérim du Groupe des indicateurs mondiaux de la Banque mondiale.

Des perspectives plus reluisantes

En 2017, les projections tablent sur un rebond du montant des transferts  d'argent en direction du continent. La Banque mondiale s'attend ainsi à une augmentation de l'ordre de 3,3 %, ce qui portera les envois à 34 milliards de dollars dans la droite ligne du redressement attendu des perspectives économiques mondiales.

Les perspectives s'annoncent donc plus reluisantes pour les prochaines années puisqu'en plus de la reprise attendue de l'économie mondiale, les flux migratoires devraient également enregistré une certaine hausse en direction notamment de l'Europe, l'une des principales destinations des migrants africains. Selon Dilip Ratha,  directeur du Partenariat international sur la migration et le développement (KNOMAD), la dynamique socioéconomique dans les pays européens va engendrer de nouveaux besoins en mains d'œuvre, ce qui constitue une opportunité pour les migrants.

« Étant donné les importants écarts de revenus, le chômage généralisé des jeunes, le vieillissement de la population dans de nombreux pays développés mais aussi le changement climatique, les situations de fragilité et les conflits, les flux migratoires sont très certainement appelés à augmenter à terme ».

Cette tendance ne devrait toutefois pas occulter certains aspects qui risquent de freiner la dynamique puisque plusieurs pays à revenu élevé et accueillant de nombreux migrants envisagent d'imposer les envois de fonds, « en partie pour augmenter leurs recettes et en partie pour dissuader les migrants sans papiers, et met en garde contre ce type d'impôt, difficile à gérer et éventuellement source de trafics souterrains ».

 Dans sa note, la Banque mondiale n'a pas manqué de revenir sur le coût des transferts qui reste encore élevé notamment en Afrique. Alors qu'à l'échelle mondiale, le coût moyen du transfert de 200 dollars est resté stable au premier trimestre de 2017, à 7,45 %, il est de 9,8% pour le continent alors que la cible est de 3 %, tel qu'il a été fixée dans les Objectifs de développement durable (ODD). « La baisse des coûts de transaction achoppe notamment sur la décision des banques internationales de fermer les comptes bancaires détenus par des opérateurs de transferts de fonds afin de supporter l'important fardeau réglementaire lié à la lutte contre le blanchiment d'argent et la criminalité financière » explique la Banque mondiale qui estime que cela amplifie la complexité des services d'envois de fonds vers certaines régions et leur coût.

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