Ghana : enfin un budget sans le FMI pour Akufo-Addo

 |   |  923  mots
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Akuffo-Addo n'a cessé de plaider pour la souveraineté économique de son pays.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Akuffo-Addo n'a cessé de plaider pour la souveraineté économique de son pays. (Crédits : DR)
Le gouvernement ghanéen a déposé au parlement, le projet de loi de finances 2019. Il s’agit du premier budget de l’ère Nana Akufo-Addo, sans contrôle du FMI. Depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l’Etat a fait part de son intention de se débarrasser de la tutelle de l’institution financière internationale. La décision n’est pourtant pas sans soulever certaines critiques internes avec notamment le risque d’un plus grand endettement pour le pays.

Le président ghanéen a enfin son budget comme il l'entend : sans la tutelle du FMI avec qui le pays s'est engagé avec un programme triennal de trois ans et qui est arrivé à échéance cette année. Bien que ça soit la troisième loi de finances élaborée par le régime de Nana Akufo-Addo, il s'agit du premier sans la tutelle de l'institution qui a mis à la disposition du pays un programme de réformes économiques adossé à une assistance financière de 918 millions de dollars. L'accord a été conclu par le précédent régime de l'ancien président, John Dramani Mahama, et le FMI avait imposé certaines conditions qui obligeait le gouvernement à améliorer ses ressources internes, à maîtriser ses dépenses et à réduire son déficit. Des conditions qui limitent les marges de manœuvre du gouvernement, qui a dû par exemple, limiter les recrutements dans la fonction publique, et qui ont été décriées par l'actuel président qui a annoncé, depuis son accession au pouvoir, son intention de se débarrasser de cette tutelle à la fin du programme.

Lire aussi : Ghana : débarrassé de la tutelle du FMI, Akufo-Addo promet une nouvelle ère de prospérité

C'est désormais chose faite avec le projet de loi de finances déposé cette semaine au Parlement. Le ministre de la communication, Kojo Oppong Nkrumah, a confirmé que le projet de budget a ainsi été élaboré, afin d'apporter «plus de soulagement, d'espoir et d'amélioration du niveau de vie des populations».

Lourd héritage et souveraineté économique

Le Ghana a donc retrouvé sa souveraineté économique que revendique le président Akufo-Addo depuis son arrivée au pouvoir. En présentant les grandes lignes du projet, le ministre ghanéen des finances, Ken Offori-Atta, a indiqué que malgré la fin du programme avec le FMI, le gouvernement veillera à maintenir la discipline budgétaire, tout en veillant à insuffler une nouvelle dynamique à l'économie nationale afin de booster la croissance. Pour ce faire, les investissements seront intensifiés dans les infrastructures, «sans compromettre la viabilité de la dette», et les crédits au profit des petites et moyennes entreprises seront également rehaussés.

Selon le ministre, au cours des deux premières années, le gouvernement avait œuvré pour corriger les dérapages enregistrés durant les précédentes années, dans le strict respect des objectifs fixés dans le programme du FMI. Ainsi, l'environnement macroéconomique s'est sensiblement amélioré comme le démontre, selon le ministre, «la réduction du taux directeur de la banque centrale, ainsi que de l'inflation et du déficit budgétaire, avec parallèlement, l'amélioration de la croissance, des réserves et l'amélioration des notations de crédit».

Pour le ministre, avec les marges de manœuvres ainsi retrouvées, le gouvernement veillera à appliquer le programme de mandat du président Nana Akuffo-Addo, ajoutant que malgré les efforts, beaucoup reste encore à faire pour que la croissance devienne plus robuste, durable et surtout inclusive.

«Nous ne prétendons pas avoir fini de résoudre tous les problèmes du Ghana. Mais notre travail au cours des deux premières années est une bonne base, ce qui devrait nous permettre de faire plus dans les années à venir pour améliorer la vie des ghanéens», a mis en avant le ministre de la communication Kojo Oppong Nkrumah.

Dans le même sillage, le ministre des Finances, qui détaillait le projet de loi des finances avec son homologue de la communication, a expliqué que le gouvernement veillera à optimiser les ressources fiscales ainsi que les recettes tirées de l'exploitation pétrolière.

Inquiétudes

Cette sortie du programme du FMI n'est pas sans soulever des inquiétudes notamment auprès des investisseurs mais aussi des analystes. Si certaines agences de notations internationales estiment que le Ghana a encore besoin de l'assistance technique du FMI, certains économistes vont plus loin, en soulignant qu'il s'agit d'une nécessité. C'est le cas par exemple du professeur, Godfred Bokpin, fondateur du cabinet ghanéen d'expertise financière et d'audit Imani. Lors d'une conférence de presse sur le budget 2019 organisé par le cabinet ce vendredi 23 novembre à Accra, il a soulevé quelques préoccupations sur la viabilité de la dette, la discipline budgétaire et la mobilisation des recettes fiscales.

Lire aussi : Ghana : le deal « bauxite contre 2 milliards de dollars de Sinohydro » fait toujours polémique

Selon lui, sans la surveillance du FMI, le gouvernement pourrait être amené à relâcher sa prudence budgétaire et à recourir à plus d'endettement sur les marchés internationaux. En ce sens, le professeur Bokpin, a recommandé que le gouvernement puisse recourir à un autre instrument plus flexible du FMI, notamment une ligne de précaution et de liquidité (LPL) ou le Programme de soutien aux politiques (PSP), ce qui permettrait de bénéficier des conseils et du soutien du Fonds sans recourir à un mécanisme d'emprunt. «Le PSP aide, par exemple, les pays à concevoir des programmes économiques efficaces, et constitue un signal fort aux donateurs, aux banques de développement multilatérales et aux marchés», a ajouté le professeur qui n'a pas manqué de relever que, «le rythme auquel des emprunts pour financer le déficit infrastructurel a des conséquences sur la croissance de la productivité».

Le gouvernement ghanéen a en effet annoncé un vaste plan de plusieurs dizaines de milliards à lever sur les marchés des capitaux pour financer son déficit d'infrastructures.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :