Afrique du Sud : surendettée, Eskom prépare un épineux plan social

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(Crédits : Reuters)
Le producteur public sud-africain d’électricité, Eskom, étudie la possibilité d’un plan social pour remettre ses comptes à flot. Employant près de 48.000 salariés, le groupe sud-africain reste déficitaire et connaîtrait un sureffectif de 66%. Il n’empêche qu’un plan social impliquant des destructions d'emplois pourrait déclencher un mouvement social qui n’est souhaité ni par le président Ramaphosa, ni par l’ANC

La crise que traverse le producteur  public d'électricité en Afrique du Sud, Eskom, reste loin d'être résorbée et pousse le management à envisager l'épineux choix du plan social. Une option controversée pour l'entreprise qui est considérée par les agences de notations comme le plus gros risque pour l'économie sud-africaine.

Un plan en phase de déploiement

Eskom emploie actuellement quelque 47.600 salariés contre un effectif de 32.000 personnes il y'a une décennie. Acculée, l'entreprise peine à couvrir ses charges et doit faire face simultanément aux pressions des syndicats qui rejettent les suppressions d'emplois, de l'ANC qui a fait de la relance économique une priorité ou encore des bailleurs de fonds, qui restent sceptiques quant à la gestion et les modes de financement d'Eskom.

« Nous sommes en train de déployer un plan pour gérer le nombre de nos employés à un niveau optimal. Nous avons mis en place de nombreux leviers pour gérer les coûts des employés, allant du non remplacement des départs à la retraite, à la gestion efficace des coûts variables et à la redéfinition des priorités en matière de formation et de développement », a confié le management d'Eskom à la presse sud-africaine.

Rampahosa place ses pions

La situation financière où se trouve Eskom est le résultat d'un cumul d'affaires, allant des allégations de corruption et de collusions avec le clan Gupta, de la faiblesse de la demande, du rejet d'un grand nombre de ses proposition d'augmentations tarifaire ou encore aux municipalité « délinquantes » qui ne s'acquittent pas de leurs factures. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2016, Eskom enregistrerait un sureffectif de 66%.

Depuis l'arrivée de Cyril Ramaphosa à la tête de l'ANC, puis de l'Etat, il a initié des changements radicaux au sein du conseil d'administration d'Eskom. En témoigne la nomination de Jabu Mabuza (opposant de longue date à Jacob Zuma) comme président en janvier dernier. Parvin Gordhan nommé à la tête du ministère des Entreprises publiques et dont la mission comprend la supervision d'Eskom a de son côté, annoncé la nomination d'un directeur général permanent courant avril.

Risque d'insolvabilité

L'entreprise risque de se retrouver en cessation de paiement, si elle ne parvient pas à persuader les investisseurs de remettre la main à la poche pour injecter 72 milliards de rands supplémentaires (6,2 milliards de dollars). La dette d'Eskom pour cet exercice est estimée à 12,2 milliards de rands (un peu plus d'un milliard de dollars), une ardoise qui pourrait atteindre les 44 milliards de rands (3,7 milliards de dollars) d'ici 2021.

Pour éviter le scénario de l'insolvabilité, Eskom a contracté un prêt relais de 5 milliards de rands (421 millions de dollars) et signé un contrat à court terme de 20 milliards de rands (1,6 milliard de dollar) de facilité de crédit en février. Les coûts de remboursement de la dette de l'opérateur lors des 5 prochaines années devraient atteindre 115 milliards de rands (9,6 milliards de dollars). Selon les premières évaluations, la direction devra supprimer entre 13.000 et 15.000 postes.

Une option qui risque de déclencher un mouvement social dont se passerait bien la présidence comme la direction de l'ANC qui ont les yeux tournés vers les élections de 2019. Avec un taux de chômage de 26,7%, les syndicats sud-africains ont fait des licenciements dans les entreprises publiques une ligne rouge. Pour le Syndicat national des métallurgistes d'Afrique du Sud, la corruption au niveau des cadres supérieurs doit être abordée en priorité.

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