Blanchiment d'argent : Strasbourg noircit la fiche de la Tunisie

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(Crédits : Reuters)
La nouvelle, révèle-t-on, aurait fait entrer Youssef Chahed, l'habituellement serein Premier ministre, dans une colère orageuse. Celle-ci a conduit à l’éviction de Chedly Ayari, le président de la Banque centrale du pays, éjecté de son fauteuil pour sauver le reste des meubles. A peine sortie de la liste des paradis fiscaux de l’Union européenne (UE), Tunis vient d’être inscrite sur la liste des pays « à haut risque pour le blanchiment de capitaux ». Alors que le gouvernement tente de séduire les investisseurs pour boucler son budget, le pays pourra-t-il, cette fois-ci, se laver de cette réputation peu reluisante ?

La Tunisie, une « lessiveuse » d'argent sale ? Le parlement européen n'a pas repris ces mots à son compte, mais son vote n'est pas loin de conforter la métaphore. Ce mercredi 7 février à Strasbourg, les députés européens ont décidé, à 357 voix sur les 751 parlementaires que compte l'institution, d'ajouter la Tunisie sur la liste noire des pays exposés au blanchiment d'argent, aux côtés de Trinité-et-Tobago et du Sri-Lanka. En plus d'un tag « non coopératif », elle devrait y côtoyer des pays à la réputation internationale douteuse ou ternie comme l'Iran, la Corée du Nord ou la Bosnie.

D'une liste noire à une autre, la Tunisie dans l'angoisse

Hasard de calendrier ou pression européenne ? Au moment de mettre une ombre sur la réputation de la Tunisie, le Premier ministre Youssef Chahed présidait la première réunion du tout nouveau Conseil supérieur de l'investissement (CSI) dans le nord du pays. Le risque de voir le nom du pays gravé sur une autre liste noire était pourtant un secret de polichinelle gouvernemental. Mais dans les sphères du pouvoir, on tablait sur la « clémence » providentielle de ne pas voir les députés inscrire la Tunisie sur cette liste à la faveur de la sortie du pays de la liste des paradis fiscaux.

Un malheur, dit l'adage, ne vient jamais seul. Ces derniers mois, en plus de s'enchaîner, les malheurs de la Tunisie ont oscillé entre soulagement et angoisse. Deux mois avant la décision du Parlement européen, un intense lobbying de la diplomatie française qui préparait la visite de Macron a consolé la Tunisie en arrachant son retrait de la liste noire des paradis fiscaux des ministres des Finances européens.

Mais à peine sortie de cette liste que la Tunisie entre à nouveau dans un catalogue qui lui flanque, pour une durée (au moins un an) que personne ne peut prédire avec précision, une réputation sulfureuse. Le vote européen met en cause l'existence de failles dans le système financier du pays qui pourraient permettre l'introduction dans le pays d'importantes sommes d'argent dont l'origine serait difficile à retracer. Un argent qui pourrait notamment servir au financement le terrorisme.

La tête d'Ayari en signe de bonne volonté ?

La décision européenne est à peine exagérée puisque ces dernières années, les Tunisiens trônent en tête des nationalités qui grossissent les rangs des groupes terroristes notamment en Libye ou en Syrie. De quoi saper le dispositif sécuritaire tunisien dans la lutte contre le terrorisme. Mais ce sont les conséquences économiques et financières qui risquent de peser le plus sur le pays.

La décision tombe au moment où Youssef Chahed déploie une opération séduction de grande envergure pour attirer les investisseurs étrangers afin de boucler son budget. Avec les risques pointés par le vote de l'instance législative européenne, ces derniers ne devraient pas se bousculer pour mettre leurs euros ou leurs dollars dans un système jugé « à risque ». Pour les mêmes arguments, certains analystes font remarquer que la Banque Mondiale pourrait ne pas signer le troisième chèque d'un prêt de 370 millions de dollars.

Pour l'heure, la Tunisie marche sur des œufs, d'un pas fébrile. Sur proposition du Premier ministre, Marouane Abassi, un économiste bien introduit dans le gotha financier international, prend place dans la tour de la Banque centrale. Dans une colère noire, Youssef Chahed a éjecté Chedly Ayari de son fauteuil en signe de bonne volonté. Un bouc-émissaire, chuchotent les mauvaises langues, pour éviter de s'attaquer à la racine du problème : la lutte contre le blanchiment.

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