Cameroun : malgré les risques, le FMI reste optimiste sur la croissance

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Selon le FMI, les investissements publics dans le cadre de la préparation de la CAN 2019 au Cameroun devrait booster la croissance qui devrait se raffermir à 4,4% l'année prochaine.
Selon le FMI, les investissements publics dans le cadre de la préparation de la CAN 2019 au Cameroun devrait booster la croissance qui devrait se raffermir à 4,4% l'année prochaine. (Crédits : DR)
Les services du FMI viennent d’achever une mission au Cameroun relative à la troisième revue de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). En dépit de plusieurs facteurs d’incertitudes, la mission s’est dite satisfaite de l’évolution de la situation économique, ce qui pour le gouvernement devrait ouvrir à un nouveau décaissement de 46 milliards de Fcfa d’ici la fin de l’année.

Du cash à l'horizon ! C'est ce qu'anticipent les autorités camerounaises à l'issue de la mission du FMI qui vient d'achever, du 5 au 13 novembre, la troisième revue au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). L'équipe du FMI a décerné une bonne note sur les perspectives de l'économie camerounaise, ce qui devrait ouvrir la voie à un décaissement, d'ici la fin de l'année, de l'ordre de 46 milliards de Fcfa. Un appui budgétaire qui devra être entériné par le Conseil d'administration du FMI et qui portera le montant décaissé par le fonds au Cameroun à 85 milliards en 2018, et un total de 245 milliards de francs CFA depuis le début du programme économique le 27 juin 2017. Il s'agit d'un programme triennal qui a été adossé un appui budgétaire d'un montant total de près de 400 milliards de francs CFA, en contrepartie de la mise en œuvre, par le gouvernement, d'une série de réformes budgétaires et structurelles, destinés à assainir et relancer l'économie du pays.

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En dépit donc des retards accusés dans la mise en œuvre de certaines réformes, le Cameroun tient bon, et cette fois encore, la mission du FMI est repartie avec un accord avec les autorités, pour ce qui concerne les mesures qui pourraient favoriser l'approbation de la troisième revue par le conseil d'administration. Selon le communiqué publié par le Fonds à l'issue de la mission, «les autorités sont en train de prendre des mesures vigoureuses pour atteindre les objectifs quantitatifs fixés dans le programme pour fin décembre 2018 en accroissant les recettes, en établissant de nouvelles priorités pour les investissements financés sur ressources intérieures et en maîtrisant les dépenses courantes». Par ailleurs, la mission a arrêté avec le gouvernement, un cadre budgétaire pour 2019 qui est compatible avec les objectifs du programme, ainsi qu'un train de mesures visant à contenir la dette publique, à renforcer la gestion des finances publiques et à s'attaquer aux principaux obstacles à la croissance.

«Les services du FMI sont parvenus à un accord avec les autorités en ce qui concerne les mesures économiques et financières qui pourraient appuyer l'approbation de la troisième revue de leur programme triennal au titre de la FEC», a souligné la chef de mission du FMI, Corinne Deléchat, à l'issue de la visite. Elle a également confirmé que le conseil d'administration du FMI pourrait examiner la troisième revue à la mi-décembre 2018.

Perspectives favorables...

Selon les estimations du Fonds, la croissance économique globale devrait atteindre 3,8% en 2018, contre 3,5% en 2017. Cette légère reprise de la croissance provient principalement des activités de construction liées à des projets publics d'infrastructures et à la Coupe d'Afrique des nations de 2019. Les perspectives à moyen terme restent donc favorables, et la croissance devrait s'affermir progressivement pour passer à 4,4% en 2019.

Cependant, a relevé le fonds, «ces perspectives sont exposées à des risques considérables, liés à la montée de l'incertitude à l'échelle mondiale, à un ajustement insuffisant au niveau régional et à l'insécurité persistante dans les régions anglophones». Lors de sa mission d'évaluation, l'équipe du FMI a également relevé que l'exécution du budget à fin septembre 2018 a été globalement conforme aux prévisions du programme, même si les recettes non pétrolières ont été légèrement inférieures aux projections, et les réformes structurelles ont progressé de manière satisfaisante. Afin de rattraper le retard, les autorités ont défini des mesures du côté des recettes et des dépenses pour veiller à ce que l'objectif de déficit budgétaire global fixé pour la fin de 2018 soit atteint. Elles se sont, ainsi, «engagées à renforcer la mobilisation des recettes non pétrolières, à établir de nouvelles priorités pour les investissements publics financés sur ressources intérieures afin de compenser les décaissements plus élevés que prévu au titre des investissements financés sur ressources extérieures, et à resserrer le contrôle des dépenses courantes, tout en protégeant les secteurs sociaux».

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La mission qui a rencontré les principales autorités politiques et monétaires du pays ainsi que les responsables de la BEAC n'est pas repartie sans quelques recommandations notamment pour ce qui est du projet de loi des finances pour le prochain exercice. «La mission a souligné qu'il est important de soumettre à l'Assemblée nationale un projet de loi de finances pour 2019 conforme aux objectifs du programme appuyé par la FEC et qui inclut des mesures fortes visant à accroître les recettes non pétrolières grâce à un élargissement de l'assiette de l'impôt, à maîtriser les dépenses courantes, à établir un ordre de priorité pour les dépenses d'investissement et à limiter les procédures budgétaires exceptionnelles», a précisé le communiqué.

Par ailleurs, le FMI n'a pas caché sa satisfaction sur la décision des autorités à limiter les emprunts non concessionnels afin de préserver la viabilité de la dette publique. «Elle note avec satisfaction que les autorités sont déterminées à adopter, dans les jours à venir, un plan pour valider et réduire les soldes non-décaissés sur emprunts extérieurs non performants», poursuit le communiqué de fin de mission dans lequel, il est également fait cas du renforcement en cours du suivi des passifs des entreprises publiques, lequel contribuera à contenir les passifs conditionnels.

«Il convient de poursuivre les réformes structurelles visant à renforcer la gestion des finances publiques et à s'attaquer aux principaux obstacles à un accroissement de la contribution du secteur privé à la croissance. Il s'agira de mettre en œuvre les nouvelles mesures fiscales qui sont incluses dans le projet de loi de finances 2019, d'accélérer l'exécution du programme de réformes relatives à la gestion des dépenses, ainsi que d'améliorer le climat des affaires, la gouvernance et l'inclusion financière», poursuit la même source.

Durant la mission, qui intervient quelques semaines après la réélection de Paul Biya, l'équipe du FMI n'a pas manqué de rappeler au gouvernement, les risques que les prix administrés des services publics représentent pour la viabilité financière des principales entreprises publiques, et a encouragé les autorités à libéraliser progressivement ces prix. Une réforme des subventions publiques, notamment dans le domaine de l'énergie, qui est pourtant difficile à mettre en œuvre en raison des risques de tensions sociales, mais qui, pour le FMI, s'avère indispensable.

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