Niger : la BAD apporte une aide budgétaire de 43 millions d’euros

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Issoufou Mahamadou, président du Niger (à droite) serrant chaleureusement la main d'Akinwumi Adesina, président de la BAD.
Issoufou Mahamadou, président du Niger (à droite) serrant chaleureusement la main d'Akinwumi Adesina, président de la BAD. (Crédits : actuniger)
Le Niger vient d’obtenir une enveloppe de 43 millions de dollars de la Banque africaine de développement (BAD) sous forme d’une aide budgétaire. Il s’agit à travers cet appui, d’aider le pays à faire face aux défis posés par les aléas climatiques et la chute du cours du pétrole et de l’uranium qui ont mis à mal les caisses de l’Etat. Une bouffée d’oxygène pour le gouvernement mais qui ne profitera pas directement aux bourses des populations qui vont devoir supporter une hausse de la pression fiscale.

C'est une véritable bouffée d'oxygène que vient d'apporter la BAD au Niger et que l'institution panafricaine n'hésite d'ailleurs pas à mettre en avant en rappelant la sagesse populaire africaine selon laquelle, « c'est dans les moments les plus difficiles qu'on doit pouvoir compter sur ses vrais amis ».

A l'entame de la nouvelle année, l'institution panafricaine vient en effet, d'approuver une aide budgétaire de près de 43 millions de dollars, soit environ 28,2 milliards de Fcfa, alors que le pays est confronté à une conjoncture des plus difficiles. La décision a été approuvée mercredi dernier à Abidjan, par le Conseil d'administration de la Banque, afin de venir en soutien au pays dont l'économie a été fragilisée, entre autres, par la chute brutale de l'uranium son principal produit d'exportation. Dans les détails, l'enveloppe se compose d'un don de 23 millions de dollars de la Facilité de soutien à la transition (FAT) et un don de 20 millions de dollars du Fonds africain de développement (FAD).

Selon la BAD, la totalité de cet appui devrait servir à soutenir la première phase du Programme d'appui aux réformes et à la résilience économique (PARRE). Le programme couvre en effet les années budgétaires de 2017 à 2019 et vise à renforcer la résilience du pays à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle à travers une meilleure gestion de l'eau et un accroissement de la productivité agropastorale. Parallèlement, le PARRE permettra de parvenir à « une meilleure mobilisation de recettes intérieures, une plus grande autonomisation des femmes, la création d'emploi pour les jeunes ainsi que la protection de l'environnement » a indiqué la Banque panafricaine dans un communiqué à la suite l'approbation de l'aide budgétaire.

Appui à la stratégie de croissance

A cette occasion, le Directeur général de la banque panafricaine pour l'Afrique de l'Ouest, Janvier Litsé, a tenu à saluer les performances économiques du pays et a justifié l'appui apporté au Niger, par la nécessité pour la BAD « d'accompagner les efforts déjà accomplis par le gouvernement, en dépit des défis sécuritaires de plus en plus pesant sur les ressources financières du pays ».

« La BAD, partenaire stratégique du Niger, se tient à travers cet appui budgétaire aux côtés du pays pour non seulement conforter les efforts déjà accomplis mais aussi pour accélérer les résultats dans les secteurs prioritaires tels que l'agriculture, les infrastructures électriques, les capacités institutionnelles et la gouvernance », Janvier Litsé.

A terme, le programme devrait ainsi entraîner une nette amélioration de la pression fiscale nationale, la faisant passer de 13,6% du PIB en 2016 à 14,4% du PIB en 2019. En plus de cette amélioration de la collecte des impôts, le soutien de la Banque permettrait de ramener le taux de marchés publics passés sans appel d'offres au Niger de 51% en 2016 à 15% en 2019. A cela s'ajoute également l'objectif de l'amélioration de la productivité agropastorale, « enjeu de premier ordre pour un pays confronté à la forte natalité et aux cycles récurrents de sécheresse et de famine » poursuit le communiqué.

La BAD n'a pas manqué de rappeler qu'elle entretient « de très fortes relations de partenariat » avec le Niger, ce qu'illustrent la dernière visite de trois jours à Niamey de son président Akinwumi Adesina tout comme la décision de la Banque d'assumer le rôle de chef de file des bailleurs de fonds pour le barrage de Kandadji.

Chocs exogènes

Cet appui budgétaire va permettre au gouvernement d'atténuer l'impact de la conjoncture actuelle. En plus de la baisse des cours de l'uranium sur les marchés internationaux, le pays paie également le prix fort de la persistance des menaces sécuritaires qui l'affectent depuis quelques années. Le gouvernement a dû depuis 2011 multiplier par 15 son budget consacré à la défense et à la sécurité au détriment des secteurs sociaux où les besoins sont pourtant pressants.

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Cependant, avec Boko Haram qui sévit au sud-est du pays à la frontière avec le Nigéria et le Tchad, les groupes Djihadistes et autres trafiquants de tout acabits au nord et à l'ouest du pays à la frontière avec le Burkina et particulièrement le Mali ainsi qu'au nord-est avec la situation chaotique en Libye, le pays n'a pas vraiment d'autres alternatives.

Pour ne rien arranger, la crise qui a affecté les deux dernières années un de ses principaux partenaires commerciaux et grand voisin, le Nigéria, a contribué également à amplifier les répercussions de la crise. Les caisses de l'Etat ont été sévèrement grevées même si le pays continue de bénéficier de l'appui des partenaires financiers et des bailleurs des fonds bilatéraux et multilatéraux.

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Pression fiscale et fronde sociale

C'est en ce sens que la Loi des finances 2018, adoptée par le Parlement fin novembre dernier, a imposé de nouveaux impôts, redevances et taxes provoquant une levée de boucliers de l'opposition politique et surtout de la société civile. Bien qu'elle soit déjà entrée en vigueur depuis le 1er janvier dernier, les nouvelles dispositions fiscales continuent de provoquer le courroux d'une importante frange de la population.

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Ce dimanche 14 janvier, des manifestations sont d'ailleurs prévues pour protester contre l'augmentation de la pression fiscale. D'autant que pour bon nombre de nigériens, le régime d'Issoufou Mahamadou se refuse encore à contribuer à l'effort de sortie de crise en maintenant un train de vie des plus dispendieux avec un gouvernement pléthorique, des dépenses de prestige ainsi que des institutions budgétivores. Pendant ce temps, mettent en avant les contestataires, des agents de l'Etat et des étudiants sont mis au régime avec des retards de paiement de leurs émoluments ou une cure d'austérité imposée dans des secteurs vitaux. Des griefs qui sont de nature à atténuer l'impact de l'appui budgétaire de la BAD, lequel comme l'assistance financière du FMI, se fait en contrepartie d'une augmentation de la pression fiscale.

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