Cameroun : la difficile survie des PME

L’Etat camerounais a lancé en 2008 une réforme qui a permis de réduire les délais de création d’entreprises de plusieurs mois à 38 jours (officiellement). Une orientation qui a eu le mérite de multiplier par 28 le nombre d’entreprises créées entre 2010 et 2015. Cependant, 72% d’entre elles n’existent plus. Explications.
Ristel Tchounand

2 mn

(Crédits : DR)

Le Cameroun serait-il l'exception qui confirme la règle ? Alors que les PME sont connues pour être la catégorie d'entreprises qui dynamise l'économie en soutenant la croissance, créant des emplois et en boostant l'innovation, les PME camerounaises peinent encore à satisfaire ces attentes. Et pour cause, une importante majorité d'entre elles n'arrivent pas à exercer au-delà de deux ans, selon une nouvelle étude publiée mercredi 28 décembre, par le Centre d'analyse et de recherche sur les politiques économiques du Cameroun (Camercap-Parc), un think-tank né de la coopération entre la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF) et le gouvernement camerounais, à travers le Ministère de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire (MINEPAT).

L'Etat a lancé en 2008 une réforme visant à simplifier les procédures de création d'entreprises, faisant passer les délais de plusieurs mois à 38 jours au maximum. Cela a donné lieu à la mise en place en 2010 de guichets uniques dans les Centres de Formalités de Création d'Entreprises (CFCE). La mesure a eu le mérite de multiplier par 28 le nombre de sociétés créées en cinq ans, passé de 476 en 2010 à 13 374 en 2015.

72,24%, le taux de mortalité des PME créées entre 2010 et 2015

Triste constat cependant, 72,24% de ces entreprises sont inexistantes dans le fichier de la Direction générale des impôts (DGI) en mai 2016, soit un taux de survie de seulement 27,7%, indique l'étude. Cette mortalité des PME qui touche beaucoup plus les Etablissements avec un taux de « disparition » de 82,3% ainsi que les BTP (74,2%). Selon le rapport, une bonne partie de ces entreprises serait mise sur pied lors des lancements de marchés publics.

« C'est la logique de la redistribution du budget de l'Etat en fonction des rapports de sympathie que l'on peut avoir avec les gestionnaires de crédit, et c'est peut-être pour cette raison que ces Etablissements sont plus créés à Yaoundé », expliquent les auteurs de l'étude.

D'autres raisons à une telle agonie entrepreneuriale ? Le Camercap-Parc en a notamment répertorié trois des plus importants : l'absence d'assistance, la recherche du gain facile et le mauvais encadrement des jeunes entrepreneurs.

Depuis leur lancement en 2005, les CFCE enregistrent au total 40 502 entreprises créées et actuellement inscrites à la DGI. Pour l'essor de ces dernières et de toutes celles à venir, le Camercap propose le lancement d'une application de suivi des PME après leur création, afin de déceler les périodes de turbulences et trouver le moyen de les aider à sortir la tête de l'eau. D'autant plus que la simplification des procédures de création d'entreprises a certes permis d'étoffer le répertoire entrepreneurial du pays, « mais leur contribution au développement de l'économie nationale n'est pas encore perceptible », pour reprendre les mots des auteurs de l'étude.

Toutes ces réalités permettent encore de voir à quel point la promotion de l'entrepreneuriat ne suffit pas, encore faudrait-il encadrer, accompagner, évaluer et en cas de besoin réorienter les jeunes entrepreneurs.

Ristel Tchounand

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