Les sherpas de BNP Paribas en Afrique

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Après presque deux siècles d’existence, le Groupe BNP Paribas est aujourd’hui présent dans 74 pays à travers la planète et emploie plus de 192 416 collaborateurs, dont 9 976 qui s’activent dans dix pays d’Afrique. Aux commandes de ces «ambassades bancaires», des hommes de carrière et d’expérience. Pascal Fèvre, Rachid Marrakchi, Jean-Louis Menann-Kouame, Pierre Bérégovoy,... Qui sont ces «as» de BNP Paribas dépêchés sur le continent ?

Du haut de son luxueux bureau à hôtel Mondragon à Paris, Jean Lemierre, 67 ans, président du Groupe BNP Paribas, s'enquiert régulièrement, en conseil d'administration ou en aparté de la situation des activités du groupe en Afrique. Depuis la réorganisation en 2014 de la stratégie du groupe parisien, figure en tête de «l'équipe de mission», Philippe Tartelin, directeur Afrique et Fabien Riguet, directeur Afrique subsaharienne, ainsi que l'adjoint de ce dernier, le Franco-ivoirien Jean-Luc Olivier Akoto. Mais au-delà de ce qu'on pourrait qualifier de «Top Management Afrique», plusieurs autres têtes s'illustrent au travers des dix filiales du groupe présentes sur le continent.

Algérie : Fèvre compose avec Ghoula

C'est le Français Pascal Fèvre qui dirige BNP Paribas El Djazair, la filiale du groupe parisien à Alger. En poste depuis août 2013, ce diplômé de l'INSEEC et titulaire d'un Master en Audit et Contrôle de gestion de la Toulouse Business School compte pas moins de 30 ans d'expérience chez BNP Paribas. En 1987, alors fraîchement diplômé, il se voit confier l'agence d'Eysines (en Gironde). Trois ans plus tard, il passe chargé d'affaires à Angoulême, puis responsable du Marché et des particuliers et professionnels en 1998. A l'automne 2001, il embrasse la fonction de directeur, d'abord pour la région du Bas-Rhin, puis dans le Midi-Toulousain, ensuite à Toulouse Pays de Gascogne. Avec sa nomination à la tête de la filiale algérienne, il signe le début d'une carrière à l'international. «Une expérience très enrichissante dans un pays méconnu par les Français», aime-t-il dire.

Depuis qu'il a ses bureaux à Alger, BNP Paribas El Djazair a vécu plusieurs étapes importantes, dont l'inauguration d'un nouveau siège en janvier 2016. Aujourd'hui, la filiale algérienne compte plus de 1 400 collaborateurs qui offrent leurs services à plus de 200 000 clients, via 75 implantations à travers le pays. La filiale pèse plus de 26 milliards de dinars en fonds propres et s'adjuge un PNB de 140 millions d'euros. Pour maintenir la banque au top et accompagner son déploiement, Pascal Fèvre compose avec son adjoint, Yassine Ghoula. Ce financier algérien compte 23 ans dans le secteur bancaire de son pays, d'abord à la CNEP-Banque, puis chez Arab Banking Corporation. Il fait son entrée chez la filiale locale de BNP Paribas en avril 2001, en tant que directeur financier. Il assurera ensuite pendant dix ans le management de la section Marchés financiers avant de prendre la direction générale-adjointe en juin 2016.

Maroc : un fils du royaume aux manettes

Sous la présidence de Laurent Dupuch, c'est un fils du royaume chérifien qui tient les rênes de la Banque marocaine pour le commerce et l'industrie (BMCI). Rachid Marrakchi, 55 ans, ingénieur de l'école Centrale de Paris, a intégré la filiale marocaine de BNP Paribas après 10 ans d'expérience dans le domaine bancaire et financier. D'abord à la BCM où il a démarré en 1988 en tant qu'ingénieur-conseil à la Direction des crédits, puis directeur-adjoint d'une succursale de la Direction de l'exploitation. En 1993, il est repéré par Ciments de France qui lui confie la responsabilité des finances de la filiale marocaine du groupe, Ciment du Maroc. Trois ans plus tard, il est promu à Paris pour manager le plan financier et stratégique des filiales du groupe-mère

Marrakchi

Lorsque la BMCI le recrute en 1998, il est droitement placé à la tête de la Direction des grandes entreprises et des institutionnels. Promu membre du directoire en 2003, la consécration vient en 2005, lorsqu'il est nommé directeur général. Sous ses commandes, la banque a mené deux plans stratégiques de développement (2004-2009 et 2009-2014). Cotée à la Bourse de Casablanca, la BMCI, c'est aujourd'hui 3 196 collaborateurs et plus 600 000 clients «retail». En 2016, la banque a vu son résultat net fléchir de 13,8% à 438 millions de dirhams par rapport à 2015, en raison du strict contrôle fiscal qu'elle a subi.

Tunisie : Pierre Bérégovoy s'illustre... encore !

Chez l'autre voisin maghrébin, la Tunisie, l'Union bancaire pour le commerce et l'industrie (UBCI) fait partie des filiales africaines de BNP Paribas qui ont subi un léger relifting, il y a moins d'un an. Installé à son bureau de directeur général à Tunis depuis septembre 2016, Pierre Bérégovoy y tient désormais les rênes. Fils du défunt Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre français et plusieurs fois ministre, il a été formé au Centre d'études supérieures Bancaire et détient également un diplôme en économie de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Au service de BNP Paribas à partir de juillet 2004, il assure la direction commerciale de la filiale en Guyane pendant deux ans, avant de prendre la tête de filiale malienne où il est actionnaire (0,005% des parts). En juillet 2012, il se voit confier les commandes de la filiale sénégalaise où son travail lui a valu, en fin de mission, le grade d'Officier de l'ordre national du Lion, décerné par le chef de l'Etat Macky Sall.

Bérégovoy

Depuis qu'il a déposé ses valises à Tunis, Pierre Bérégovoy travaille activement à poursuivre le plan de développement de l'UBCI et les résultats parlent en sa faveur. Au premier trimestre 2017, la banque a dégagé un PNB de 44 milliards de dinars (environ 16,7 millions d'euros), soit une hausse de 11,6% par rapport sur la même période l'année dernière. Une bonne nouvelle pour le nouveau DG qui a également concrétisé le lancement de la carte biodégradable, faisant de l'UBCI une pionnière en la matière sur le marché bancaire tunisien.

Sénégal : un «diplomate» à l'œuvre

Au Sud du Sahara, à Dakar, la direction générale de la Banque internationale pour le commerce et l'industrie du Sénégal (BICIS) a un nouveau visage depuis juillet 2016. C'est celui de Patrick Pitton, un «fidèle» de BNP Paribas. Précédemment à la tête de la filiale burkinabé de BNP Paribas, il a également dirigé -à partir de 2005- la filiale du groupe en Côte d'Ivoire, où il aurait vraisemblablement marqué les esprits. Lors de sa soirée d'au revoir, le ministre ivoirien de l'Economie et des finances d'alors, saluait «la qualité des rapports» qu'a su instaurer le financier français entre la BICICI et l'Etat, de même qu'avec le secteur bancaire local. Il tient sous sa responsabilité à Dakar près de 450 collaborateurs, répartis entre le siège et 32 agences.

Côte d'Ivoire : Menann-Kouame, premier Ivoirien à la tête de la filiale

Tout à côté, à Abidjan, Jean-Louis Menann-Kouame est le premier ivoirien à assurer en qualité de CEO de la Banque internationale pour le commerce et l'industrie de la Côte d'Ivoire (BICICI) depuis sa création en 1962. Un fauteuil qu'il occupe dès décembre 2014. Titulaire d'un Master en stratégie et management de commerce international de l'Essec Business School Paris et d'un Bac+4 en Financial management and accounting de l'Ecole nationale de commerce et de gestion (ENCG) d'Agadir (Maroc), il a fait presque toute sa carrière chez BNP Paribas qui lui ouvre ses portes en janvier 2002. Le jeune financier d'alors endosse le rôle de manager de BICI Bourse, la filiale de la BICICI dédiée aux marchés financiers. Quatre ans plus tard, il est promu à Paris, à l'inspection générale du groupe en tant qu'inspecteur. En 2009, une nouvelle promotion le propulse au poste de directeur Afrique-adjoint de la banque de détail internationale avec un siège au conseil d'administration de quatre filiales africaines : Mali, Sénégal, Madagascar et Gabon (ces deux derniers pays d'où la BNP finira par se retirer). Il signe ensuite un retour en terre africaine en septembre 2012 en prenant la tête de la filiale guinéenne de BNP Paribas.

bicici

Aux commandes à Abidjan, le financier a déjà révélé son ambition de faire de la BICICI «la banque de préférence des Ivoiriens». Et visiblement, il est sur la bonne voie, puisque la banque vient d'annoncer une année 2016 au vert, avec une nette amélioration de son résultat net à 12 milliards de Fcfa, contre 9 milliards en 2015. Depuis le début de l'année en cours, l'homme fort de BNP Paribas à Abidjan met «un accent particulier sur la digitalisation de la banque», annonçait-il en janvier, afin d'adapter l'activité à la transformation digitale actuelle.

Burkina Faso : un «ancien» de la BICICI aux commandes

Toujours dans la sous-région ouest-africaine, à Ouagadougou, l'homme fort de BNP Paribas à répond au nom de Yao Kouassi. Cet ingénieur ivoirien de l'École nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA) d'Abidjan est un «ancien» du groupe français notamment au sein de la filiale ivoirienne où il a passé près de 30 ans. L'histoire de Yao Kouassi est celle d'un jeune fonctionnaire qui écourte son passage dans la fonction publique, où il était responsable du service de la Conjoncture à la Direction de la planification et de la prévision, pour s'engager dans le privé en 1987, à la BICI CI (ex-dénomination de la BICICI). Il est d'abord Chargé d'études, avant de devenir responsable du Secrétariat exploitation de la Direction générale, puis du Secrétariat étude des crédits. En octobre 1993, il est promu Trésorier général. Quatre ans plus tard, il prend la direction de deux filiales locales du groupe : BICI-Bourse et Compagnie financière de Côte d'Ivoire. Entre 2002 et 2009, il assurera à la tête de plusieurs directions, notamment celle de la succursale d'Abidjan-Sud ainsi que celle de la Clientèle des particuliers, professionnels et institutionnels.

Une pause s'imposera à cette ascension pour un stage d'un an au siège de la BNP à Paris. A son retour en mars 2010, Kouassi poursuit l'aventure en assurant la direction générale-adjointe de la BICICI, jusqu'à son affectation au Burkina Faso. De lui, Jean Noel Loucou, professeur d'histoire contemporaine qui fut pendant longtemps son client, dit qu'il est «un bon professionnel pétri d'expérience». Une expérience qu'il met depuis 11 mois au service de la BICIAB qui, avec son réseau de 19 agences (2015) emploie plus de 277 collaborateurs.

Guinée : un tandem guinéo-français assure

Au pays d'Alpha Condé, c'est Manga Fodé Toure qui exerce depuis plusieurs années en qualité d'Administrateur directeur général de la Banque internationale pour le commerce et l'industrie de Guinée (BICIGUI). Docteur en sciences économiques de l'Université de Paris Nanterre, ce spécialiste guinéen est l'auteur de deux ouvrages à succès dans son pays : Monnaie, change et inflation en Guinée (L'Harmattan, 2010) et Les Zones monétaires d'Afrique de l'Ouest (L'Harmattan, 2014). Très influent dans son domaine, il préside également l'Association professionnelle des banques (APB) de son pays. Dans sa tâche, Manga Fodé Toure est secondé par Jean-Michel Papin. Il a précédemment travaillé chez d'autres filiales africaines de BNP Paribas, notamment au Maroc et en Côte d'Ivoire.

Mali : Tempels brave les obstacles

A Bamako, c'est Marc Tempels qui tient les rênes de la Banque internationale du commerce et de l'industrie du Mali (BICIM) depuis 2012. Il était précédemment Administrateur et secondait Manga Fodé Toure au sein de la filiale guinéenne. Egalement président des conseillers du Commerce extérieur de la France au Mali, il est très actif à la tête de BICIM. Mais en dépit de ses nombreuses actions philanthropiques dans le cadre des activités de la Fondation BNP Paribas (don de 8 millions de Fcfa pour la construction d'un hôpital à Bamako ou la convention de subvention avec l'AFD pour promouvoir l'accompagnement technique et financier des PME au Mali), Tempels a dû gérer quelques situations gênantes pour l'image de la banque, telle que l'arrestation en 2014 du directeur commercial-entreprise de l'époque, Hamadoun Boré, pour une sombre affaire de détournement présumé de 800 000 Fcfa par une société de la place. La banque a toujours défendu son collaborateur, mais l'affaire suit toujours son cours devant la justice. Depuis un mois, une autre «crise», cette fois interne, semble menacer la stabilité de la BICIM. Dans les couloirs de l'établissement, on parle d'une trésorerie en difficulté en raison du faible recouvrement des créances.

Afrique du Sud : un Bahreïni et un Sud-africain défendent les intérêts de BNP

Plus au sud du continent, à Cape Town, les activités de BNP Paribas South Africa sont menées d'une main de maître par Vikas Khandelwal, un Bahreïni positionné en août 2016 après avoir fait ses preuves dans son propre pays. Il remplaçait ainsi la Française d'origine guadeloupéo-togolaise, Valérie-Noelle Kodjo-Diop, une autre «fidèle» de la BNP. Ses premiers pas de banquier en 1992, Khandelwal les a faits chez la filiale indienne du groupe français à Bombay. Ici, il est analyste crédit. Quelque temps plus tard, il retourne dans son pays et intègre ANZ Grindklays Bank (une ancienne banque indienne rachetée par Standard Chartered Bank en 2000) en tant que gestionnaire au sein de la banque d'entreprise. Sa prochaine expérience, il la signe à la Banque nationale du Bahreïn en qualité de directeur de la politique de crédit et de gestion des risques.

En 2001, il retourne à son premier amour en réintégrant la filiale locale de BNP Paribas. Il est directement propulsé directeur général-adjoint et directeur commercial, une fonction qui le mènera à plusieurs autres responsabilités, notamment l'investment banking, officiant pendant deux ans depuis le Qatar. Avant de déposer ses valises dans la capitale parlementaire d'Afrique du Sud, ce banquier expérimenté assurait la couverture corporative pour le Moyen-Orient et l'Afrique (MEA).

A côté de BNP Paribas South Africa, il y a BNP Paribas Securities South Africa, la filiale locale spécialiste des services multi-actifs, anciennement Cadiz Securities rachetée en août 2011 par le groupe parisien. A sa tête, Dan Ahern. Diplômé en génie civil de l'Université de Cape Town, il a fait ses armes en début de carrière chez Basil Read, une importante holding immobilière sud-africaine. Avec lui, le groupe BNP a choisi de s'inscrire dans la continuité, puisqu'il travaillait pour Cadiz depuis plusieurs années. Il en a notamment assuré le management pendant près de huit ans (janvier 2004 - octobre 2011) pour ensuite en devenir le CEO.

Réunion : De Courson, le fraîchement expatrié

Jean-Marc De Courson, 57 ans, a pris ses quartiers à Saint-Denis mai 2016 pour diriger BNP Paribas Réunion, en remplacement de son compatriote Alain Tholliez. Diplômé de l'Institut national agronomique (INA) de Paris-Grignon, sa carrière bancaire débute en 1986 chez BNP Paribas. Devenu responsable de la clientèle des agriculteurs, puis des professions libérales, il se verra ensuite confier la responsabilité de l'animation commerciale sur la clientèle des particuliers et professionnels. L'année 1999 marque un nouveau tournant dans sa carrière, avec une promotion à la tête de Médiforce, filiale du groupe parisien spécialisée dans les professions de santé. C'est après plus autres postes de responsabilité en France que démarrera sa carrière internationale, la Réunion étant ainsi sa première destination.

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