Scott Nathan, nouvelle tête de pont du financement américain en Afrique

Il représente un maillon clé du dispositif d’influence de l’administration Biden-Harris en Afrique. En fonction depuis février 2022, Scott Nathan est le nouveau patron de l’US International Development finance corporation (DFC) -autrement dit, la Banque de développement des Etats-Unis- qui a fait du continent africain sa cible privilégiée, y poussant notamment le secteur privé américain, afin de rivaliser avec la Chine. Qui est-il ?
Ristel Tchounand

4 mn

(Crédits : Reuters)

« Moi, Scott Nathan. Je jure solennellement que je soutiendrai et défendrai la Constitution des États-Unis, contre tous les ennemis étrangers et nationaux, que je porterai une foi et une allégeance véritables à celle-ci, que je prends cette obligation librement, sans aucune réserve mentale ni but d'évasion et que je remplirai bien et fidèlement les devoirs du Bureau dans lequel je suis sur le point d'entrer ». C'est par cette traditionnelle prestation de serment prononcée le 24 février 2022 et immortalisée par la communication de la Maison Blanche -face à la Vice-présidente Kamala Harris- que le nouveau CEO de l'US International Development finance corporation (DFC) a officiellement pris ses fonctions. Il remplace à ce poste l'homme d'affaires et fonctionnaire Adam Smith qui avait impulsé une dynamique particulière de l'institution sur le continent africain.

Diplomate économique sous Obama-Biden

Pur produit de Harvard dont il a fait les écoles de droit et des affaires, Scott Nathan a travaillé dans l'investissement, au service pendant 19 ans de The Baupost Group, l'un des plus gros fonds spéculatifs au monde. Il rejoint la fonction publique en 2014 -quelques mois après le début du second mandat de Barack Obama dont le Vice-président n'était autre que Joe Biden. Nathan est alors Représentant spécial pour les Affaires commerciales au Département d'Etat américain. Il défend les intérêts commerciaux des Etats-Unis à l'étranger pendant une année, voyageant dans 30 pays à travers le monde pour soutenir le programme de diplomatie économique américain. Il sera ensuite affecté au Bureau exécutif du président à la Maison Blanche où il assistera Obama dans la préparation du budget.

Homme plutôt discret, il s'est naturellement retiré durant le mandat de Donald Trump pour intégrer l'équipe du Center for American Progress, un think thank américain influent notamment financé grâce aux dons de milliardaires dont Georges Soros. Lorsque Joe Biden soumet sa nomination à la tête de DFC au Sénat début février, les médias américains décrivent un personnage « peu connu des cercles du développement », mais dont l'expérience gouvernementale et privée devrait servir les intérêts américains.

A la tête d'une institution qui se positionne en Afrique

Officialisée  en octobre 2019, DFC a clairement démontré depuis lors l'attention particulière portée sur le continent africain en tant que cible d'investissement. Les autorités américaines à l'époque ont clairement affiché leur volonté de s'en servir comme arme de repositionnement sur le continent africain face aux autres puissances économiques mondiales, en particulier le Chine. Scott Nathan représente donc un maillon clé du dispositif d'influence de l'administration Biden-Harris en Afrique. Son prédécesseur a, dès le départ, commencé à construire un solide réseau sur le continent où il s'employait à séjourner régulièrement.

Court-circuités dans leur élan par la pandémie de Covid-19 qui paralyse le monde à partir de mars 2020, les Américains décide en juin de monter une équipe éparpillée sur le continent avec en plus un directeur général Afrique basé à Washington et une directrice régionale, Vibhuti Jain, basée à Johannesburg en Afrique du Sud.

« Financer plus de projets à impact pendant mon mandat »

Au cours de ces deux dernières années, au gré de l'urgence sanitaire, la santé s'est érigée en domaine prioritaire pour DFC. Sur les 5 milliards qu'elle prévoit d'investir dans le monde en développement d'ici 2023, l'institution américaine donne la priorité à l'Afrique. Toutefois, les infrastructures dont le gap financier reste très important à 40 milliards de dollars, les changements climatiques et les technologies de l'information et de la communication restent les secteurs prioritaires de DFC en Afrique, comme l'affirmait Scott Nathan le 20 avril dernier dans une conversation médiatisé avec Fred Kempe et la franco-sénégalaise Rama Yade de l'Atlantic Council, en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

« Nous sommes présents dans un large éventail de secteurs, une large gamme de produits et sur tout le continent. Mais l'idée de DFC est vraiment d'aller de l'avant, en nous concentrant sur les endroits où nous pouvons vraiment faire avancer les objectifs de développement aussi rapidement que possible, nous concentrant sur les pays les plus pauvres, mais recherchant les endroits où attirer davantage le secteur privé. Le capital offre une alternative ouverte et sensible aux enjeux environnementaux et sociaux, une alternative durable et à impact réel », a expliqué Scott Nathan, avant d'ajouter :

« C'est ce dont je suis fier et ce que je cherche à faire pendant mon mandat ici [à DFC] pour trouver plus de projets de ce genre, plus de transactions qui ont un impact réel sur la vie des gens ».

Ristel Tchounand

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