La France progresse légèrement dans le baromètre des leaders d'opinion en Afrique

Le 10 mars, le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) et l'Institut de sondage IMMAR révélaient le baromètre Africaleads des leaders d'opinion en Afrique. La France affiche une légère progression, mais ne peut concurrencer le soft power de l'Oncle Sam. Le sentiment anti-français ne semble pas avoir touché de front les entreprises de l'Hexagone, mais la concurrence est rude et incite à davantage de pragmatisme...

6 mn

(Crédits : DR.)

« Nous observons une amélioration de l'image de la France et ça fait trois ans qu'on attendait ça (...) Cette progression dénote avec la situation de nos voisins européens, en perte de vitesse », se félicite Etienne Giros, président délégué du CIAN lors du Forum Afrique 2022, intitulé « Afrique-France : un partenariat à réinventer » qui fut l'occasion de révéler le baromètre annuel Africaleads réalisé entre novembre 2021 et janvier 2022 par l'Institut IMMAR qui mesure chaque année la perception des leaders d'opinion du continent africain. Cette année, le périmètre d'étude s'est élargi et intègre l'Angola et l'Afrique du Sud. Elle recouvre près de 70% de la population africaine à travers 2.895 leaders d'opinion (décideurs économiques, acteurs de la société civile ou du monde politique).

Parmi les priorités affichées par le continent, l'éducation campe la première position (51%) devant l'emploi (40%), la santé (39%) et la sécurité (34%). Les Etats-Unis restent le pays étranger le plus attractif aux yeux des leaders africains devant le Canada, l'Allemagne et la Chine. La France n'arrive qu'à la 6e position (18% soit +1%) derrière le Royaume-Uni (qui passe de 28% à 19%). En dépit d'une économie en berne, la nation arc-en-ciel est la destination qui bénéficie de la meilleure image en Afrique auprès des leaders d'opinion devant le Rwanda, le Ghana et le Maroc.

Les changements sont minimes au niveau des entreprises internationales les plus appréciées. Toyota est sur la première marche du podium devant Coca-Cola et Samsung. Orange est la seule entreprise française dans le top 10 (classée à la 9e place). Ethiopian Airlines est l'entreprise africaine la plus plébiscitée devant Dangote, MTN, Ecobank et Vodacom. Au niveau des personnalités qui inspirent le plus les décideurs africains, le Nigérian Aliko Dangote (Dangote) reste le leader devant les Américains Mark Zuckerberg (Facebook), Jeff Bezos (Amazon), Elon Musk (Tesla) (bien que né à Pretoria en Afrique du Sud) et Tim Cook (Apple). Les femmes entrent pour la première fois dans ce baromètre qui consacre la présidente de l'Ethiopie, Sahle-Work Zewde à la 1re place en dépit du conflit entre l'Ethiopie et le Tigré et Angélique Kidjo, la chanteuse béninoise à la seconde place...

Pour en finir avec le « French Bashing »

Tout au long des débats, le sentiment « anti-français » représentait une sorte de fil rouge, eu égard au contexte sécuritaire sahélien. « Au Mali, il fallait sans doute mobiliser des canaux de dialogue (différents) pas forcément avec les acteurs étatiques », estime Niagalé Bagayoko, présidente de l'African Security Network (la France s'est officiellement opposée à toute discussion avec les groupes terroristes notamment). Soutenir la communauté militaire tchadienne, tout en entrant dans un bras de fer avec le Mali, « ces contradictions ne sont plus acceptées », poursuit-elle. Parallèlement, la « déception » générée par le manque de résultats des forces françaises dans le Sahel, mais aussi les « erreurs de communication et d'appréciation » seraient largement responsables de la situation. Enfin, faire reposer la refonte de la relation franco-africaine sur la seule jeunesse serait une erreur, prévient-elle. « Il faut faire très attention à ne pas calquer cette idée que la jeunesse est un facteur de progrès. Elle est parfois la première à soutenir des coups d'Etat militaires », souligne-t-elle, rappelant au passage que la « convocation de chefs d'Etat plus âgés que lui (Emmanuel Macron) a été très mal perçue y compris dans une certaine jeunesse » (lors du Sommet du G5 Sahel à Pau en 2020, NDLR).

Au-delà de la relation entre l'Hexagone et l'Afrique, l'Occident dans son ensemble semble affecté par une perception altérée sur le continent, ce qui favorise les nouveaux acteurs à grand renfort de communication sur les réseaux sociaux, selon plusieurs intervenants. « Depuis une dizaine de jours, sur les réseaux sociaux, des mouvements panafricains qui sont parfois de simples relais de la propagande russe, sont en train de s'activer », alerte Sylvain Itté, Ambassadeur, Envoyé spécial pour la diplomatie publique en Afrique. Pour Emmanuelle Hervé, directrice d'EH&A Consulting, le « French bashing » est aussi un exercice d'auto-flagellation qui n'aide pas à améliorer la situation...

S'appuyer sur les entreprises pour redorer le blason français

« J'ai l'impression d'un décalage entre l'image de la France et l'image des entreprises françaises en Afrique », déclare Jérôme Fabre, le président exécutif de La Compagnie Fruitière, une entreprise familiale créée en 1938, qui compte parmi les leaders européens dans la production, le conditionnement, le transport et la commercialisation de fruits et légumes. L'ETI affiche un chiffre d'affaires de 730 millions d'euros et compte 21 000 collaborateurs dont 19 820 en Afrique. Ce point de vue réjouit Etienne Giros qui considère que « les entreprises ont un rôle absolument clé à jouer -car- elles sont porteuses de ce qu'il se passe de bien pour la France en Afrique ». Afin qu'elles puissent pleinement jouer leur « rôle » pour redorer le blason de la France en Afrique « il ne faut pas leur mettre des bâtons dans les roues », prévient-il, tout soulignant certaines règles juridiques telles qu'inscrites dans le cadre de l'Agence française anticorruption (AFA) par exemple, qui peuvent représenter un frein. « Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut ni règle ni régulation, mais il faut que les règles s'appliquent à peu près de manière égale à tout le monde », précise-t-il. C'est également l'avis d'Emmanuelle Hervé qui estime que la France devrait avoir une approche bien moins conceptuelle et plus pragmatique sur le continent, indiquant que le temps était venu de « sortir d'une naïveté législative en voulant bien faire (...) Il n'y a quand même que les Français qui ont un truc comme l'AFA contre la corruption, qui va punir sur quelque chose qui n'a pas encore eu lieu. Ca ne viendrait pas à l'idée d'un Américain ou d'un Anglais de faire une chose pareille (...) ça ne marche pas et ça nous empêche d'avancer ».

Alors que cette édition était entièrement dématérialisée, en raison d'un contexte sanitaire encore incertain, le CIAN a d'ores et déjà fixé son prochain rendez-vous au 23 juin, en présentiel.

6 mn

ConnectLive54 - Cybersécurité : Quelles stratégies pour les entreprises ?

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.