Georges Joseph Ghorra : « En Tunisie, les grands projets en PPP doivent être équitablement répartis sur le territoire »

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Georges Joseph Ghorra, Représentant résident de la Société financière internationale (SFI) en Tunisie.
Georges Joseph Ghorra, Représentant résident de la Société financière internationale (SFI) en Tunisie. (Crédits : DR)
Ce mardi 18 septembre 2018 s'ouvre à Tunis le Forum International sur les partenariats public-privé «Tunisia PPP 2018». Lors de cet événement coorganisé par le gouvernement, la BERD et la SFI, quelque 33 projets de partenariat public-privé en préparation seront présentés par des membres du gouvernement tunisien dans des secteurs aussi divers que l’énergie, les ports, le réseau routier, les chemins de fer, la logistique, les transports urbains, les déchets solides ou l’urbanisation. Opérateurs et investisseurs seront au rendez-vous et pourront à terme exprimer leurs intentions sur les projets qu'ils auront retenus. Dans cette interview, Georges Joseph Ghorra, Représentant résident de la Société financière internationale (SFI) en Tunisie, détaille pour «La Tribune Afrique» les enjeux de cet événement et livre sa lecture des évolutions macroéconomiques du pays.

LTA : Différents départements ministériels tunisiens présenteront demain aux investisseurs potentiels 33 projets d'envergures dans le cadre de PPP. Quel est le degré de maturité de ces projets ? Sont-ils aboutis ou encore au simple stade de besoins identifiés ?

Georges Joseph Ghorra : Ces projets sont à des stades d'avancement variables. Certains sont déjà ficelés et sont prêts à être mis en œuvre, alors que d'autres sont encore au stade exploratoire. C'est justement l'un des objectifs du Forum international du 18 septembre sur les partenariats public-privé en Tunisie, que celui de recueillir les réactions des investisseurs potentiels et de discuter les projets de manière plus détaillée.

Pour le groupe de projets dont l'état d'avancement est satisfaisant, l'enjeu de ce rendez-vous sera-t-il de décrocher des signatures de contrats et de financements auprès des investisseurs privés ?

Pas à ce stade. Les projets qui sont bien avancés pourront, à l'issue du forum, recevoir des lettres d'intention de la part des investisseurs potentiels intéressés. Ce n'est que par la suite que des appels d'offres pourront être lancés, en principe d'ici la fin de l'année.

Quel rôle joue la SFI dans le cadre de ce processus ? Est-ce que l'institution prendra également des engagements d'investissement ou est-ce que son rôle est d'accompagner l'Etat tunisien dans l'identification et l'évaluation des projets ?

La SFI a cette double vocation. Nous pouvons prendre des engagements dans le cadre de ces projets structurants et nous avons en même temps joué un rôle de support et d'accompagnement de l'Etat tunisien dans cette démarche. Nous avons d'ailleurs eu recours à un cabinet spécialisé pour accompagner les différents ministères concernés dans l'identification des projets et la préparation de fiches techniques détaillées pour chacun d'entre eux, selon leurs états d'avancement.

Parmi les projets listés, quels sont ceux qui retiennent l'attention de la SFI, en tant qu'investisseur potentiel ?

A ce stade, nous ne voulons pas nous prononcer en amont des débats qui auront lieu pendant le forum. Les débats doivent avoir lieu entre les différentes parties sans qu'ils ne soient influencés ou dirigés par des annonces faites préalablement. Nous pourrons par la suite, le cas échéant, formuler des lettres d'intentions une fois que les débats seront clos.

Qu'en est-il des critères retenus pour le choix des projets ?

Le critère de l'impact social des projets est évidemment important, mais d'autres critères tout aussi importants ont été retenus, notamment la viabilité économique et financière, ainsi que la répartition géographique. Nous avons en effet insisté sur le fait que les projets soient répartis sur l'ensemble du territoire tunisien, y compris dans des zones qui sont relativement défavorisées. Il faut faire en sorte que ces grands projets bénéficient à l'ensemble des populations et de ne pas rester concentrés au niveau de la capitale, comme cela a pu être le cas auparavant. Les grands projets en PPP doivent être équitablement répartis sur le territoire.

Concernant la situation macroéconomique tunisienne, comment évolue-t-elle selon vous dans ce contexte plutôt difficile, où l'Etat a été contraint de mettre en œuvre des réformes douloureuses pour continuer à bénéficier de l'appui financier du FMI ?

Les choses s'améliorent et la croissance est en train de repartir vers des niveaux de plus en plus élevés, avec à chaque fois des prévisions revues à la hausse. Ce retour progressif de la croissance est porté par le tourisme et les revenus des exportations. Parmi ces dernières, les exportations de produits agroalimentaires sont stratégiques et participent grandement à l'amélioration du taux de croissance de l'économie tunisienne. Ce sont les secteurs qui devraient porter la croissance tunisienne durant les prochains mois et les prochaines années.

Qu'en est-il de l'impact budgétaire ? Pensez-vous que les mesures prises par le gouvernement, notamment la suppression de certaines subventions, étaient véritablement indispensables au vu des résistances qu'elles ont rencontrées dans leur mise en œuvre ?

Tout le monde est d'accord pour dire que le déficit budgétaire en Tunisie avait atteint des niveaux dangereux et que la situation nécessitait de prendre des mesures pour redresser la situation. Maintenant, ce que pense la Banque mondiale, c'est que les populations les plus fragiles doivent continuer à bénéficier des aides publiques, mais de manière ciblée. Car il est incompréhensible qu'une subvention bénéficie à toutes les couches de la population, même les plus aisées d'entre elles. Il faut que l'appui social de l'Etat soit directement affecté à ceux qui en ont véritablement besoin.

La Tunisie dispose-t-elle des moyens techniques nécessaires, notamment les bases de données et le système d'information, pour procéder à ce type de ciblage des populations bénéficiaires ?

Je ne suis pas un expert dans ce domaine, mais je sais que la Banque mondiale a déjà participé à l'implantation de ce type de mécanisme dans d'autres pays, avec succès. En Tunisie, il faudra peut-être un temps pour mettre en place les préalables techniques. Mais dès lors, c'est parfaitement réalisable à terme.

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