Télécoms / Maroc : VoIP, dégroupage et autres péchés mortels...

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(Crédits : LTA)
La nouvelle est tombée comme un couperet. Azzeddine El Mountassir Billah, Directeur Général de l'Agence Nationale (marocaine) des Télécommunications, "serait" limogé. Décryptage des motivations de cette décision.

C'est un dossier qui enflamme le Maroc depuis plusieurs mois, mettant sous pression d'un côté les trois opérateurs télécoms du Royaume, l'agence de régulation des télécoms (ANRT), et des consommateurs qui se sont coalisé et ont cristallisé leur colère sur les réseaux sociaux. Depuis une semaine, ce dossier est à nouveau sur le devant de la scène et a connu une forte accélération, avec une véritable dramaturgie en trois actes qui a conduit au limogeage (non encore officiel) de Azedinne Mountassir Billah, DG de l'ANRT. A l'heure où nous mettons en ligne, aucune communication officielle n'est venue confirmer cette décision et encore moins ses motivations. Toutefois, des sources proches du dossier vont plus loin et avancent déjà le nom de celui qui devrait prendre l'intérim : Azelarab Hassibi, actuel directeur de la concurrence à l'ANRT.

Aux origines de la polémique

En cause, une décision de l'ANRT prise il y a quelques mois, qui, au nom d'un texte obscur et ancien, intimait l'ordre aux opérateurs de couper les accès à la Voix sur IP, privant de facto les usagers d'application de transport de la voix gratuites telles Whatsapp, Skype, ou Hangouts. Officiellement, l'ANRT affirmait appliquer la loi. En coulisses, les utilisateurs suspectaient une tentative des opérateurs de restaurer une partie de leur marges, altérées par une guerre des prix et des promotions massives pour séduire les clients au cours des dernières années.

Après des mois de protestations des internautes, avec des tentatives de « punir » les opérateurs en retirant notamment leurs « Likes » de leurs pages Facebook, l'on pensait ce conflit beaucoup moins prégnant, les marocains les plus technophiles s'étant résolu à utiliser des logiciels de contournement du blocage, les autres semblant se  résigner.

La semaine de tous les dangers

Il y a près d'une semaine, un rapport du centre Brookings pour l'innovation technologique  estimait que le blocage de la VoIP au Maroc aurait fait perdre au pays plusieurs centaines de millions de dollars. Il n'en fallut pas moins pour que les internautes s'emparent à nouveau du sujet, certains s'organisant même pour prendre à témoin les participants internationaux à la COP22 pour faire entendre leur requête relative à la restauration du service.

VoIP Maroc

Cette même semaine, l'ANRT adressait un avertissement officiel à l'opérateur historique, Maroc Telecom, pour non respect de ses obligations de partage des infrastructures en faveur de ses concurrents. De l'avis de plusieurs experts du secteur, la « vieille dame » des télécoms marocains renâcle depuis des années à se plier à cette obligation, empêchant ainsi ses concurrents de commercialiser de la connexion par ADSL. Ce dossier ferait l'objet d'un bras de fer personnel entre l'inamovible patron de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune, et le Directeur général de l'ANRT, qui n'ont eu de cesse de brandir mutuellement un arsenal de points juridiques pour faire valoir leurs positions. Du côté de Maroc Telecom, l'avertissement public sonne comme une humiliation, et du haut de la tour de l'opérateur dans le quartier huppé de Hay Riad, l'on fourbit ses armes.

Le couperet

In fine, du côté du management des trois groupes, l'on s'est jusqu'à aujourd'hui retranché -officiellement- derrière la décision de l'ANRT qui serait responsable de l'arrêt de la VOIP. Quant au dégroupage, les uns et les autres se sont livrés à des batailles de tranchées juridiques auprès de l'ANRT, sans que personne n'obtienne véritablement satisfaction. Selon des experts en télécoms, c'est cette politique de ménagement du chou et de la chèvre, qui privait le secteur d'une vision claire, qui aurait coûté son poste au patron du régulateur, bien plus que la querelle autour de la voix sur IP ou le dégroupage.

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