Nigéria : de retour et affaibli, Buhari pourra-t-il véritablement reprendre la main ?

Après deux mois d’un séjour médical à Londres qui a largement alimenté la fabrique à rumeurs, le chef de l’Etat nigérian, de retour au pays, va devoir se consacrer à la gestion de plusieurs dossiers urgents qui ont été laissés en suspens durant sa convalescence. Il s’agit notamment de l’accélération du plan de relance économique pour sortir le pays de la crise qui l’affecte depuis quelques mois ainsi que le renforcement de la lutte contre la corruption. Deux chantiers prioritaires qui tiennent à cœur au président nigérian à qui il reste moins de deux ans pour atteindre des résultats concrets. A 74 ans et fragilisé par son état de santé, Buhari pourra-t-il aller jusqu’au bout ?

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(Crédits : Reuters)

Buhari is Back! Le président nigérian est enfin de retour dans son pays après presque deux mois de séjour médical à Londres en Grande Bretagne. Comme l'avait annoncé la veille, tard dans la soirée, son conseiller spécial en communication Femi Adesina, le chef d'Etat nigérian est rentré au Nigéria ce vendredi, tôt dans la matinée. C'est à bord d'un avion de l'armée de l'air nigériane qu'il a atterrit à Kaduna, dans le nord de pays, où il a été accueillit par le vice-président Yemi Osinbajo ainsi que plusieurs personnalités politiques, religieuses et militaires du pays ainsi que par les membres de sa famille. Une foule assez impressionnante de ses sympathisants s'est également massée sur le tarmac de l'aéroport, débordant à plusieurs reprises les services de sécurité.

Par la suite, le chef d'Etat nigérian a rejoint la capitale fédérale à bord d'un hélicoptère en raison de la fermeture pour travaux de l'aéroport international Nmamdi Azikiwe.

Souriant comme à son habitude et vêtu de sa traditionnelle tunique noire, Muhammadu Buhari est toutefois apparut un affaibli. Cependant, en regagnant directement Aso Rock, le siège de la présidence fédérale, le chef d'Etat nigérian a visiblement voulu démontrer qu'il n'entend pas s'accorder une nouvelle longue  période de convalescence en dépit de son état de santé assez fragile, comme le démontrent les dernières images de lui publiés par son staff, quelques heures avant son retour de Londres. il a d'ailleurs reconnu qu'il a encore besoin de quelques jours de repos avant de se remettre au travail.

« Le vice-président va continuer à assurer l'intérim et je continuerai pour ma part de me reposer ».

Muhammadu Buhari.

Dans l'immédiat et pour quelques jours encore, l'intérim sera encore assuré par le vice-président Osinbajo qui

Selon la présidence nigériane, dès lundi prochain, le président confirmera au Parlement son retour aux affaires, ce qui mettra fin à l'intérim assuré par son vice-président conformément à la procédure constitutionnelle en la matière.

En attendant et sans perdre de temps, le chef d'Etat Nigéria a présidé une série de réunions avec le gouvernement fédéral, les gouverneurs des différents Etats ainsi que les  responsables et chefs de services des administrations du pays. Des réunions au cours desquels il a annoncé les couleurs puisque Buhari a annoncé toute une panoplie de mesures à mettre en oeuvre afin de relancer la machine économique afin de répondre aux doléances des citoyens.

Inquiétudes et suspicions

Le retour de Buhari met ainsi fin à une longue période d'incertitudes sur son état de santé avec, en toile de fond,  des rumeurs des plus folles sur son état de santé. D'autant plus qu'ayant quitté le pays le 19 janvier dernier pour « congés annuels », l'ex-général a  dû par la suite  prolonger son séjour à Londres, « pour des raisons médicales».  Selon les services de la communication de la présidence nigériane, c'est à la suite « d'examens médicaux de routine » que ses médecins lui ont prescrit « une plus longue période de repos ». La durée de cette convalescence  n'ayant pas été précisée,  tout comme  d'ailleurs la nature de sa maladie,  les inquiétudes se sont amplifiées dans le pays, amplifié par une communication officielle assez approximative. Durant plusieurs semaines, les nigérians n'ont en effet eu aucune nouvelle de leur président, lequel a d'ailleurs pris soin de charger son vice-président d'assurer l'intérim à la tête de l'Etat. Il est vrai que ce climat d'incertitude sur la santé réelle du président nigérian se justifie dans le contexte local, au regard de la situation que le pays a vécut à l'époque de l'ancien président Umar Yar'Adua (2007-2010). Ce dernier a été hospitalisé durant presque 3 mois en Arabie Saoudite et est revenu au pays sans pouvoir reprendre ses fonctions  avant de rendre  finalement l'âme quelques semaines plus tard  alors qu'officiellement les autorités rassuraient sur son état de santé.

C'est ce qui explique d'ailleurs que les assurances données à plusieurs reprises par ses conseillers et ses proches n'ont eu aucun effet au sein de l'opinion du pays qui s'attendait plutôt comme en témoigne les nombreuses séances de prières religieuses organisées par ses partisans, notamment dans le nord du pays, sa région natale où il est très populaire.

 «Je suis profondément reconnaissant à tous les nigérians, musulmans et chrétiens qui ont prié et qui continuent à prier pour ma bonne santé. Il s'agit là d'un témoignage qui démontre que malgré les difficultés du moment que nous connaissons tous, les nigérians soutiennent encore leur gouvernement dans ses efforts pour faire face aux défis auxquels est confronté notre pays. Et le meilleur moyen pour moi de vous exprimer ma gratitude, c'est de me mettre à nouveau  à votre service, protéger vos intérêts et  garder votre confiance».

Le président Buhari à son retour à Abuja

Il a fallut ces dernières jours et avec les rumeurs assez insistantes sur sa disparition pour que le président Buhari réapparaisse, à travers des messages adressés à ses compatriotes par téléphones ou la réception de dignitaires du pays ainsi que des personnalités étrangères. Les images de ces rencontres, le plus souvent à caractère privée, sont relayés par le service communication de la présidence nigériane, ce qui a permis d'atténuer les doutes sur l'état de santé de Buhari.

Durant les derniers jours de son séjour de Londonien, le président nigérian s'est aussi consacré à quelques activités officielles et à en croire la présidence nigériane, il a déjà commencé à reprendre progressivement le travail depuis la villa présidentielle londonienne où il se répondait. Une manière assez explicite pour démontrer que Buhari n'est plus à l'hôpital et que son état de santé n'est plus inquiétant comme n'a cessé de le ressasser Garba Shehu, son porte-parole pourquoi « il n y a aucune raison de s'inquiéter ».

Alors le président Buhari complètement remis de sa convalescence ? Il est très tôt pour le dire surtout que ce n'est pas la première fois qu'il fait face à des soucis de santé. En juin 2016, il a été déjà soigné durant deux semaines dans la capitale britannique pour une infection à l'oreille. Avec cette nouvelle et longue absence pour les mêmes raisons médicales, le climat d'inquiétude risque de se perpétuer encore pour quelques semaines, le temps pour ses compatriotes de jauger si le chef d'Etat a véritablement repris la main et est en état d'assumer ses fonctions jusqu'au bout de son premier mandat, lequel n'est qu'à la moitié de son terme. Surtout que Buhari qui a lui-même reconnu que même si son état de santé s'est nettement amélioré, il nécessite encore un suivi médical pour une totale rémission.

D'ailleurs lors de ses premières déclarations publiques,  quelques instants après son retour, les observateurs ont noté qu'il a du mal à se rappeler de certains noms ou de prononcer certains mots.

Dossiers stratégiques en instance

Le retour au pays du président nigérian est en soi une bonne nouvelle surtout pour l'économie du pays qui commence à sortir la tête de l'eau après plusieurs mois de baisse de régime voire de récession. C'est du reste ce qui a amplifié les incertitudes sur les perspectives du pays alors que le gouvernement fédéral s'apprête à lancer son plan de relance économique en s'appuyant sur certains signaux positifs enregistrés ces dernières semaines. La production pétrolifère du pays est en train de retrouver son niveau d'avant crise, les réserves de change se sont nettement améliorés et la dépréciation de la Naira, la monnaie nationale, a été contenue grâce aux décisions prises dernièrement par la Banque centrale nigériane.

En l'absence du président, son vice-président Yemi Osinbajo, a maintenu la barre de manière ferme, ce qui lui a permit d'ailleurs de se retrouver au devant de l'actualité nationale. La période d'intérim qu'il a assuré a été marqué par une accélération de certains dossiers qui bloquaient jusque-là comme l'assouplissement du régime de change auquel Buhari s'était montré réticent.

Le président Buhari va donc reprendre la main en essayant, comme il l'a promis,  de renforcer la stratégie de relance économique et surtout de poursuivre son chantier de lutte contre la corruption. Il s'agit-là du dossier sur lequel le chef d'Etat nigérian est le plus attendu surtout que des dossiers ont été ouverts et plusieurs anciens responsables du pays sont actuellement poursuivis par la justice dans le cadre de l'instruction de gros dossiers où se mêlent détournement de biens publics et enjeux politiques.

Les attentes citoyennes se font de plus en plus pressantes avec la multiplication des grèves un peu partout dans le pays, ce qui a d'ailleurs obligé Buhari de sortir de son « repos médical » pour reconnaître  publiquement les difficultés du moment et promettre des actions urgentes et concrètes destinées à atténuer le poids de la conjoncture.

D'autres chantiers attendent également le président nigérian comme la lutte contre la secte Boko Haram, qui bien que affaibli, continue de mener des attaques par intermittence dans le nord-est du pays alors que la relative accalmie qui règne dans la région pétrolifère  du Delta, grâce à l'accord trouvé avec les rebelles, reste encore fragile. Le président Buhari est attendu de pied ferme sur ce dossier tout comme celui de l'assainissement du secteur de l'industrie pétrolifère, la mamelle de l'économie nigériane que l'ancien putschiste compte remettre à la première place du continent.

Les prochaines élections en ligne de mire

Autant donc de dossiers urgents auxquels Buhari va devoir se consacrer dès les prochains jours pour maintenir la cadence de réformes qu'il a engagées et qui a été impacté par son absence alors que son premier mandat est à mi-chemin. Les prochaines élections présidentielles viennent d'ailleurs d'être fixées par la Commission électorale nationale (INEC) au premier trimestre 2019, ce qui va davantage amplifier la pression sur le président nigérian qui a été tout sauf avare en promesses électorales,  alors que jusque-là, les nigérians estiment pour une large partie ne pas encore ressentir les effets de l'ère Buhari en dépit de quelques avancées significatifs enregistrés sur le plan sociopolitique et économique du pays.

Au delà donc de son retour au pays, c'est par la manière avec laquelle le président reprendra la barre que les inquiétudes des nigérians mais aussi des partenaires et des marchés financiers se dissiperont progressivement. Les prochains jours seront à ce titre assez édifiant sur l'état réel de la santé du président nigérian et surtout si ça lui permet d'assumer encore véritablement ses charges à la tête de la première économie du continent.

En 2010, le défunt Yar'Adua n'a pas pu reprendre fonction à son retour d'Arabie Saoudite où il a été soigné. Cette fois, en annonçant vouloir  s'attaquer t directement aux affaires, Buhari entend visiblement faire taire les mauvaises langues et confirmer qu'il reste toujours le seul maître à bord dans la droite ligne de sa marque de fabrique, celle d'un militaire à poigne et qu'il  n'entend pas diluer même avec sa reconversion en véritable démocrate ayant reconquis le pouvoir par les urnes.

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Commentaire 1
à écrit le 12/03/2017 à 20:27
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franchement, vous voyez le papa grabataire et cancéreux avoir la force de créer les conditions d'un redressement économique du pays (jamais avec un baril durablement à 50 $) et de lutter contre la corruption alors que les gouverneurs qu'il a nommé s...

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