Niger : la démission qui positionne Ibrahim Yacouba pour la présidentielle 2021

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(Crédits : Twitter)
Démission ? Remerciement sans élégance ? Sur la Toile nigérienne, les commentateurs n’arrivent pas à se décider sur les circonstances du départ d’Ibrahim Yacouba, parti ou éjecté -c’est selon- avec plusieurs ministres issus de son propre parti, dans un remaniement ministériel que l’exécutif nigérien qualifie de «technique», mais qui a tout d’un résultat de divergences profondes qui annoncent les premières fissures de la coalition présidentielle. Un tremplin pour l'ancien chef de la diplomatie qui trace sa route vers le Palais. Retour sur les enjeux hautement politiques d'un départ.

Une façon de conjurer l'«humiliation». Avec sa lettre de démission, Ibrahim Yacouba, a claqué la porte de la majorité présidentielle. Mais les circonstances qui ont conduit au remplacement de l'ex-chef de la diplomatie nigérienne par Kalla Ankourao, membre influent du Comité exécutif du PNDS et du premier cercle présidentiel, sont semblables au remaniement ministériel annoncé ce mercredi 11 avril par le Secrétariat du gouvernement : imprécises et teintées de politique !

Démission « prémonitoire » à un limogeage

« C'est un remaniement normal qui couvait depuis longtemps dans les cercles et les milieux politiques. On attendait d'avoir son officialisation », prévient le Dr Souley Adji, socio-politologue et professeur à l'Université Abdou Moumouni de Niamey (UAM) de Niamey, joint au téléphone par La Tribune Afrique. Et pourtant, avec l'annonce « prémonitoire » de sa démission avant la notification de son limogeage, il semblerait qu'Ibrahim Yacouba ait voulu sauver la face.

« Le Premier ministre vient de me dire que "le Président de la République ne souhaite pas vous garder au gouvernement, compte tenu de certaines informations". J'ai, sur place, rédigé et remis ma lettre de démission et d'annonce que notre parti se retire de la majorité présidentielle », raconte Ibrahim Yacouba sur son compte Twitter, quelques heures seulement avant l'annonce d'un « remaniement technique » du gouvernement sur les antennes de la Télé-Sahel dans son journal du soir.

Sur le chemin de son départ, Ibrahim Yacouba, par ailleurs président du Mouvement des Patriotes du Niger (MPN-Kiishin Kassa) est accompagné de deux ministres issus de son parti. Sani Hadiza Koubra, ex-ministre de la Communication et Sani Abdourahamane, à l'Enseignement secondaire, quittent également le navire gouvernemental qui compte toujours 43 ministres avec une forte présence du PNDS (au pouvoir). Et c'est peut-être là que réside le coup d'éclat politique, politicien même, du désormais ex-chef de la diplomatie.

« Ibrahim Yacouba est un jeune homme qui a toujours eu de l'ambition en politique, analyse Souley Adji. En quittant la coalition présidentielle, il s'épargne la charge d'être le comptable du bilan d'une majorité qui commence à devenir de plus en plus décriée. C'est un poids lourd qui apportait encore un certain crédit de légitimité au PNDS, que son départ va peut-être enlevé ».

Yacouba, opposant numéro un et challenger du PNDS pour 2021

A 45 ans, Ibrahim Yacouba, ancien inspecteur de Douanes formé à Niamey et à Casablanca, ancien leader syndicaliste connait bien le sérail politique autour de Mahamadou Issoufou dont il a été le DirCab (directeur de cabinet) adjoint après en avoir été le ministre des Transports. Sa «trop grande ambition», juge-t-on dans l'entourage présidentiel, lui a valu une expulsion du PNDS pour «rébellion», son «franc-parler», font remarquer d'autres.

Néanmoins, cette première éviction marque la naissance politique avec la création du MPN avec lequel ce fils issu d'une dynastie de commerçants de Dosso, qui a grandi à Maradi, est arrivé cinquième à la présidentielle de 2016 avant de rallier Mahamadou Issoufou. Désormais, il lorgne le fauteuil de son ex-mentor qui vient de le pousser, sans tact, hors du Palais. Devenu depuis quelques mois, le poil à gratter du pouvoir, notamment sur la réforme très controversée du Code électoral, Ibrahim Yacouba sème ses cailloux sur le Boulevard de la République.

« Il vient de se donner trois ans pour pouvoir se préparer efficacement à se positionner à la présidentielle de 2021», souffle un fin observateur du thermomètre politique au Niger. A l'évidence, en l'absence de Hama Amadou, adoubé comme leader de l'opposition avant que les foudres judiciaires ne poussent à l'exil en France pour la scabreuse affaire du «trafic des bébés», Yacouba se voit déjà en homme de substitution. Peut-être un peu trop vite.

« Il n'a pas encore l'envergure nationale de Hama Amadou. Même s'il est encore populaire à Tahoua, Maradi [où il passe le plus clair de son temps, ndlr] et Dosso, il lui reste encore du chemin à faire pour se créer une base électorale nationale notamment dans l'Est et le Nord du pays», tempère Souley Adji tout en tablant sur une possible alliance entre les deux hommes. « Sur le moyen-terme, il ne faut pas exclure une alliance entre le Moden Fa Lumana de Hama Amadou et le Kiishin Kassa d'Ibrahim Yacouba. Les deux hommes pourraient facilement se retrouver en cas d'empêchement de Hama Amadou, sur le fait qu'ils sont tous les deux douaniers de carrière et opposants», complète notre expert.

« Attention, pointe pour sa part une autre source sous couvert d'anonymat ! La route ne sera pas facile pour Yacouba qui pourrait faire les frais de dossiers judiciaires dans l'affaire Asusu, [mauvaise gestion présumée au sein de cette entreprise de micro-finance dirigée par Réki Djermakoye, épouse Yacouba, ndlr], ou d'autres dossiers du temps où il était douanier. Mais aussi sur des divisions internes au sein de son parti pour amoindrir son poids politique ». Le symbole qu'il est devenu l'opposant numéro un et le challenger du candidat du PNDS pour la présidentielle de 2021? Au moment venu, les horloges politiques parleront.

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