Convocation du corps électoral : vers une présidentielle décousue au Mali

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(Crédits : Reuters)
Le calendrier est désormais connu pour la présidentielle malienne du 29 juillet prochain. Le gouvernement a officiellement convoqué le corps électoral en vue du scrutin le plus attendu du pays. Aux prises avec le terrorisme et l’insécurité, le pays devrait se choisir un successeur à Ibrahim Boubacar Keïta parmi les des dix candidats déclarés pour la course au Palais de Koulouba. A Bamako, malgré les reports répétés d’autres scrutins, les autorités assurent que la présidentielle aura lieu à date échue. Mais les conditions laissent à désirer.

C'est une première étape vers la désignation du futur chef de l'Etat malien. Ce vendredi 27 avril 2018, dans un communiqué du Conseil des ministres, le gouvernement malien a officiellement convoqué le corps électoral pour la présidentielle du 29 juillet prochain.

Quatre-vingt-dix jours après cette convocation officielle, les 7 millions d'électeurs maliens devront choisir leur prochain président pour les cinq années à venir. «La campagne électorale du premier tour de l'élection présidentielle sera ouverte le samedi 7 juillet 2018 à zéro heure. Elle sera close le vendredi 27 juillet 2018 à minuit», précise le communiqué. Pour le second tour, il faudra attendre le 12 août 2018, si aucun candidat ne remporte l'élection au premier tour.

Deux «présidents», un ancien PM, un opposant et un homme d'affaires

La course au Palais de Koulouba s'annonce très serrée. Sur la ligne de départ, on compte une dizaine de candidatures déclarées parmi lesquelles celle de l'ancien président de transition, Dioncounda Traoré, poussé -malgré ses réticences par une Alliance pour la démocratie au Mali (Adema, alliée de la coalition présidentielle)- au bord de la division. Porte-étendard de l'Union pour la république et la démocratie (URD), l'opposant Soumaïla Cissé pourrait fédérer autour de l'indécision dans la coalition présidentielle. Lui qui propose une candidature unique de l'opposition, désigné lors d'une primaire, pour barrer la route à IBK.

Bien déterminé à convaincre avec son Yelema (Changement en bambara), l'ancien Premier ministre Moussa Mara ne se lance pas pour jouer les figurants. Ancien allié de l'actuel président, l'homme d'affaires Aliou Boubacar Diallo, soutenu par la puissante confrérie Tidjaniya, veut surprendre avec son Alliance Démocratique pour la Paix (ADP-Maliba).

Au milieu de ces candidatures favorites, personne ne doute encore de la candidature du président malien à sa propre succession. Depuis la colline, il observe le jeu politique pour mieux choisir ses arguments. Même s'il ne s'est pas officiellement porté candidat, ses soutiens l'ont adoubé pour porter les couleurs du Rassemblement pour le Mali (RPM) et de ses alliés de la coalition.

Mais les manœuvres politiques ne seront que l'arrière-plan d'une élection dont plusieurs observateurs doutent de l'opportunité dans un contexte sécuritaire, social et politique difficile. Même si les élections locales ont pu se tenir -dans une partie du pays seulement- en 2016, la présidentielle pourrait ne pas être inclusive de tous les Maliens, en dépit de l'empressement des politiques -opposition et pouvoir- à en découdre par les urnes.

Une élection mal préparée

Les officiels maliens, président IBK et Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga en tête, soutiennent mordicus que l'élection se tiendra à date échue. Toute la question est de savoir si celle-ci pourra se tenir sur toute l'étendue du 1,2 million de kilomètres carrés d'un pays en proie à l'action de groupes armés djihadistes qui ont provoqué un déplacement important de populations, donc de potentiels électeurs vers des pays voisins.

Malgré la présence d'armées étrangères et dans l'attente d'une force du G5 Sahel en quête de financements à l'état de promesses, l'autorité de l'Etat malien ne prévaut plus que dans Bamako et ses localités d'alentour. Proches de la situation de 2012, le nord et le centre du pays sont contrôlés ou sous la menace de groupes rebelles, malgré l'accord d'Alger qui tarde à être appliqué, si ce n'est de groupes terroristes qui pullulent ou multiplient les alliances et les allégeances.

La situation sociale n'est pas meilleure avec un chômage en hausse, une insécurité alimentaire et un coût de la vie qui ne cesse d'augmenter malgré les efforts de l'Etat, à la quête d'investisseurs réticents au vu de la situation économique gangrrnée par la corruption. Au milieu de ce tableau sombre, comment l'Etat malien va-t-il déployer la logistique nécessaire pour permettre à tous les Maliens en âge de voter de s'inscrire à temps pour accomplir leur devoir de citoyens ?

Cette question ainsi que les difficultés, notamment de sécurisation du vote et de l'acheminement du matériel, concentrent tous les ingrédients d'un «raté» pour l'une des élections les plus importantes pour l'avenir du pays. Sans même charger la mule avec les coûts économiques d'une élection dans un pays en difficulté, on peut déjà prédire que le prochain président sera «mal élu» dans ces conditions.

Au nom de la régularité démocratique et de la légitimité à agir du prochain locataire de Koulouba, tous les acteurs nationaux et internationaux du pays semblent penser que la présidentielle représente un nouveau départ pour le Mali. Mais il est très probable, au vu des difficultés, qu'il débute la présidence, plus occupé à réparer le capharnaüm issu d'une élection mal préparée.

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