Dette souveraine : pour Fitch, la Côte d’Ivoire reste « très spéculative avec perspective stable »

L’agence de notation internationale Fitch Ratings a maintenu, mardi dernier, la note « B+ » de la Côte d’Ivoire, c'est-à-dire dans la catégorie « très spéculative » avec perspective stable. Si la dynamique de croissance du pays reste toujours vigoureuse, l’amplification des tensions politiques et sécuritaires constituent des handicaps pour la première économie de la zone UEMOA qui va également devoir gérer plusieurs facteurs à risques à court et moyen terme.

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(Crédits : Reuters)

La Côte d'Ivoire a maintenu sa note « B+ » auprès de Fitch Ratings qui a classé le pays dans la catégorie « très spéculative avec perspective stable ». Dans le communiqué publié à cet effet, l'Agence a mis en avant de solides performances macroéconomiques dont fait preuve le pays, une faible inflation, un excédent commercial structurel et des ratios d'endettement modérés. Des perspectives prometteuses qui sont toutefois contrebalancés par de « faibles indices de gouvernance et de développement » auxquels s'ajoutent des risques politiques et sécuritaires.

Selon Fitch Ratings, le rythme moyen annuel de la croissance du pays devrait s'établir à 6,8% entre 2017 et 2019, ce qui constitue une légère décélération par rapport à la dynamique enregistrée sur la période 2012 à 2016 qui était de 9,1% en raison notamment de « l'effet rebond » post-crise 2002-2010. La baisse des cours du cacao dont le pays est un important producteur expliquerait en grande parti ce ralentissement selon l'agence qui fait cas également d'autres fondamentaux toujours solides de l'économie ivoirienne.

C'est le cas de la dette souveraine qui devrait s'établir à 44% du PIB à la fin de cette année, un niveau nettement inférieur aux pays classés dans la même catégorie, ce qui fait bénéficier à la Côte d'Ivoire, d'une excellente image auprès des bailleurs de fonds. La preuve, le pays a réussi avec succès ses dernières sorties sur les marchés internationaux à travers des émissions d'obligations destinées à alléger son profil de remboursement de la dette. L'agence n'a toutefois pas manqué d'alerter sur certains risques que le recours de plus en plus croissant aux prêts non-concessionnel en devise fait courir au pays notamment pour ce qui est de l'augmentation du coût du service de la dette et le risque de change.

Dans une conjoncture assez défavorable, Fitch estime que l'économie ivoirienne devrait continuer à afficher une certaine résilience portée notamment par la diversification de la production industrielle ainsi que l'expansion de la production minière qui vont rejaillir sur les exportations du pays. De même, les investissements publics « soutenus » dans le cadre du Plan national de développement 2016-2020 (PND) et « la poursuite des investissements privés stimulés par l'amélioration du climat des affaires et des infrastructures » vont permettre de consolider cette résilience qui souffre pourtant de l'amplification de certains facteurs à risques

Montée des facteurs à risques

Le revers de la médaille, c'est l'amplification des risques portés par une difficile consolidation budgétaire mais aussi et surtout la montée en puissance, particulièrement cette année, des tensions politiques et sécuritaires.

En plus des luttes de clan déjà ouvertes pour la succession d'Alassane Dramane Ouattara en 2020, les mutineries qu'a connu le pays depuis le début de l'année font craindre selon Fitch des risques d'une dégradation de la situation sociopolitique du pays, laquelle reste marquée par « la fragmentation régionale persistante, une réconciliation nationale inachevée, le manque d'intégration des anciens rebelles dans l'armée et un processus de désarmement encore incomplet ».

Le pays a déjà été affecté par des douloureux évènements cette année avec notamment les versements effectués par le gouvernement pour calmer contenir la fronde des mutins et la grogne des agents de l'Etat. Selon les estimations de Fitch, ce n'est pas moins de 670 millions d'euros soit 440 milliards de FCFA équivalent à 1,9% du PIB que la gestion de ces événements va coûter au budget de l'Etat alors que parallèlement, la baisse des cours du cacao et la réduction de certaines taxe sur les carburants vont occasionner un sérieux manque à gagner aux caisses de l'Etat. Seul lot de consolation, qui ne permet pourtant pas de compenser les paiements effectués, les coupes opérées dans les dépenses d'investissement initialement prévues dans le budget 2017 vont permettre au pays d'économiser quelques 178 milliards de FCFA.

Avec ces ajustements budgétaires, l'agence s'attend à ce que le déficit budgétaire du pays s'établisse à 4,7% du PIB en 2017 alors qu'il n'était que de 4% en 2016. Si le gouvernement vise à le ramener à 3% à court terme, Fitch estime qu'il pourrait se stabiliser à 3,8% d'ici 2019, à condition toutefois que le gouvernement arrive à maîtriser ses dépenses publiques surtout à l'approche de la période électorale.

Dans sa note d'analyse, Fitch a également pointé du doigt la forte dépendance de l'économie ivoirienne aux matières premières agricoles mais a surtout insister sur la nécessité pour les autorités de veiller à consolider la relative stabilité politique du pays et à atténuer les risques sécuritaires pour améliorer sa note. Selon l'agence, en poursuivant les efforts en matière de gouvernance publique et en renforçant la gestion de ses finances publiques, la Côte d'Ivoire pourrait améliorer sa notation souveraine à l'issue des prochaines évaluations.

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