Maguette Mbow : «L'Afrique c'est chic ! »

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D’origine sénégalaise, Maguette Mbow est entrepreneur et professeur dans l’innovation numérique et la transformation digitale des entreprises.
D’origine sénégalaise, Maguette Mbow est entrepreneur et professeur dans l’innovation numérique et la transformation digitale des entreprises. (Crédits : DR.)
«L'Afrique c'est chic world» est une plateforme économique et culturelle de promotion d'une image positive de l'Afrique. L’idée est de contribuer à l'industrialisation et la transformation digitale, en collaboration avec les secteurs privé et public pour générer des industries créatives, en développant l’entreprenariat et l’employabilité des Africains. La startup travaille sur la promotion de 9 secteurs d'activités identifiées comme des gisements d'emplois pour le Continent. Dans cet entretien, Maguette Mbow, fondateur de la startup, revient sur les fondamentaux du concept mais aussi sur l'événement « L'Afrique c'est chic world - WawFest», qui se poursuit jusqu'au 23 décembre 2018 à Dakar. La capitale sénégalaise, ville hôte de l'édition 2018, est la première étape d'une série d'événements itinérants sur le Continent.

La Tribune Afrique : «L'Afrique c'est chic world» est le nom de votre startup. Qu'est-ce qui se cache derrière cette appellation aux connotations positives ?

Maguette Mbow : L'Afrique c'est chic world est la nouvelle plateforme d'innovations économique, sociale et culturelle, génératrice de bien-être, d'industries, de startups et d'emplois en Afrique. Entre imaginaire, méthode et métamorphose, entre traditions, générations et modernité, entre jeunesse, sagesse et racines, entre technologies, digital et innovation, cette production originale puise son inspiration dans le patrimoine culturel, ancien et moderne de l'Afrique. Cela, à travers ses symboles «Adinkra 5.0» revisités dans une vision positive de l'image du Continent. L'objet de ce nouvel univers créatif est de réinventer en permanence l'Afrique, de régénérer ses valeurs, de recomposer ses liens et de transmettre à nouveau du sens aux jeunes générations. Le tout à travers un nouveau fond créatif, une nouvelle forme narrative, un champ lexical, un langage, un code source, une nouvelle combinaison d'idéogrammes messagers et de motifs graphiques, ancrés dans la matrice africaine et propulsés dans un monde Afrofuturiste doté d'énergies et de possibilités infinies, au service du développement et du rayonnement de l'Afrique.

En trois ans d'existence, la structure a réalisé plus de 50 productions d'événements sur fonds propres et réunit une communauté en ligne de plus de 100 000 abonnés. L'esprit de cette initiative est global et représentatif d'une nouvelle Afrique diverse, internationale, créative, collaborative, innovante. Lorsque vous tapez le nom de l'Afrique sur les moteurs de recherche, vous avez bien souvent une image qui ne correspond pas à la réalité du Continent, en matière de développement économique et sur le plan culturel et social. L'Afrique c'est chic, c'est une marque qui promeut la nouvelle image de l'Afrique. C'est-à-dire, cette Afrique qui produit, se développe et crée un modèle qu'il doit transmettre au monde, en s'appuyant avant tout sur ses valeurs et savoir-faire traditionnels et culturels. Dans ce sens, notre événement «L"Afrique c'est chic world - WawFest» a pour objectif de replacer l'Afrique -berceau de l'humanité- au premier plan sur la carte des cultures du monde.

Vos activités portent sur plusieurs secteurs, tous différents. Pourquoi avoir ratissé aussi large au lieu de se focaliser sur une seule thématique ?

L'objectif de L'Afrique c'est chic world, c'est de travailler sur deux axes : l'entreprenariat et l'employabilité des Africains sur le Continent. Alors nous avons choisi neuf secteurs d'activités identifiées comme étant des gisements d'emplois. Parmi ces derniers, vous avez l'industrie de la mode, qui rassemble un certain nombre d'activités. Le coton est produit en Afrique dans la plupart des régions, il doit être exploité, pour être transformé avant d'être commercialisé en Afrique. Quand vous produisez un événement autour de la mode, de la graine du coton jusqu'au podium du défilé, en passant par la boutique qui commercialise les produits textiles, vous reconstituez une filière textile avec toute une chaîne de valeurs, de métiers, de savoir-faire qui s'articule, tant bien que mal en Afrique, pour réaliser le produit fini. Par conséquent, ce secteur nous apparaît comme un gisement d'emplois pour les africains quand nous savons la richesse en ressources naturelles sur le Continent. Nous avons identifié à ce jour plus de 80 corps de métiers différents dans le travail du cuir, du coton, du lin qui concourent à la réalisation de cette chaîne de valeur dans le secteur textile, verticale et intégrée.

L'idée de l'Afrique c'est chic world est de révéler ces niches d'emplois qui sont aujourd'hui mal identifiées, cartographiées, peu structurées, maîtrisées pour en faire des filières attractives et qualifiantes vers lesquelles bon nombre des 23 millions de jeunes entrants par an sur le marché de l'emploi en Afrique, peuvent s'orienter, innover et se développer. Par nos actions sur le terrain relayées par notre plateforme digitale, nous investissons à court, moyen et long terme dans une démarche de valorisation, d'accompagnement et de développement de capacités de nos jeunes, par des cycles de formations intensives, opérationnelles et d'insertion professionnelle dans des activités génératrices de revenus.

Par ailleurs, le tourisme est un moteur de croissance performant. D'après le rapport Hospitality Report Sénégal 2016 portant sur le secteur de touristique au Sénégal la croissance du secteur devrait être supérieure 5% par an sur les 10 prochaines années. L'Afrique c'est chic world a pour vocation de contribuer à la professionnalisation de ce secteur-clé pourvoyeur d'emplois.

Dans le cluster « Sport », nous nous intéressons au développement de valeurs, de sens, et de liens, dans une tendance globale à la digitalisation exacerbée qui comporte, pour nos jeunes, des risques de perte de repères et de crises d'identité. En effet, le sport nous enseigne des notions simples de savoir-être, du vivre-ensemble telles que l'endurance, la performance, la compétition, le respect de soi et de l'autre, le jeu collectif... génératrices de développement culturel, spirituel, social

Ensuite, nous avons le cluster High Tech ou digital, qui est une opportunité pour l'Afrique de devancer le progrès. Dans le cas du mobile money, l'Afrique est aujourd'hui le Continent précurseur qui développe le plus d'innovations et d'usages pour régler des problèmes de bancarisation, ceux des transferts de fonds et d'autres continents viennent s'inspirer de ces innovations africaines. Avec plus de 20 ans d'expérience dans le numérique, L'Afrique c'est chic world considère le digital comme la principale clé de transformation, de création, de startups et d'emplois en Afrique avec plus de 450 «Tech Hub» actives sur le Continent en 2018.

Vos activités s'étendent également à la gastronomie et à la décoration. Comment le digital peut-il contribuer au développement de ces deux secteurs en Afrique ?

La gastronomie est un secteur important pour nous. En Afrique, nous avons des recettes ancestrales, un art culinaire qui a tendance à disparaître, à être oublié. Nous voulons à travers le digital, mettre en lumière ces recettes de nos grand-mères. La gastronomie est un secteur générateur d'emplois et même un outil de diplomatie culturelle comme c'est le cas pour des pays comme la France. Nous voulons grâce au digital transposer, diffuser les recettes africaines et l'art culinaire du Continent vers d'autres cultures. C'est un secteur qui mérite d'être valorisé.

Notre concept inclut également la décoration d'intérieur qui offre un potentiel de création d'emploi inestimable. En Afrique, nous avons des menuisiers, des tapissiers, des artisans, bref, des métiers à intelligence manuelle, comme nous aimons les qualifier. Les acteurs de ces secteurs sont souvent en chômage faute de débouchés commerciaux. La Chine est devenue en moins d'un siècle, l'atelier du monde en misant d'abord sur une main-d'œuvre industrialisée, dont nous disposons en Afrique à travers nos artisans souvent formés sur le tas, capables de réaliser des objets sur-mesure, à partir de nos matières premières (bois, cuir, coton,...) à partir de nos savoir-faire ancestraux qui avec le digital doivent pouvoir retrouver toutes leurs lettres de noblesse dans les échanges commerciaux tant à l'échelle continentale qu'internationale.

Passé le cadre idéologique, comment le concept est-il intégré par les populations cibles en Afrique et par la diaspora ?

Le médium qui permet de valoriser, de diffuser le concept est l'événement «L'Afrique c'est chic world - WawFest» qui permet la rencontre physique entre des interlocuteurs. Il s'adresse aux Africains du Continent, à différents corps de métiers interculturels, interprofessionnels. C'est un événement, un festival où se côtoient des entreprises, des étudiants, des investisseurs, des familles, des enseignants. L'objectif est réunir «les Afriques». Nous nous adressons également aux Africains de la diaspora. Car l'histoire de l'Afrique, c'est aussi celle des déplacements et migrations de ses populations vers l'Amérique, l'Europe et le reste du monde. L'objectif est de lancer un message à cette diaspora, en leur rappelant que l'Afrique est leur terre d'origine, de refuge et que c'est aussi une terre d'opportunités, un marché à haut potentiel, pour connecter ou reconnecter cette diaspora à sa matrice africaine, qui nous lie tous. Nous les appelons à recréer, à renouer le lien avec le Continent, car il est essentiel de «s'enraciner dans sa culture avant l'ouverture», comme disait Léopold Sedar Senghor, l'enracinement permet d'être en accord avec son histoire, sa culture et l'ouverture permet de transmettre son histoire et de recevoir l'histoire des autres dans le cadre d'un échange, que Senghor appelait «la civilisation de l'universel». C'est le «Momentum de l'Afrique» qui doit conduire à la réappropriation de ces valeurs, cette histoire, ces savoir-faire panafricains dans la logique de l'intégration structurée par l'agenda 2063 de l'Union africaine, «L'Afrique que nous voulons».

A L'Afrique c'est chic Word, nous sommes partie prenante pour accompagner cette émergence africaine en contribuant au développement d'une chaîne de valeur verticale et transversale dans les différents secteurs d'activités des neufs thématiques que nous traitons, afin de retenir, de «fixer» les jeunes africains sur le Continent par la création d'opportunités professionnelles. Le rêve africain est à portée de clic aujourd'hui avec le digital. A ce titre, nous avons déjà amorcé la duplication du concept «L'Afrique c'est chic world» sur tout le Continent. Actuellement, nous collaborons déjà avec des pays comme le Rwanda, l'Afrique du Sud, le Maroc, le Bénin, le Ghana... Cette unité africaine, nous ne faisons pas que d'y penser ou d'en parler, nous la réalisons au jour le jour, par notre génération interconnectée, intercontinentale et diasporique.

Comment se déroulera l'événement «L'Afrique c'est chic world - WawFest» ?

«L'Afrique c'est chic world - WawFest» est la nouvelle production pour le développement des industries culturelles, créatives et digitales en Afrique. Il s'agit d'un festival de 27 jours, du 27 novembre au 23 décembre 2018, avec une audience totale de 100 000 personnes sur différents sites d'une ville symbolique africaine. Dakar étant la première de la série d'événements itinérants sur le Continent. L'événement  se distingue par son contenu scientifique, éducatif et technologique visant à valoriser le savoir-faire africain et à promouvoir la transition des savoir-faire traditionnels vers la modernité accompagnée par les nouvelles technologies. Le Festival est également un rendez-vous privilégié pour les investisseurs dans les neuf (9) domaines culturels : Mode, cinéma, littérature, voyages, technologie de pointe, musique et danse, sports, arts, y compris la photographie, architecture et déco, la gastronomie, etc. Tous les décideurs, entrepreneurs, entreprises et institutions peuvent exposer leurs produits et services sur la plateforme, et à travers le programme du festival, adresser leurs prospects, clients et investisseurs mais aussi communiquer sur leur image, leurs expertises, leurs innovations, saisir sur les opportunités d'affaires... C'est un véritable dispositif de rencontres économiques, sociales et culturelles propices à la prospection, à la relation client, à l'entrepreneuriat et aux opportunités de levée de fonds, d'investissements et développement en Afrique.

C'est la première fois que nous organisons un événement aussi grand. Cette fois, la rencontre va se dérouler sur près d'un mois, c'est-à-dire du 27 novembre au 23 décembre, à Dakar, la Capital sénégalaise. Une ville avec un certain nombre de monuments et lieux symboliques comme l'île de Gorée, le monument de la Renaissance africaine reflet d'une Afrique émergente, la Place du Souvenir Africain qui est un espace de commémoration et de respect de la dignité africaine.

«L'Afrique c'est chic world - WawFest» se veut une manifestation panafricaine, comment faire circuler le concept au niveau des différents pays ?

Une prochaine étape du festival consistera à déplacer la prochaine rencontre à Kigali au Rwanda et des échanges sont en cours pour l'organiser dans plusieurs autres capitales africaines.

Par ailleurs, parmi nos actions, projets, souhaits et appels que nous portons à l'Union africaine, figure également la création d'une célébration annuelle des cultures africaines, un événement planétaire d'une à trois journées dans l'année, en simultané et en direct de tous les pays du continent africain où les projecteurs du monde entier s'orientent vers les différentes facettes des cultures africaines... Dès lors, il devient aisé de planifier les retombées économiques, pour les secteurs du tourisme, de la culture....

Quelles sont les activités prévues au festival ?

Sur les 27 jours du festival, nous avons prévu des manifestations scientifiques. Les matinées seront dédiées à des conférences sectorielles, les après-midis à des workshops, des ateliers pratiques sectoriels. Le soir, nous avons programmé des afterwork, des networking interprofessionnels, interculturels et intergénérationnels qui permettront de renforcer les liens tissés dans la journée. Le tout ponctué par des manifestations culturelles, artistiques modernes et traditionnelles, des visites organisées des sites à Dakar et au niveau des villes de l'intérieur à travers des partenariats avec des instances touristiques locales. Ce qui permet d'intégrer dans le festival une offre de circuit touristique et culturel.

Un volet économique a été intégré pour permettre la rencontre entre investisseurs et porteurs de projets. Nous organisons également la 2e édition du notre «Creative Lab» à Dakar, en partenariat avec l'ISM Digital Campus, sur les métiers de la réalité virtuelle, de la création graphique ou de «design thinking» pour l'Afrique. Au programme, nous aurons également, des expositions culturelles avec des artistes, de la projection de cinématographique, des séances de littérature. Le digital sera évidemment partout au cœur de cette plateforme qui célèbre cette Nouvelle Afrique, optimiste, forte du legs de ses aïeux, de l'expertise de sa diaspora, du dynamisme de sa jeunesse : son dividende démographique.

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Commentaires
a écrit le 09/12/2018 à 5:47 :
Nous invitons les Africains à sortir de l'afropessimisme et à prendre conscience de l'immense potentiel de leur continent. Avec le tiers des réserves minières et énergétiques, plus de la moitié des terres arables disponibles et un quart de l'humanité en 2050, d'une moyenne d'âge de 19 ans, l'Afrique a les moyens d'inventer un nouveau modèle de civilisation basé sur une nouvelle articulation entre l'économie, l'écologie, le culturel et le spirituel.

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