Corruption : une prime pour les lanceurs d’alertes au Nigéria !

 |   |  850  mots
(Crédits : Reuters)
Afin de renforcer la lutte contre la corruption, le gouvernement fédéral du Nigéria envisage d’accorder une prime de 2,5 à 5% aux dénonciateurs sur les montants recouvrés par l’Etat. L’initiative n’est pas sans risques au regard des tentatives de diffamation. Mais l’ampleur du phénomène dans la première économie du continent, impose de mesures drastiques.

Le président du Nigéria ne recule devant rien pour combattre la corruption, un phénomène qui gangrène la première économie du continent depuis des années. Face à l'ampleur de la situation et en dépit des mesures déjà prises depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement fédéral envisage désormais de miser sur les dénonciations afin de couper l'herbe sous les pieds des corrompus. En ce sens, les autorités fédérales envisagent de récompenser les dénonciateurs de cas de corruption avérés en leur accordant une prime de 2,5 à 5% des montants recouvrés. Une mesure qui concernerait tout lanceur d'alerte qui permettrait à l'Etat de rentrer dans ses droits.

La décision a été approuvée, mercredi dernier, à l'issue d'un conseil de ministre fédéral tenue sous la présidence de Buhari. Le conseil a statué sur cette nouvelle politique de lutte contre la fraude et les infractions connexes dans les secteurs public et privé. Selon la ministre des Finances, Kemi Adeosun, il s'agit à travers cette décision, d'encourager les nigérians à intégrer le système de dénonciations afin de renforcer les actions du gouvernement visant à éradiquer le fléau de la corruption dans le pays.

«S'il y a un retour volontaire des fonds ou des actifs publics volés ou dissimulés sur la base des informations fournies, le dénonciateur peut avoir droit à une prime comprise entre 2,5%  et 5%  du montant total recouvré ». Kemi Adeosun, ministre nigériane des Finances

Transparence et lutte contre la mauvaise gouvernance

La ministre Kemi Adeosun qui s'est exprimée à l'issue du conseil fédéral a expliqué qu'une loi qui a été adoptée dans ce cadre par son département sera bientôt transmise au Parlement pour adoption, afin d'encourager les personnes qui signaleront au gouvernement  des informations sur une violation, une mauvaise conduite ou quelconque activité inappropriée qui aurait un impact négatif sur les caisses de l'Etat.

A travers cette initiative qui a été plébiscité au delà du pays, l'objectif du gouvernement nigérian est également d'améliorer le niveau de confiance des nigérians dans les services publics. Parallèlement, les autorités comptent améliorer la transparence et la responsabilisation dans la gestion des fonds publics et in fine, accroître la récupération des fonds publics détournés afin de les déployer dans d'autres secteurs notamment pour combler le déficit d'infrastructures que connait le pays.

D'après la définition donnée par le texte approuvé par le gouvernement nigérian, le lanceur d'alerte ou dénonciateur est toute personne qui « divulgue volontairement des renseignements de bonne foi sur une éventuelle faute ou violation qui est survenue, est en cours ou est sur le point de se produire ». Une plate-forme en ligne ainsi qu'un numéro vert seront mis en service afin de recueillir les renseignements ainsi que de permettre aux lanceurs d'alertes de suivre l'évolution des dossiers qu'ils ont soumis.

Protection pour les lanceurs d'alertes

Afin d'éviter tout dérapage, la ministre a indiqué que la politique de dénonciation ne s'appliquerait pas aux questions personnelles concernant les contrats ou les accords privés et pour savoir si un dénonciateur a droit à une rétribution financière, il faudrait qu'il y ait « un retour volontaire de fonds ou d'actifs publics volés ou cachés à cause des renseignements fournis ». « Vous devez avoir fourni au gouvernement des renseignements qu'il n'a pas déjà obtenus et qu'il n'a pas pu obtenir d'une autre source accessible au public», a ajouté également Kemi Adeosun avant de prévenir que la loi prévoit une protection contre les fausses déclarations ainsi que les dénonciations malveillantes.

« Un examen de premier niveau sera toujours effectué pour déterminer la crédibilité et la suffisance de l'information reçue. Si vous signalez des informations fausses ou trompeuses, elles seront renvoyées aux agents d'exécution pour enquête et poursuite éventuelle ».

La loi a également prévue des dispositions pour les lanceurs d'alertes victimes de harcèlement ou d'intimidation à la suite des informations qu'elles auront donné au gouvernement.

Fléau endémique

Le président Buhari a été élu, en 2015, sur la base d'un programme qui fait de la lutte contre la corruption, son cheval de bataille. Selon l'ONG Transparency International, le Nigeria occupe le 136è rang sur 168 pays classés dans la dernière édition de son rapport sur la corruption au niveau mondial. En dépit de certains coups d'éclats de la de la Commission contre les crimes financiers et économiques (EFCC), la corruption reste encore endémique au Nigéria qui traverse actuellement une grave crise financière, conséquence de la chute des cours du pétrole mais aussi de la fuite des centaines de milliards de nairas. Plusieurs affaires dévoilées récemment ont mis en évidence l'ampleur du fléau surtout qu'elles impliquent de hauts responsables de l'Etat notamment les membres de l'équipe de l'ancien président GoodLuck Jonathan.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :