La croissance verte au cœur de l'essor rwandais

Naguère pays meurtri par le génocide qu'il a connu durant les années 90, le Rwanda a su tourner cette page sombre de son histoire pour devenir un modèle de développement sur le continent. Mieux, le gouvernement rwandais place la croissance verte en tête de ses priorités afin de durabiliser son développement.
(Crédits : DR)

Vingt ans après le génocide, le Rwanda peut être considéré comme un exemple de développement réussi. Une vision à long terme, une meilleure gouvernance, des incitations pour attirer les investisseurs étrangers, une production agricole qui a doublé depuis 2007, l'envol de l'écotourisme, l'industrie et les services en pleine expansion offrant des emplois non agricoles pour la population, le taux de parité au parlement le plus élevé au monde (60% de femmes) et plus de 95% d'enfants inscrits à l'école primaire ces dernières années...autant de facteurs qui font que le Rwanda, petit pays sans littoral, enregistre un des taux de croissance les plus élevés du continent africain durant les cinq dernières années (8,5% en moyenne).

Un développement socio-économique du Rwanda louable mais qui reste incertain. A l'instar d'une grande majorité des pays du Continent, le Rwanda est très vulnérable au changement climatique. Le pays perd, en effet, 1% de PIB chaque année en raison de ce phénomène.

La croissance verte dans tous les secteurs

Conscient de cette donne, le gouvernement rwandais a placé la croissance verte en tête de ses priorités. «N'oublions pas que le Rwanda est le premier pays africain à avoir banni, en 2008, les sacs en plastique qui ont été remplacés par des sacs biodégradables en matériaux tels que la fibre de coton, de banane ou de papyrus », rappelle Pierre Mwanda, militant associatif.

Avec ses performances dans l'environnement (la capitale, Kigali, détient le titre de ville la plus propre en Afrique, décerné par l'ONU).

En 2011, le gouvernement rwandais est passé à la vitesse supérieure en mettant en place la Green Growth and Resilience Climate Strategy en 2011 avec comme objectif de développer le pays grâce à une économie sobre en carbone et résiliente au changement climatique d'ici 2050.

Le plan vise à intégrer la donne du changement climatique dans tous les secteurs de l'économie nationale. Elle fournit un cadre stratégique qui inclut une vision pour 2050, des principes directeurs, des objectifs stratégiques, 14 programmes d'action et une feuille de route pour l'exécution.

« Cette feuille de route combine la création de richesse durable et la réduction de la pauvreté, grâce à une gestion durable des ressources naturelles et à une croissance économique résiliente au climat et verte », expliquent les experts de la Banque africaine de développement. Cela comprend une des stratégies d'énergies renouvelables les plus ambitieuses au monde, avec un objectif de 50 % d'électricité générée par des énergies renouvelables d'ici à 2017, partant d'une situation de seulement 8 % en 2008.

Une stratégie certes ambitieuse mais qui nécessite un financement de taille. A cet effet, le gouvernement a mis en place un «Green Fund » (Fonds vert). Doté de 100 millions de dollars, il est financé principalement par les partenaires internationaux mais aussi par le budget de l'Etat. La mobilisation de fonds nationaux rend le Green Fund moins susceptibles aux chocs externes.

Ce Fonds, connu localement sous l'appellation de FONERWA, est le bras financier de la stratégie verte du Rwanda apportant un soutien aussi bien technique que financier. Depuis sa mise en place, le Fonds a financé 33 projets.

«A travers cette stratégie, le Rwanda démontre que la volonté politique combinée à l'engagement communautaire peuvent avoir un fort impact sur l'action climatique. En investissant dans la protection de notre planète et en améliorant le quotidien de nos populations, nous pouvons nous assurer que notre développement soit durable », souligne Alex Mulisa, coordinateur du Rwanda Green Fund. En poursuivant que le « Green Fund mène cet effort en investissant dans des initiatives contribuent à la transformation du pays vers une économie faible en carbone. A cet égard, le Rwanda est vraiment un modèle d'action en matière de changement climatique ".

Promotion de l'industrie verte

La stratégie de l'économie verte et de résilience climatique inclut également un programme de promotion de l'industrie verte et développement du secteur privé, avec la mise en place d'une zone économique spéciale verte (ZES) à Kigali, pour attirer les investissements étrangers dans le secteur des technologies vertes. Un Centre d'innovation en climat hébergé dans cette ZES est également dans le pipe. Ce centre fournira des services de coordination et de conseil pour accélérer le déploiement de faibles émissions de carbone et les technologies d'adaptation des entreprises et des industries. La stratégie propose également des actions supplémentaires pour soutenir l'économie verte grâce à la participation du secteur privé. Elle prévoit notamment un code fiscal plus clair et les règles d'exemption de droits d'importation pour tous les composants de la technologie à haut rendement énergétique. Des modalités de tarification plus souples pour les digesteurs de biogaz sont examinées.Côté financement, un programme de microfinance soutenu par le gouvernement (à savoir, les garanties de prêt ou subvention par unité financée) pour aider les particuliers à l´achat de l'énergie renouvelable a été mis en place. De même qu'une ligne de crédit ou de prêts à faible intérêt garanties soutenues par le gouvernement pour les entreprises et les installations des énergies renouvelables. Le recyclage et la réutilisation des déchets ayant une valeur économique, tels que les plastiques et les déchets organiques en engrais et du carburant sont également soutenus par le gouvernement. Ce dernier prévoit une éventuelle transition de la gestion des déchets obligatoire pour les ménages et les entreprises.

Autosuffisance en énergie

Les résultats ne se sont pas fait attendre. En mai dernier, James Musoni, le ministre rwandais de l'Infrastructure, déclarait aux médias :

« En  2021, le Rwanda aura une capacité de production d'énergie suffisante qui va même permettre à notre pays d'exporter de l'électricité à un plus large éventail de pays voisins dans le cadre d'un effort transfrontalier pour répondre à la demande énergétique régionale ».

Selon le gouvernement rwandais, le pays dispose d'une capacité de production énergétique de près de 200 mégawatts, contre 50 mégawatts en 2008. Avec des prévisions de production électrique de 563 mégawatts d'ici 2018.
Par ailleurs, 92% de tous les secteurs du pays qui disposent d'une énergie fiable et suffisante pour leurs activités, d'après les statistiques de Rwanda Energy Group (REG).
La mise en service récente de la centrale électrique Kivu-Watt boostera cet ambitieux plan énergétique avec une capacité de production de 100 mégawatts à partir du méthane du lac Kivu. De même que l'entrée en service de la centrale photovoltaïque en février 2015. Première installation du genre dans la région, et troisième sur le continent, après celles de l'Afrique du Sud et de l'île Maurice, elle a nécessité un financement de 23,7 millions de dollars US.

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