Tchad : le gouvernement veut museler le droit de grève

Le gouvernement tchadien vient d’adopter une série d’amendements visant à modifier la réglementation relative à l’exercice de la grève dans la fonction publique. Une manière pour les autorités de contenir la série de grèves que vit le pays depuis quelques mois et par la même occasion, réaliser quelques économies au profit des caisses de l’Etat.

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(Crédits : © Mohamed Nureldin Abdallah / R)

Après la carotte, le gouvernement tchadien a visiblement décidé de recourir au bâton afin d'atténuer la vague de grèves des agents de la fonction publique qui ont pris une tournure inquiétante ces derniers temps.  Alors que le premier ministre Pahimi Padacke Albert continue, pour le moment sans succès, les négociations avec les principaux syndicats du pays pour « une trêve sociale », le gouvernement envisage désormais de modifier la loi sur la grève afin de contenir la situation. Le dernier conseil des ministres qui s'est tenu jeudi dernier a ainsi adopté un projet de loi portant modification de la n°008 du 9 mai 2007 relative à l'exercice du droit de grève dans les services publics. Selon le compte rendu du conseil lu sur les ondes des chaines nationales et signé par le secrétaire général du Gouvernement, Abdoulaye Sabre Fadoul, cette révision vise « à conformer la  législation nationale aux conventions internationale, et d'autre part, de sanctuariser le droit de grève en clarifiant les conditions de son exercice ».

«A l'occasion de l'examen de l'amendement de la loi n°008, le conseil a regretté profondément l'attitude jusqu'au-boutiste et inconstante de la plateforme syndicale alors que le gouvernement s'est acquitté de la totalité des conditions posées comme préalables à la reprise des activités».

Dans les faits, c'est quatre principales modifications qui devront être apportés au texte et selon le commissaire du gouvernement, « l'adoption du projet de loi modificatif de la loi 008 aura le mérite de mettre chacun devant ses responsabilités et de permettre au gouvernement de ne plus payer les journées non prestées ».

Bras de fer à l'horizon

La décision risque d'aggraver le conflit social qui oppose le gouvernement aux différentes centrales syndicales du pays qui ont, d'ailleurs, vite fait de crier au chantage. Depuis plus de trois mois, le Tchad vit une série de grèves sans précédents et qui paralysent tous les secteurs de l'administration. En cause, le retard dans le paiement de plusieurs mois de salaires, une situation que le gouvernement justifie par la grave crise économique que traverse le pays suite à la chute des cours du pétrole. En Août déjà, le gouvernement a adopté une série de mesures dites « urgentes » avec la suspension de plusieurs indemnités que perçoivent les fonctionnaires de l'Etat, ce qui a intensifié la tension. Avec cette volonté de museler le droit à la grève et surtout de couper dans le salaire des grévistes, le torchon risque de s'embrasser davantage dans le pays. Pour les syndicats, il n'est pas question qu'il paie le lourd tribut de la situation actuelle qu'ils expliquent également par une mauvaise gestion de la manne tirée de l'exploitation de l'or noir quant le baril flirtait avec les 105 dollars. Le porte-parole du gouvernement a certes réitéré, la disponibilité du gouvernement pour « un dialogue constructif et responsable ponctué d'une bonne foi de part et d'autre » avec les syndicats, mais cette dernière décision risque d'inaugurer un nouveau bras de fer alors dans le pays. En attendant l'adoption définitive du texte par le Parlement et son entrée en vigueur, le gouvernement tchadien a de quoi espérer faire encore quelques économies même si c'est sur le dos des fonctionnaires. Comme on dit, en période de vaches maigres, toutes les économies sont les bienvenues.

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