Enfants-soldats / RDC : qui paiera les 10 millions de dollars de réparations décidées par la CPI ?

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(Crédits : © Stringer . / Reuters)
La Cour pénale internationale (CPI) a décidé ce vendredi 15 décembre du montant des réparations collectives destinées aux enfants-soldats congolais. La Cour a fixé à 10 millions de dollars les indemnisations à verser aux enfants qui avaient été forcés à combattre dans la milice de l'ex-chef de guerre Thomas Lubanga.

Le montant des indemnisations qui devraient être versées aux enfants qui avaient été forcés à combattre dans la milice de l'ex-chef de guerre Thomas Lubanga est désormais connu. Ce vendredi 15 décembre, la Cour pénale internationale (CPI) a fixé ce montant à 10 millions de dollars.

« La Cour fixe le montant des réparations auxquelles M. Lubanga est tenu à la somme totale de 10 millions de dollars, qui comprend à la fois sa responsabilité concernant les 425 victimes présentes dans l'échantillon et sa responsabilité à l'égard de l'ensemble des autres victimes potentiellement éligibles », a déclaré le juge Marc Perrin de Brichambaut.

Selon lui, ce montant sera partagé entre ces 425 victimes. Pour chacune, précisent les sources de la CPI, le préjudice a été évalué à 8 000 dollars, soit un total de 3,4 millions de dollars. Pour le reste, les 6,6 millions de dollars, la Cour a décidé qu'il soit alloué aux autres victimes qui pourraient être identifiées dans les mois ou les années à venir. Une décision qui fait la joie des organisations des défenses des droits humains impliqué dans l'affaire.

Pour les Organisations de la société civile, cette ordonnance signifie une reconnaissance du statut de victimes de ces enfants-soldats. « C'est une reconnaissance du statut de victimes de ces enfants-soldats, c'est une chose extrêmement importante. Cela permet qu'ils soient reconnus officiellement comme tels dans leur pays, au sein de leur communauté », se réjouit Philippe Brizemur d'Amnesty International, qui a suivi le procès de Thomas Lubanga pour l'ONG. Avis partagé par l'ONG Justice Plus à Bunia, en Ituri. « L'essentiel est que l'on reconnaisse qu'il y a eu des victimes dans cette affaire », a laissé entendre Xavier Maki, le secrétaire exécutif.

D'après ces institutions, après avoir été privé de leur enfance pendant, une quinzaine d'années plus tard, ces jeunes sont stigmatisés. Particulièrement dans le cas des filles, de retour chez elles, souvent avec un enfant issu des viols qu'elles ont subies, elles sont rejetées par leur entourage.

Des questions pratiques sur les indemnisations à régler

L'ordonnance de la CPI même si elle provoque la joie des victimes ne semble pas encore complète tant dans sa forme que dans le fond. « C'est bien, qu'au niveau juridique, une décision soit prise. Mais reste à savoir comment cela va se passer concrètement sur le terrain. Il reste de nombreuses questions. Qui va payer ? Comment va être réparti cet argent ? Comment identifier les victimes ? », s'interroge l'enseignant-chercheur et prêtre congolais Roger Mpongo qui se bat pour la réinsertion des enfants soldats en RD Congo depuis quelques années.

Au-delà des inquiétudes du prêtre, on a l'impression que Thomas Lubanga n'est pas vraiment obligé de payer les réparations. Présenté comme indigent, l'avocat de l'ancien chef de guerre emprisonné pour 14 ans et devant sortir en 2020, avait indiqué l'année dernière qu'il ne verserait pas un centime. « On ferait alors de Thomas Lubanga le bouc émissaire du phénomène des enfants-soldats en Ituri », avait assuré Me Jean-Marie Biju-Duval.

Ainsi, ce sera le Fonds au profit des victimes qui devra se charger de la mise en œuvre de l'ordonnance de la Cour. Il s'agit d'un organe indépendant mis en place par le Statut de Rome, qui reçoit des contributions volontaires versées par les gouvernements membres de la Cour, d'organisations internationales et de particuliers. Le Fonds avait déjà mis un million d'euros dans cette affaire et a proposé un plan d'action de trois ans visant à « réconcilier les victimes avec leurs familles et les communautés affectées » grâce à une aide psychologique et médicale, la scolarisation et une formation professionnelle.

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