Drame ferroviaire d’Eseka : Paul Biya accable CAMRAIL

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Le chef d’Etat camerounais a annoncé une série de mesures destinées à prévenir ce genre de drames et améliorer la gestion du secteur des transports ferroviaires du pays
Le chef d’Etat camerounais a annoncé une série de mesures destinées à prévenir ce genre de drames et améliorer la gestion du secteur des transports ferroviaires du pays (Crédits : Reuters)
La présidence camerounaise a rendu public ce mardi 23 mai, les conclusions de la commission d’enquête gouvernementale sur l’accident ferroviaire d’Eseka survenu le 21 octobre dernier et qui a fait au moins 79 morts et des dizaines de blessés. L’enquête placée sous la direction du premier ministre a confirmé la responsabilité de CAMRAIL, filiale du groupe Bolloré, et a mis en évidence des défaillances techniques ayant contribué à l’accident. Sur la base des conclusions de l’enquête, le chef d’Etat camerounais a annoncé une série de mesures destinées à prévenir ce genre de drames et améliorer la gestion du secteur des transports ferroviaires du pays.

C'est un rapport attendu depuis longtemps et qui n'apporte en réalité pas beaucoup plus que ce que l'on sait déjà même si son caractère assez officiel est de nature à en amplifier la portée. Le rapport de la commission nationale d'enquête mise en place au lendemain du drame ferroviaire d'Eseka au Cameroun qui a causé, le 21 octobre dernier, au moins 79 morts et des dizaines de blessés, a accablé de nouveau la CAMRAL, filiale du groupe français Bolloré.  « Au terme de ses investigations, la Commission d'enquête a établi la responsabilité, à titre principal, du transporteur, la société CAMRAIL, dans le déraillement du Train Intercity n°52 ». C'est  la principale conclusion qui ressort du rapport de la commission qui a été chargée le 25 octobre dernier de déterminer entre autres, les circonstances du drame. Les conclusions de la commission mise en place sur instructions du président Paul Biya et placée sous l'autorité du premier ministre Philémon Yang ont en effet été rendues publiques ce mardi 23 février à travers un communiqué de la présidence camerounaise  signé par Ferdinand Ngoh Ngoh, le ministre secrétaire général de la présidence.

Selon le communiqué qui a été vite relayée par les réseaux sociaux, « le rapport d'enquête a conclu que la cause principale du renversement des voitures dudit train est une vitesse excessive (96km/h) dans une portion de voie où la vitesse est fortement limitée (40km/h) et qui comprend en outre une forte déclivité et plusieurs courbes serrées ».

CAMRAIL de nouveau  accablée

Attendu depuis longtemps, le rapport ne fait que confirmer toutefois les conclusions des expertises déjà commises en la matière et qui ont presque toutes établi la responsabilité de la CAMRAIL, filiale à 75% de Bolloré. L'enquête du gouvernement camerounais va également dans ce sens et selon son rapport validé par la présidence, les raisons de ce dépassement de vitesse sont dues, « au non-respect par CAMRAIL, de certaines règles de sécurité ». Les charges à ce titre sont assez accablantes comme l'a mis en évidence l'enquête qui s'appuie sur « des experts » : surcharge du convoi et rallonge inappropriée de la rame, utilisation d'une motrice et de rames qui présentaient des défaillances notamment au niveau des freins, absence de véritable contrôle technique avant le départ du train, refus de prise en considération par la hiérarchie de la société des réserves émises par le conducteur du train relativement justement aux anomalies et défaillances ainsi constatées.... le rapport n'a pas fait pas dans la dentelle.

Au passage, la commission d'enquete a épinglé également les services de l'Etat en charge de la gestion des opérations de secours en cas de catasptrophe.

Décisions présidentielles

Selon le communiqué de la présidence camerounaise, sur la base des résultats de l'enquête, le président Paul Biya a décidé de quelques mesures dont entre autres l'audit de la convention de concession signée en janvier 1999 entre l'Etat du camerounais et la société CAMRAIL ainsi que les deux avenants au contrat qui ont suivi en 2005 et 2009. Le chef d'Etat camerounais a également décidé « l'ouverture de discussions entre les partenaires au sein de CAMRAIL pour une plus grande présence de l'Etat dans la société et une meilleure prise en compte des préoccupations sociales ».

En plus de la création prochaine d'une société de gestion du patrimoine ferroviaire du pays, Paul Biya a également prescrit « la prise des sanctions appropriées à l'encontre des responsables dont l'implication dans l'accident est reconnue dans le rapport d'enquête » ainsi que « la transmission à la justice du rapport d'enquête pour qu'elle en tire toutes les conséquences de droit ».

1 milliards de Fcfa de plus pour les victimes

Le président camerounais qui affirme, selon le communiqué de son cabinet, d'avoir pris acte des mesures prises et envisagées par CAMRAIL à l'effet d'indemniser les familles des personnes décédées tout en préconisant la finalisation dans les meilleurs délais du processus qui comprend également un volet d'assistance financière aux blessés.

Dans la même lancée, Paul Biya a décidé de débloquer une enveloppe de 1 milliards de FCFA pour « une assistance complémentaire à verser à ces victimes ou à leurs ayants droits ».

Une stèle de souvenir aux victimes sera également érigée à Eseka selon les directives du président camerounais qui a également ordonné au gouvernement d'œuvrer pour améliorer la gestion des transports du pays ainsi que le mécanisme de prévention des risques majeurs ou de réponse au cas de survenance de catastrophes. En plus de déterminer les circonstances de l'accident ferroviaire, la commission d'enquête avait aussi pour mission de « proposer les mesures visant à limiter les risques de survenue d'une telle catastrophe à l'avenir, établir les responsabilités y afférentes, évaluer la gestion de cette catastrophe, l'assistance aux victimes et faire toute proposition pertinente y afférente».

La publication du rapport officiel intervient alors que le processus judiciaire de l'affaire est en train de s'engluer devant les juridictions. Selon plusieurs commentateurs qui se sont exprimés à la suite de la publication du communiqué, la présidence devrait plutôt rendre publique le rapport complet plus que le compte rendu de 3 pages qui n'a  guère permis d'éclairer toutes les zones d'ombres notamment le nombre exacts de victimes ainsi que les noms des principaux responsables.

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Commentaires
a écrit le 24/05/2017 à 20:48 :
Il était temps que le président se reveille pour informer les camerounais des raisons de ce drame qui n'a pas touché que les familles d'eseka.
À quand un vrai regard sur les réseaux ferroviaires et terrestres au Cameroun ?
Aucun pays ne pourrait se développer sans une réelle circulation, les routes camerounaises sont devenues les tombes de la population et les rails , un assassinat permanent de la population vivant entre YAOUNDE et douala. Aucun espoir dessiné l'horizon du peuple qui se meurt sans aucun regard de ces messieurs de l'état pourtant eux mêmes concernés .
Je demande à son excellence de prendre le train afin de prendre des décisions qui s'imposent sans oublier les soit disant routes pourtant utilisées par tous ceux qui détruisent nos forêts..

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