Startups : avec Colisdays, Allianz accompagne le crowd-shipping en Afrique

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(Crédits : DR.)
Soutenu par le 1er assureur européen, Mactar Sylla, jeune startupper franco-sénégalais, lance sa nouvelle plateforme de « crowd-shipping », un service « pensé par et pour la diaspora » qui a aujourd'hui le vent en poupe en Afrique, grâce à « l'ubérisation » des services logistiques.

Champion du monde francophone de scrabble à plusieurs reprises (une passion transmise par son grand frère actuellement vice-champion du monde de la discipline), spécialiste du marketing digital et fondateur de startup, Mactar Sylla dispose d'un profil iconoclaste. Après une enfance passée à Dakar, il arrive en France à l'âge de 22 ans pour poursuivre ses études à l'Université Paris 12 où il obtient un Master en e-commerce avant de rejoindre Wengo (filiale de Vivendi) puis Viadeo, qu'il quittera finalement pour se lancer dans l'entrepreneuriat en 2017.

A 34 ans, il mobilise aujourd'hui les voyageurs et la diaspora pour transporter des colis entre l'Europe et l'Afrique. « J'ai souvent été confronté à la difficulté d'expédier des colis en urgence sur le continent. Je regardais sur les réseaux sociaux si des voyageurs pouvaient m'aider et j'étais loin d'être le seul dans cette situation ! J'ai longtemps réfléchi avant de trouver l'idée qui faciliterait mes envois à des prix raisonnables » explique-t-il. « Il existait déjà des « facteurs informels » au Sénégal, généralement des femmes appelées « GP » [gratuité partielle, NLDR] qui en profitaient pour pratiquer des prix qui demeuraient relativement élevés » explique t-il.

Une solution qui ne lui convient guère et dont la livraison reste aléatoire. C'est ainsi que naît l'idée de créer une plateforme sécurisée de mise en relation des voyageurs avec les expéditeurs, qu'il appellera colisdays.com. Accompagné d'Adama Leye, 34 ans, consultant IT pour de grands groupes français, devenu directeur technique en charge de l'optimisation de l'interface graphique et de Saliou Nguirane, directeur de communication (tous deux basés à Paris), Mactar Sylla se lance dans l'aventure du crowd-shipping et rentre à Dakar.

Allianz, le partenaire-clé

Le principe repose sur la monétisation d'espaces inoccupés des voyageurs (coffre de voiture, kilos non utilisés dans les bagages en soute des avions ou encore dans les trains) auprès d'expéditeurs qui cherchent à envoyer leurs colis à moindre coût en France ou à l'étranger (essentiellement au Sénégal, à ce jour). « Il est toujours compliqué pour des expéditeurs traditionnels comme DHL de livrer en Afrique. Au Sénégal, les colis se perdent régulièrement ou sont parfois distribués aux mauvaises personnes, faute d'indications signalétiques suffisantes ; il n'y a souvent pas de numéro voire de nom de rue... De plus l'envoi d'un petit colis coûte au minimum 30 euros, ce qui reste cher », souligne-t-il.

En 2018, la petite entreprise bénéficie du support financier de la Délégation de l'entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER), une agence nationale de soutien aux startups. Avec près de 15 000 euros en poche, Mactar Sylla et ses associés passent à l'étape supérieure. « Nous avons décidé de développer une plateforme sécurisée en nous rapprochant d'Allianz qui, après deux mois de négociations, a accepté de soutenir notre projet collaboratif et de nous lancer dans la responsabilité civile professionnelle avec nous : c'était une première pour le groupe en Afrique », se félicite le jeune homme. Désormais, toutes les expéditions sont assurées contre les détériorations, les pertes ou les vols à hauteur de 2 000 euros maximum par envoi, selon un contrat qui lie le géant des assurances à la startup, moyennant 500 euros par an. Un montant, somme toute, raisonnable selon Mactar.

« L'identité de chaque membre inscrit sur notre plateforme est vérifiée et les utilisateurs signent une charte de bonne conduite. Les négociations se réalisent online entre les deux parties. Enfin, les utilisateurs peuvent apprécier les prestations en ligne », insiste Mactar Sylla qui ambitionne d'atteindre les 20 000 utilisateurs en 2020. Après validation des conditions d'envoi du colis, l'expéditeur paie sa réservation sur la plateforme via WeCashUp (ndr : une solution développée par Cédric Atangana, un jeune entrepreneur Camerounais basé à Marseille) ou directement par carte bancaire - de façon plus marginale - et dès livraison du colis, le voyageur reçoit sa commission.

Surfer sur l'essor de l'économie collaborative

« Après les transports et le logement, la logistique sera le prochain secteur touché par l'ubérisation », assure Mactar Sylla. Le service de particulier à particulier, reposant sur l'échange et la facilité de paiement rendus possibles par l'essor du m-paiement (ndr : L'Afrique enregistre plus de 100 millions de comptes d'argent mobile actifs, soit un adulte sur dix, loin devant l'Asie du Sud avec 40 millions de comptes) enthousiasme le jeune homme. « L'économie de partage en Afrique creuse son sillon grâce à la multiplication des sites d'annonces en tous genres : des bons plans 2.0 aux livraisons géolocalisées », précise-t-il.

« D'après une enquête récente, plus de 70% des immigrés africains ont envoyé au moins une fois dans leur vie, des colis urgents en Afrique via des particuliers. Simultanément, selon l'Organisation mondiale du transport, le nombre de touristes internationaux sur le continent ne cesse d'augmenter, +6% en 2018 » explique l'entrepreneur qui voit là, de belles perspectives de développement à venir...

Le « crowd-shipping » en Afrique existe déjà et Colisdays s'aligne sur la concurrence comme Colis GP ou KakoExpress, mais « le marché est en pleine croissance » souligne-t-il. La startup se rémunère grâce aux frais de service et de mise en relation. « Pour un colis de petite taille de 10€, nous prélevons 2 euros qui servent à couvrir les frais de virement, l'assurance et la gestion du site. Aujourd'hui, l'essentiel de notre trafic provient de la France et du Sénégal, mais nous comptons rapidement développer notre activité dans toute l'Afrique de l'Ouest et plus largement à l'international », précise-t-il.

Parallèlement à une prochaine levée de fonds pour étendre les services de la startup, le jeune homme cherche à recruter de nouvelles compétences afin de renforcer la toute dernière mouture de la plateforme lancée il y a quelques semaines seulement. Il ambitionne à terme de s'attaquer au e-commerce à travers le « crowd-shopping » (mise en relation des personnes qui souhaitent acheter des produits étrangers et des voyageurs). « Nous avons déjà été approchés par des entreprises en e-commerce, car nous disposons d'une flotte de voyageurs qui grandit vite », conclut-il optimiste.

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