Nigeria : la French touch Kwik débarque dans le secteur de la livraison

 |   |  1011  mots
Romain Poirot-Lellig, fondateur et CEO d'Africa Delivery Technologiesd, société à l’origine de la plate-forme de mobilité franco-nigériane, Kwik.
Romain Poirot-Lellig, fondateur et CEO d'Africa Delivery Technologiesd, société à l’origine de la plate-forme de mobilité franco-nigériane, Kwik. (Crédits : DR.)
Kwik, la plateforme de mobilité BtoB lancée par le Français Romain Poirot-Lellig à Lagos en juin 2019 veut s'imposer comme le « Uber » de la livraison au Nigeria et ambitionne de s'étendre, à terme, dans la sous-région. Objectif : 100 000 livraisons par jour dans trois nouvelles métropoles a minima, à l'horizon 2021.

La startup française s'est spécialisée dans la mise en relation des livreurs indépendants avec des clients qui cherchent à se faire livrer des documents et des colis de petite taille, suivant le modèle de Go-Jek, Grab, Uber ou encore Fetchr.

La valeur ajoutée de Kwik repose sur une réduction sensible des temps de livraison et un allègement des coûts induits par un modèle de livraison point à point. Livrer un pli ou un colis de manière fiable à Lagos intra-muros aujourd'hui peut prendre jusqu'à 12h et coûte de 2 000 à 3 000 nairas (4 à 8 euros) sans possibilité de géolocaliser son envoi. « Nous combinons la profondeur de fonctionnalité des sociétés de messagerie traditionnelles avec la flexibilité et l'immédiateté de l'économie " on-demand " », explique le fondateur de la startup. « Concrètement, notre plateforme permet de faire livrer des colis jusqu'à 25 kg en moins de deux heures partout dans Lagos, en quelques clics et à prix très compétitifs [environ 1/3 des tarifs pratiqués par la concurrenceNDLR] », se félicite Romain Poirot-Lellig, l'entrepreneur ambitieux, ancien journaliste et ex-conseiller du président d'Ubisoft qui a créé sa propre entreprise en juillet 2018.

« Nous avons choisi dès le départ de nous focaliser sur le B2B, car malgré les prédictions optimistes, le e-commerce B2C reste balbutiant en Afrique. Kwik est accessible via notre application ou à travers un navigateur Internet. Nous offrons une géolocalisation en temps réel et le paiement s'effectue à l'avance par carte bancaire via le site nigérian Paga qui compte 12 millions d'utilisateurs, ou directement en espèces », précise-t-il.

La plateforme Kwik permet aux grandes entreprises ayant de forts volumes d'organiser des tournées « à la volée », ou de planifier des livraisons récurrentes ou décalées. « Tous les clients utilisant notre plateforme bénéficient d'une assurance fournie par Allianz qui assure leur cargaison », souligne-t-il par ailleurs.

La startup française à l'assaut du géant nigérian

Ce n'est pas un hasard si Kwik s'intéresse au Nigeria. La locomotive africaine plébiscitée par le président Emmanuel Macron dans sa reconquête des marchés africains compte 226 millions d'habitants, dont 26 millions, à Lagos. « Le Nigeria est l'un des pays d'Afrique qui connaissent l'une des plus fortes activités économiques et la plus forte concentration urbaine, qui représentent deux facteurs-clés pour le développement de Kwik », explique le PDG. « Lagos est la ville la plus dense d'Afrique. Les infrastructures et services publics y sont très largement insuffisants et la croissance démographique demeure très forte. En même temps, la base industrielle y est très riche et diversifiée. Assurer avec efficacité la circulation des documents et des biens est donc une gageure pour la plupart des entreprises et des commerces, qui sont au cœur de notre démarche. La grande diversité des 3 000 clients B2B qui se sont inscrits sur notre service depuis juin dernier permet de constater l'étendue du besoin : chaque jour, les Kwiksters [coursiers enregistrés sur l'application de Kwik, NDLR) livrent aussi bien des pièces détachées automobiles aux stations Total pour CFAO que des exemplaires originaux de contrats pour des cabinets d'avocats, en passant par des paires de chaussures ou des échantillons de produits. Le champ des possibles est infini », se réjouit-il.

Lagos enregistre quelque 500 000 livraisons du « dernier kilomètre » par jour et Kwik cherche à s'imposer sur un marché en pleine structuration en s'appuyant sur un positionnement résolument B2B, intégrant des solutions de m-paiement locales.

Après le Kenya et le Rwanda, le Nigeria est en effet, devenu l'une des places africaines ou les paiements électroniques se sont envolés. Leur volume a atteint 155,7 milliards de dollars en 2018, selon des données enregistrées par le Système de règlement interbancaire nigérian, le Nigerian Interbank Settlement System (NIBSS). La valeur totale des transactions entre janvier et septembre 2019 via les plateformes de m-paiement est passée de 129,2 milliards de nairas en 2017 à 183 milliards en 2018.

Les Kwisters, solution au « dernier kilomètre » ?

La startup repose sur un modèle d'asset light suivant le même principe que les sociétés de VTC qui lui permet d'afficher une plus grande flexibilité que ses concurrents, pour face aux entreprises qui utilisent traditionnellement des prestataires comme Fedex, structurés autour du passage à l'entrepôt, ou sur leur propre flotte de véhicules ou de coursiers. « Nous recrutons nos clients surtout avec du marketing numérique. Mais chacun de nos entretiens de vente avec des grands comptes se conclut de la même manière : pourquoi continuer à envoyer mon chauffeur qui va rester coincé dans les embouteillages ou à gérer ma propre flotte de motos alors que Kwik offre une solution flexible, sûre et abordable? », argumente Romain Poirot-Lellig.

L'application de Kwik repose sur un modèle économique similaire à celui des nouvelles applications de mobilité urbaine, que l'on voit fleurir un peu partout des Etats-Unis à l'Europe, en passant par l'Asie. Elle permet de suivre les colis grâce au tracker dont sont équipés les Kwiksters, selon le même principe que les applications de type Stuart ou Deliveroo, par exemple.

« Nous employons des équipes spécialisées d'"Ambassadeurs" qui parcourent Lagos pour recruter les coursiers qui correspondent au profil que nous recherchons. Il y a près de 8 millions d'opérateurs à moto au Nigeria. Une fois passé le contrôle technique de leur véhicule, nous les enregistrons administrativement et vérifions leurs antécédents avant de leur dispenser une formation de 5 heures qui couvre tous les aspects de la livraison dans Lagos, de la conduite aux comportements avec leurs clients en passant par l'utilisation de notre application », détaille Romain Poirot-Lellig, assurant de la qualité des prestations.

Après un lancement tous azimuts en juin dernier, Kwik ambitionne de s'étendre à Abuja et à Port-Harcourt à court terme (les deux autres grandes métropoles nigérianes), dans les mois à venir avant de s'attaquer aux villes de plus d'un million d'habitants du Continent.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :