Coopération Sud-Sud : Mettons la société civile à la table des négociations  !

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Sir David Richmond, CEO de la Fondation Brazzaville pour la Paix et l'Environnement et ancien diplomate britannique.
Sir David Richmond, CEO de la Fondation Brazzaville pour la Paix et l'Environnement et ancien diplomate britannique. (Crédits : DR)
En annonçant cet été le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat, Donald Trump avançait notamment comme argument le fait que les pays en développement ne contribueraient pas, d'un point de vue financier, à leur juste part dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La question de la répartition du fardeau entre les pays du Nord et du Sud a toujours été le point de crispation dans les négociations internationales. Pourtant, de nombreux pays du Sud n'ont tout simplement pas le temps pour ce genre de querelles d'égos et s'engagent de leur côté. Au lieu d'attendre que les pays développés finissent de se disputer au sujet de ce qui est équitable ou non, les leaders de ces pays émergents et la société civile joignent en effet leurs forces pour protéger l'environnement et améliorer les conditions de vie de leurs citoyens.

De plus en plus, les nations africaines, asiatiques et latinoaméricaines travaillent ensemble, en partenariat avec des organisations non-gouvernementales, afin d'inventer de nouvelles façons de promouvoir le développement durable et de protéger leurs écosystèmes.

Le Fonds Bleu pour le bassin du Congo fait partie de ces initiatives. Lancé l'année dernière, lors du Sommet Africain de l'Action sous l'égide de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en marge de la COP 22 à Marrakech, par huit pays d'Afrique centrale, ainsi que la Fondation Brazzaville, ce fonds vise à redéfinir les bases de l'économie de la région du bassin du Congo, en passant de l'exploitation des forêts à un développement durable et innovant autour des eaux du fleuve Congo et de ses affluents. Préserver la forêt du bassin du Congo, le deuxième poumon de la planète après l'Amazonie, est une nécessité dans la lutte contre le réchauffement climatique.

À la tribune de l'Assemblée Générale des Nations-Unies en septembre, le Président de la République du Congo, Denis Sassou N'Guesso, en renouvelant son engagement envers le Fonds Bleu et en enjoignant les autres nations à participer à cette initiative, a montré que l'Afrique est prête à devenir le chef de file du développement durable. Et l'impulsion de nouveaux modèles de coopération prend de la vitesse.

En effet, il est opportun de rappeler dans ce cadre, que les 11 et 13 septembre, des milliers d'acteurs non-étatiques - représentants d'ONG, autorités locales et régionales, entreprises etc- se sont réunies pour le Sommet Climate Chance à Agadir au Maroc. Tous ont pu échanger sur les volets de la lutte contre le réchauffement climatique, depuis le financement d'actions concrètes jusqu'à l'harmonisation des différents agendas. Ces acteurs ont également appelé à l'accélération de la transition vers une économie plus durable, et ont insisté sur la nécessité d'avoir des moyens conséquents pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La déclaration d'Agadir, nouvel élan pour la société civile

Ils ont également reconnu que la lutte contre le réchauffement climatique est intrinsèquement liée aux principaux défis mondiaux, comme la fin de la grande pauvreté, l'accès aux énergies renouvelables et à de meilleurs soins, et enfin la protection de la biodiversité. Ainsi, la Déclaration d'Agadir témoigne de la détermination des acteurs non-étatiques et de la société civile à coopérer avec les gouvernements pour répondre aux enjeux du réchauffement climatique et promouvoir un développement durable dans les pays du Sud en général, et en Afrique particulièrement.

Parmi les exemples d'initiatives de ce type, des ONG et différents mouvements sociaux au Brésil, au Mozambique et en Afrique du Sud se sont unis entre 2011 et 2014 autour d'un projet de banque communautaires de semences agricoles. Ce programme permettait à des fermiers, des chefs ruraux et des ONG originaires de ces trois pays de partager des techniques agricoles adaptées à leurs communautés. Le soutien de chaque Etat était crucial pour permettre la mise en place du programme et le bon déroulé des négociations, bien que le manque de confiance des pays envers les ONG a entravé par la suite certains projets individuels.

Le lancement dudit Fonds Bleu pour le bassin du Congo est un autre exemple de l'efficacité du travail et des réflexions menées par la société civile. En tant que fédérateur et mobilisateur du projet, la Fondation Brazzaville a ainsi permis aux pays d'Afrique centrale de mettre en place une feuille de route impliquant une coopération « Sud-sud » pour préserver la richesse du bassin du Congo, que ce soit en termes humains mais aussi financiers, venant ainsi contredire les déclarations de M. Trump..

Néanmoins, répliquer les bénéfices de ce type de modèle dans d'autres pays du Sud dépendra de la capacité des Etats et des acteurs non-étatiques à se faire confiance, ainsi qu'à une véritable reconnaissance du fort potentiel d'action de ces acteurs et de leurs expertises parfois plus précises des thématiques, de par leur présence sur le terrain.

La société civile est dynamique et agile dans des domaines dans lesquels la bureaucratie alanguit la réactivité des Etats. Pour agir de façon intelligente et efficiente, les gouvernements doivent se saisir des compétences, des ressources et de toute la bonne volonté que la société civile peut offrir. Le moment est venu de redéfinir notre modèle pour que les lignes entre les pays, entre le secteur public et privé, entre les Etats et les acteurs non-gouvernementaux ne soient plus des obstacles à la coopération mais autant d'opportunités de connaissances et d'efforts qu'il faut partager !

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