« Les conditions d'émergence de la Bourse d'Alger sont désormais réunies »

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Ancien directeur d'études au sein du ministère de la Prospective et des statistiques, Yazid Benmouhoub a été nommé, en juin 2013, directeur général de la Société de gestion de la bourse des valeurs (SGBV) d'Alger.
Ancien directeur d'études au sein du ministère de la Prospective et des statistiques, Yazid Benmouhoub a été nommé, en juin 2013, directeur général de la Société de gestion de la bourse des valeurs (SGBV) d'Alger. (Crédits : DR.)
Chute de la liquidité bancaire, opérations de rattrapage décidées par la Banque centrale, capitalisation à l'échelle maghrébine,... Yazid Benmouhoub, directeur général de la Bourse d'Alger, dresse dans cet entretien la situation financière et le climat des affaires en Algérie et revient sur les mesures actuelles et futures que la Bourse Alger a décidées pour encourager les entreprises à bénéficier des mécanismes de financement qu'elle offre aujourd'hui.

LTA : La Banque centrale algérienne vient de traverser une période difficile, à la suite notamment de la chute de 64% de la liquidité bancaire.  A votre avis, comment les autorités financières publiques pourraient-elles se dégager de cette impasse ?

Yazid Benmouhoub : L'Algérie a déjà vécu une crise financière plus sévère que celle d'aujourd'hui. Des mesures difficiles ont dû être prises à l'époque,  et qui ont permis au pays de retrouver sa stabilité. Aujourd'hui, nous traversons certes des difficultés financières suite à la chute vertigineuse des prix du pétrole, mais nous avons encore des marges de manœuvre appréciables. Durant la période 2000-2014, le secteur bancaire était en surliquidité, ce qui a poussé la Banque d'Algérie à mettre en place des mécanismes d'absorption du surplus, par exemple en révisant à la hausse (12%, NDLR) le taux des réserves obligatoires des banques commerciales. Les pouvoirs publics ont, par ailleurs, mis en place une politique de bonification, par le Trésor des taux de crédits à l'investissement.

Aujourd'hui, la situation est totalement différente. Entre 2014 et 2016, la liquidité bancaire a chuté de 64% et le Trésor est en difficulté, d'où la nécessité de prendre des mesures urgentes pour faire face à la détérioration des finances tout en maintenant le soutien de la croissance économique. Il y a lieu donc d'agir sur plusieurs facteurs. Le premier a été entrepris par la Banque d'Algérie, en libérant plus de liquidité aux banques à travers la révision à la baisse du taux de la réserve obligatoire qui est désormais de 4%.

Le second facteur consiste à permettre au Trésor d'avoir plus de capacités de financement, d'où la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, entreprise par le gouvernement. Le troisième doit porter sur la relance du marché de capitaux (Bourse d'Alger, NDLR), comme alternative au financement des entreprises publiques et privées, que ce soit pour les grandes sociétés ou les PME. Enfin, il y a lieu de travailler dans le cadre de l'innovation et l'inclusion financière, à libérer sur le marché de nouveaux produits capables d'intéresser le maximum possible de détenteurs de capitaux en circulation, notamment ceux qui sont en dehors de la sphère formelle. D'ailleurs, la  digitalisation des activités bancaires constituera un tremplin vers une économie numérique qui tend à s'accélérer à travers le monde.

Comme se positionne aujourd'hui la Bourse d'Alger par rapport à celles de Casablanca et de Tunis ?

La taille et l'importance d'une bourse se mesurent essentiellement à sa capitalisation. Entre 2015 et 2016, la capitalisation de la Bourse d'Alger est passée de 15 à 45 milliards de dinars, soit quelque 400 millions de dollars, suite à l'introduction réussie de la société privée Biopharm. Vous remarquez donc que plus il y a de sociétés cotées, plus une bourse prend de l'importance. La Bourse de Casablanca est à plus de 68 milliards de dollars, dont plus de 33% constituent le capital de 2 entreprises que sont Maroc Telecom et la Attijariwafa Bank. Celle de Tunis est à 8 milliards de dollars, sachant que les sociétés financières dominent la capitalisation du marché avec une part de 49%.

Ces données donnent un aperçu clair sur le positionnement de notre Bourse par rapport aux voisins. Ceci dit, eu égard aux capacités de notre économie, il est tout à fait possible de rivaliser avec les meilleures bourses du Continent et il nous parait, qu'aujourd'hui, les conditions de l'émergence d'une véritable place boursière algérienne sont réunies.

A quel stade se situe le projet d'installation du nouveau système de cotation, que dirige la société espagnole BME-AFI ?

Ce contrat vise essentiellement à doter la Bourse d'Alger d'un nouveau système de cotation performant qui répond aux normes et standards internationaux de trading. Une première phase de diagnostic a été entamée par le prestataire espagnol, suivant les termes du cahier des charges élaboré par la Bourse d'Alger. Une seconde phase, entamée actuellement, consiste en l'implémentation des aspects fonctionnels liés à l'activité du marché boursier algérien, accompagné par une mise à niveau du cadre réglementaire. Une troisième et dernière étape, qui interviendra à la fin de 2019, portera sur la mise en service du nouveau système, qui, faut-il le préciser, va permettre une dématérialisation totale des activités boursières et donner la possibilité à un plus grand nombre d'utilisations de trader directement via le Net.

Comment la Bourse d'Alger procède-t-elle pour promouvoir ses produits et solutions auprès des PME ?

Depuis 2013, nous avons entamé une nouvelle approche dans la relation de la Bourse avec l'ensemble des acteurs économiques nationaux. Le but est de nous rapprocher davantage de ces derniers où qu'ils soient et quels que soient leur taille ou secteur d'activité, en vue de les sensibiliser sur les solutions de financement importantes que la bourse met à leur disposition.  Comme nous avons créé en 2012 un marché pour la PME, avec des conditions d'accès simplifiées, nous multiplions les contacts avec les organisations patronales publiques et privées. Le 16 juillet 2017, une convention de partenariat a été signée entre la Bourse d'Alger et l'association Jil'FCE, portant sur la promotion du marché de la PME et la formation des adhérents de l'association, mais aussi la sélection d'entreprises en vue de leur introduction à la cote de la Bourse d'Alger. A côté de cette convention, nous avons déjà signé un document similaire avec Union nationale des entrepreneurs publiques et d'autres conventions sont à venir.

Un forum sur la finance alternative aura lieu ce 27 septembre à Alger. Quels sont les produits qui seront présentés par votre institution ?

Ce séminaire organisé par la COSOB, la Commission d'organisation et de surveillance des opérations de Bourse, entre dans le cadre des activités de son conseil scientifique. Il portera sur les modes de financement alternatifs, par le marché. Il sera animé par un panel d'experts nationaux et internationaux qui présentera les innovations en la matière. Le séminaire sera aussi l'occasion d'échanger sur les modes de financement islamiques et les financements immobiliers, mais également sur les expériences à l'international en matière d'innovation financière.

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