Alain Ebobissé : « Africa 50 vise à augmenter le nombre de projets bancables »

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Alain Ebobissé, CEO d'Africa50
Alain Ebobissé, CEO d'Africa50 (Crédits : DR)
Pour soutenir son développement, l'Afrique a besoin d'infrastructures et les gouvernements lancent des programmes, mais restent financièrement impuissants pour leur réalisation intégrale. Alain Ebobissé, expert et CEO d'Africa50, bras financier de la BAD dédié aux projets d'infrastructure, revient sur la «nécessaire» implication de l'investissement privé et sur l'effort qui incombe aux gouvernements.

La Tribune Afrique - Le financement des infrastructures est une problématique majeure en Afrique. Et c'est d'ailleurs la raison d'être d'Africa50. Quel état des lieux faites-vous, neuf mois après votre nomination à la tête de cette institution ?

Alain Ebobissé - Résoudre le problème des infrastructures est un enjeu important du développement en Afrique et les besoins en investissements sont très importants : environ 130 milliards de dollars par an pour les dix prochaines années, selon l'estimation de McKinsey & Co. Un montant qu'il faut comparer à celui de 2015 et qui n'est que de 80 milliards de dollars. Ce gap de 50 millions de dollars me permet de dire que les raisons derrière la création d'Africa50 restent d'actualité, puisque nous devons aider à résorber ce déficit, principalement à travers des partenariats public-privés, en intervenant en amont à travers notre structure de développement de projet, et en aval, à travers notre fonds de financement de projets. En ce qui concerne le développement de projets, la dynamique créée par nos Etats actionnaires et la BAD qui a abouti à la naissance d'Africa50, témoigne de la prise en compte de cette activité, dont l'objectif est d'augmenter le nombre de projets bancables, susceptibles d'être financés par le secteur privé ou en partenariat public-privé, comme un segment important de l'investissement en infrastructures en Afrique.

Aujourd'hui, la contrainte fondamentale à l'investissement privé dans ce secteur n'est pas la disponibilité de capitaux, que ce soit en fonds propres ou en dettes, mais plutôt le nombre insuffisant de projets bancables, structurés aux meilleurs standards et donc susceptibles de répondre aux exigences des investisseurs. Africa50 est un élément de réponse à ce problème structurel, grâce à son véhicule de développement de projets qui vise à augmenter le nombre de projets bancables au travers de prises de participation de type «capital-risque» dans des projets encore en phase de développement et dont l'issue est incertaine. Nous avons d'ores et déjà commencé à travailler sur un certain nombre de projets et nous continuons à identifier des projets additionnels que nous pourrions soutenir. Grâce aux capitaux décaissés à ce jour par nos actionnaires et les équipes qui sont déjà en place, Africa50 est en train de monter en puissance, tant dans ses activités amont de développement de projets, que dans ses activités aval d'investissement dans les projets infrastructure que nous soutenons et qui sont à un stade plus avancé.

Le fonds vise la mobilisation de 10 milliards de dollars de capitaux propres avec effet de levier. Où en est-il à ce jour ?

Africa50 a déjà levé près de 830 millions de dollars auprès de ses actionnaires fondateurs, à savoir 23 pays africains, la BAD et deux banques centrales (Bank Al-Maghrib du Maroc et Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest - BCEAO, ndlr). Environ 10 % de ces fonds sont à ce stade dédiés au développement de projets, et le reste à l'investissement dans les projets à un stade plus avancé. Compte tenu du positionnement d'Africa50 comme investisseur stratégique minoritaire, et de l'effet de levier, les fonds déjà levés permettront déjà de mobiliser près de 10 milliards de dollars en tenant compte de l'apport des autres investisseurs en fonds propres et des prêteurs.

En accord avec nos objectifs de levée de fonds, Africa50 poursuit ses discussions avec plusieurs pays africains afin d'augmenter le nombre de nos Etats actionnaires. En parallèle, nous nous préparons au lancement prochain de la levée de fonds auprès des investisseurs institutionnels, afin de mobiliser l'épargne à long terme qui est gérée, en Afrique et hors Afrique, par les fonds de pension, fonds souverains, compagnies d'assurance, etc. Nous pensons qu'Africa50 a une proposition de valeur unique qui intéressera les investisseurs institutionnels et nous devrions donc pouvoir atteindre nos objectifs de levée de fonds auprès de ces investisseurs.

Pensez-vous que l'équation rentabilité et investissements, dans les infrastructures, est fondamentale ?

Si l'on regarde ce qui s'est passé dans les années 2000, la rentabilité des projets infrastructure en Afrique disposant d'une participation du secteur privé a été très bonne. Les taux de rentabilité étaient supérieurs à ce qu'on trouvait par ailleurs dans le monde et très peu de projets ont connu des difficultés majeures. Mais il s'agissait d'un échantillon limité de projets, très bien sécurisés à cause de leur nombre réduit. Aussi, même si ces résultats sont positifs, l'on ne peut les extrapoler à un marché avec substantiellement plus de projets d'infrastructure privés. Pour Africa50, la rentabilité est un facteur-clé, car nous avons un mandat de gestion commerciale et nous devons également mobiliser des capitaux privés. Si nous n'offrons pas une rentabilité acceptable, compte tenu des risques, les investisseurs, qui arbitrent leurs placements à une échelle mondiale, choisiront d'autres destinations. Cela dit, nos pays doivent pouvoir négocier au mieux afin de réaliser les projets à des coûts raisonnables. Africa50 est bien positionnée pour faire l'équilibre entre les intérêts de nos pays et la rentabilité nécessaire aux capitaux privés.

Quelle place occupe la question de rentabilité dans le processus de sélection des projets à financer ?

La rentabilité des projets est un élément primordial. Un projet qui n'est pas rentable financièrement, ne peut raisonnablement être financé par le secteur privé. Toutefois, il y a plusieurs cas où le secteur public peut décider de mettre en œuvre des projets de ce type sur la base des critères différents de la rentabilité financière. Ceci est tout à fait normal, car un gouvernement a d'autres objectifs importants, comme l'extension des réseaux électriques par exemple. À Africa50, notre mandat est de financer des projets à fort impact développemental selon les critères commerciaux, donc rentables, mais avec une appréciation des risques d'un investisseur familier de nos marchés et qui dispose d'une forte relation institutionnelle avec les autorités permettant de réaliser plus efficacement les projets.

Jusqu'à quel point le Fonds s'implique-t-il dans le suivi des projets entamés ?

C'est une question intéressante que nous nous sommes également posée. En effet, il y a toujours une tension entre l'implication active dans le suivi des projets réalisés et le réinvestissement des ressources de l'organisation vers la recherche de nouvelles opportunités. Nous avons donc décidé que cela dépendrait des projets. Certains projets dans lesquels nous n'avons pas un rôle stratégique ou disposant d'un opérateur compétent et avec une grande expérience  pourraient ne pas nécessiter de suivi actif de notre part. D'autres en revanche, plus innovants, plus risqués, nécessiteraient un suivi et très actif.

Quels sont les projets qu'Africa50 financera à court terme ?

Nous avons plusieurs projets en phase active de diligence et de négociation, dans la production d'énergie conventionnelle, les énergies renouvelables, et dans les télécoms, Nous apporterons plus de détails sur ces projets, lorsque nous les aurons concrétisés dans quelques mois pour certains d'entre eux.  Par ailleurs, je note que nous sommes encore limités par les ressources humaines et nous sommes donc extrêmement sélectifs dans les dossiers que nous instruisons.

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