Commerce intra-africain, financement, industrialisation : Afreximbank en première ligne (Interview)

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Le Nigérian Benedict Okey Oramah est en passe de boucler sa deuxième année à la tête d'Areximbank.
Le Nigérian Benedict Okey Oramah est en passe de boucler sa deuxième année à la tête d'Areximbank. (Crédits : LTA/Afreximbank)
C’est l’un des sujets abordés le plus régulièrement dès lors qu’il s’agit d’accélérer la croissance africaine. Le commerce intra-africain, dont le niveau est seulement de 17%, constitue selon de nombreux analystes la première priorité à adresser pour le continent. Pour cela, Afreximbank, basée au Caire, affirme son ambition d’être en première ligne et de contribuer à la fois au financement et à une meilleure pédagogie des marchés tout en soutenant l’industrialisation. «La Tribune Afrique» s’est entretenue en exclusivité avec le patron de l’institution, le Nigérian Benedict Okey Oramah, qui s’est livré à un bilan détaillé de son action et des perspectives à venir pour Afreximbank.

LTA : La BAD a annoncé récemment l'approbation d'un accord de financement commercial de 450 millions de dollars en faveur de votre institution. Quels sont le détail et la portée de cet accord ?

Dr Benedict Okey Oramah : Le financement comprend deux parties. La première se chiffre à 150 millions de dollars et constitue une participation aux risques générés par Afreximbank dans le cadre du financement du commerce. L'objectif principal étant de libérer du capital pour permettre à Afreximbank d'élargir son appui au financement du commerce dans ses pays membres.

La deuxième partie comprend une ligne de crédit de 300 millions de dollars visant à soutenir nos clients à travers l'Afrique, en particulier dans le contexte du renforcement du commerce intra-africain. Ce financement  témoigne de l'intensification de l'appui de la BAD à l'égard de l'intégration régionale. Les stratégies de nos deux institutions convergent dans ce sens et nous serons plus forts en poursuivant nos efforts conjointement en faveur du commerce intra-africain et de l'intégration régionale.

Nous sommes très reconnaissants à la BAD pour son leadership et son soutien. Nous en assurerons l'utilisation la plus optimale possible.

Les projets d'Afreximbank semblent en ligne avec les priorités de la BAD. Quelle est la teneur de votre collaboration avec cette institution ?

Nous entretenons une collaboration très étroite avec la BAD. Sous l'impulsion du son président Adesina, un comité a été mis en place pour coordonner nos efforts conjoints. Nous nous sommes assurés d'aligner notre stratégie avec les priorités «Top 5» de la BAD, car nous sommes convaincus que c'est à travers un effort soutenu et coordonné que nos institutions réussiront à atteindre de manière plus efficace leurs objectifs respectifs. Afreximbank se réjouit à l'idée d'approfondir encore davantage cette précieuse collaboration dans la mise en œuvre de notre ambition partagée de promouvoir l'industrialisation de l'Afrique et de faciliter le commerce intra régional.

De nouveaux pays ont récemment rejoint Afreximbank en tant que membres, à l'image du Togo en mai 2016 et du Maroc en février dernier ou encore du Sud-Soudan, dont l'adhésion serait imminente. Quelle importance donnez-vous à ces adhésions ? Y aurait-il d'autres en cours de finalisation ?

Nous sommes très heureux de connaître une rapide augmentation des adhésions à notre Banque. Le Burundi a également rejoint Afreximbank et l'Afrique du Sud est en train de finaliser sa participation au capital de la Banque, à travers la Société sud-africaine d'assurance-crédit à l'exportation (Export Credit Insurance Corporation of South Africa, ndlr). Avec ces nouveaux membres, nous aurons 45 États couvrant plus de 95% de la population africaine.

Cette expansion procure à la Banque une plateforme solide pour une promotion plus soutenue et plus efficace du commerce intra-africain. Cela nous permet de promouvoir plus facilement les investissements transfrontaliers et de nous rapprocher de la concrétisation de notre rêve d'une Afrique entièrement intégrée économiquement. Avec davantage d'États membres, il est plus facile de développer les infrastructures régionales qui favorisent l'élargissement des activités de commerce. Nous voyons aussi d'autres avantages qui émanent de la diversification du portefeuille. Nous accueillons les nouveaux pays membres avec beaucoup d'enthousiasme et nous espérons attirer les pays restants.

A travers l'Impact 2021, les objectifs de la Banque semblent avoir été nettement revus à la hausse pour la période 2017-2021. L'objectif de décaissement de 90 milliards de dollars sur cette période est-il tenable au vu des engagements de la Banque depuis sa création ? Comment comptez-vous y arriver ?

L'objectif que nous nous sommes fixé est pleinement atteignable. Nous nous efforçons d'augmenter davantage le capital de la Banque, lui permettant ainsi d'être suffisamment forte pour atteindre cet objectif. Considérant que le déficit actuel en matière de financement du commerce en Afrique se situe à près de 120 milliards de dollars  par an, le décaissement de 90 milliards sur une base renouvelable sur 5 ans, laisse un écart encore important.

Notre intention est d'avoir un effet de levier correspondant à au moins quatre fois le montant de nos décaissements, afin de commencer à combler les besoins immenses en termes de financement du commerce. Nous sommes heureux de voir que nos pays membres soutiennent cette vision en augmentant leur participation dans l'actionnariat de la Banque. Nous mobilisons également des montants considérables sous forme de passif auprès de sources africaines. Nous sommes donc sur la bonne voie.

Quels sont les secteurs et les pays que vous allez prioriser sur cette période ?

Nous concentrons nos efforts sur les exportations à forte valeur ajoutée, en particulier dans les domaines des industries légères et de l'agro-industrie. Compte tenu du retrait des banques internationales du financement du commerce extérieur africain, notre intervention porte également sur les banques locales, via lesquelles nous fournissons des services d'appui et de financement du commerce. L'agriculture et les mines continuent de bénéficier de notre attention, étant donné que beaucoup de nos États membres sont encore très dépendants de ces secteurs en matière de revenus à l'exportation.

Tous nos pays membres constituent une priorité pour nous. Nous modelons nos interventions selon leurs besoins spécifiques. Bien entendu, l'étendue des ressources octroyées varie selon la taille de leur économie et de leur commerce extérieur.

Vous avez annoncé des levées importantes sur les marchés financiers internationaux et régionaux. Après celles réussies l'année dernière à Londres et auprès des investisseurs chinois, quel est le programme des prochaines levées et sur quelles places ?

Nous nous appuyons sur les réussites des années précédentes. Nous planifions de lever près de 2 milliards de dollars cette année, sous forme de prêts syndiqués et sur les marchés obligataires. Nous avons connu une forte augmentation dans la mobilisation des dépôts de sources africaines qui, à ce jour, dans nos livres, s'élèvent à près de 4,5 milliards de dollars.

Nous nous réjouissons de l'ampleur et de l'étendue de notre accès aux marchés africains et internationaux et nous continuerons d'entretenir des relations solides avec les banques commerciales, les institutions financières de développement, les banques centrales africaines, les agences de crédit à l'exportation et les investisseurs obligataires.

Au-delà des problématiques de financement, quels sont les principaux obstacles au développement du commerce intra-africain ?

Nous estimons que le principal obstacle est le manque de connaissance du marché. Les Africains ne voient pas l'Afrique comme un marché d'exportation ou d'importation. Les opportunités d'échanges commerciaux sont ainsi perdues. Le manque d'infrastructures pourrait constituer un problème, mais nous considérons que si le commerce africain est d'environ 1000 milliards de dollars, alors c'est ce que les infrastructures actuelles peuvent supporter.

La question critique est plutôt de savoir pourquoi le commerce intra-africain ne constitue que 15% à 17% de ce montant. Nous sommes convaincus que le manque d'échanges d'information commerciale en est la cause. Pour remédier à cela, nous sommes en train de mettre en œuvre une plateforme commerciale intra-africaine en ligne, qui servira de place de marché et de lieu pour conclure des affaires en monnaies locales. Nous développons également une solide structure d'information commerciale au sein de la Banque, basée sur les dernières avancées technologiques.

Vous allez bientôt boucler votre deuxième année à la tête d'Afreximbank. Quel bilan d'étape personnel pouvez-vous en dresser ? Et quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?

Ces deux dernières années ont été passionnantes. Nous avons réuni une excellente équipe, dédiée et engagée, qui met l'Afrique au premier plan. Travailler avec elle a été une expérience très enrichissante et je pense qu'ensemble nous nous sommes inspirés des fondations solides posées par mes prédécesseurs.

Pour l'avenir, nous avons de nombreux chantiers en cours dans le domaine de la promotion du commerce intra-régional, l'expansion des industries d'exportation, le leadership assumé dans le financement du commerce intra-africain et la construction d'une institution solide et fortement rentable. Tels étaient mes engagements auprès des actionnaires lorsque j'ai pris mes fonctions. Nous sommes sur la bonne voie.

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