Maroc : les leçons d'Al Hoceima

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(Crédits : DR)
La mobilisation dans la ville d'Al Hoceima ne s'estompe pas depuis octobre dernier. La ville a connu une nouvelle manifestation d'ampleur hier jeudi. Mais alors que les revendications des manifestants sont à caractère social et économique, l'Exécutif ne semble pas encore prendre la mesure des enjeux et privilégie l'approche sécuritaire. Lecture des leçons édifiantes d'une fronde qui épouse les aspirations de la jeunesse marocaine.

Des milliers de manifestants ont marché dans la ville d'Al Hoceima, au nord-est du Maroc, hier jeudi 18 mai. Une marche marquée par une mobilisation importante (5 000 manifestants selon les autorités, 200 000 selon les organisateurs) qui s'est déroulée dans le calme, malgré les risques de débordements que faisaient craindre l'ampleur de la mobilisation et l'imposant dispositif de sécurité mis en place par les autorités.

Al Hoceima Manifestation

Lignes rouges

Dimanche dernier, une réunion des représentants de la majorité gouvernementale avait été sanctionnée d'un communiqué conjoint stipulant que les manifestations régulières qui marquent la région et la ville d'Al Hoceima en particulier depuis octobre dernier font l'objet «d'une instrumentalisation de parties extérieures», dénonçant même comme un franchissement des lignes rouges «les revendications à caractère séparatiste».

C'est justement en écho à cette déclaration émanant des partis au pouvoir et «qualifiée de provocation» que les meneurs de la fronde rifaine avaient appelé à la grande manifestation de ce jeudi, tout en exhortant les manifestants à faire preuve de responsabilité pour éviter tout débordement. Un message reçu sans équivoque, puisque les manifestants venus de toutes les localités avoisinantes ont affiché tout au long de la marche des messages soulignant le caractère social et économique de leurs revendications, tout en affirmant leur attachement à l'unité du pays et à sa pleine intégrité territoriale.

Rétropédalage gouvernemental

Quelques heures avant la manifestation, le gouvernement réuni en conseil avait adopté un ton autrement plus conciliant à travers la déclaration de son porte-parole, Mustapha El Khalfi, qui admit «le caractère légitime des revendications sociales des habitants de la région». Un rétropédalage de l'Exécutif qui peut être compris à l'aune des réactions de désolidarisation de la société civile et de certains membres et instances des partis politiques jusqu'au sein même de la majorité.

In fine, cette cacophonie dans les déclarations officielles de l'exécutif est symptomatique de sa gestion de ce dossier et surtout de son incapacité à prendre la pleine mesure des enjeux qui sous-tendent la mobilisation dans la région du Rif, depuis le décès tragique de Mohcine Fikri en octobre dernier. Ce poissonnier avait perdu la vie, happé par un camion-benne, alors qu'il tentait d'empêcher la destruction de sa marchandise par les autorités. Sa mort avait été l'élément déclencheur d'une mobilisation sans précédent dans la région, ramenant au-devant de la scène les revendications de la jeunesse rifaine.

Al Hoceima Manifestation 2

Revendications légitimes

Désenclavement, inclusion économique, amélioration du service public sont autant de doléances qui ne peuvent avoir comme réponse une approche purement sécuritaire. Preuve en est, l'ampleur du dispositif sécuritaire n'a fait que raviver les tensions que même le verdict assez rapide à l'encontre des personnes mises en cause dans le drame n'a pu apaiser. Ce qui s'est passé à Al Hoceima aurait pu avoir lieu partout au Maroc et la réaction de la jeunesse de la région est somme toute légitime du moment qu'elle ne fait qu'exprimer de manière pacifique des aspirations que toute la jeunesse marocaine partage.

Il est donc plus que temps de tirer avec lucidité les leçons des événements d'Al Hoceima en rompant avec le zèle sécuritaire qui a marqué la gestion de ce dossier ces derniers mois et en répondant par les canaux idoines à la fronde de la jeunesse rifaine. Car en définitive, la vitalité de la jeunesse marocaine et le caractère pacifique de ses revendications, à Al Hoceima ou ailleurs, sont le meilleur gage pour un avenir prospère du royaume.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2017 à 16:37 :
s'ils manifestent pour meilleurs vie suivant les possibilités du gouvernement ok

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