Convergence en Afrique : le cœur et la raison

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Abdelmalek Alaoui, Editorialiste
Abdelmalek Alaoui, Editorialiste (Crédits : LTA)
La maladie la plus répandue en Afrique n’est ni d’origine virale, ni bactérienne. Elle est transversale, horizontale et persistante, affecte les échanges entre les Etats et mine les nations de l’intérieur, entrave le développement économique et exacerbe les nationalismes et le populisme. Son nom : la fragmentation.

Régulièrement évoquée dès qu'il s'agit d'adresser la croissance économique en Afrique, la faiblesse du commerce intra-africain constitue le cheval de bataille de la plupart des organisations multilatérales en charge de dynamiser le Continent. Que ce soit à Abidjan, siège de la Banque africaine de développement (BAD), au Caire où se trouve Afreximbank, où encore à Addis-Abeba et Casablanca ou se situent la Commission économique pour l'Afrique et le fonds Africa 50, le constat est le même : si la fragmentation des marchés africains perdure, il est illusoire de penser atteindre des vitesses de croissance à deux chiffres, seules à même d'éradiquer la grande pauvreté et de hisser le Continent vers l'émergence.

Pourtant, à y regarder de plus près, l'on constate que la plupart des dirigeants africains, lors de leurs prises de parole, appellent à l'accélération du chantier d'un vaste marché commun africain, débarrassé de barrières tarifaires et non tarifaires, et harmonisé sur le plan de la circulation des marchandises et des hommes. Certains chefs d'Etat ont même pris même des initiatives unilatérales, à l'instar du Rwandais Paul Kagamé qui a considérablement facilité les conditions d'octroi de visa pour entrer dans son pays.

Bilan contrasté pour l'intégration régionale

De surcroît, l'Afrique ne constitue pas un bloc monolithique en termes d'intégration régionale. La partie anglophone du Continent a franchi un pas décisif il y a deux ans, avec la création d'une vaste zone tripartite de libre-échange (TFTA) incluant vingt-six pays du Caire au Cap, soulignant un peu plus le retard affiché par la zone francophone en ce domaine.

Toutefois, de manière générale, le volontarisme affiché dans le discours par les politiques du Continent se fracasse souvent sur l'autel des intérêts nationaux immédiats. Ceux-ci tendent à favoriser et faire perdurer des stratégies de fermeture plus ou moins larvées, afin de continuer à protéger des pans d'économies rentières et de maîtriser les flux économiques au profit d'élites économiques rétives au changement et à la compétition.

Bien entendu, il existe des succès relatifs en matière de coopération régionale. La CEDEAO a démontré qu'elle pouvait être efficace et coordonnée sur le plan militaire, comme pouvait l'être la zone UEMOA sur le plan monétaire. Mais hormis ces deux expériences circonscrites et à vocation «technique», le Continent a échoué à construire les instruments d'intégration régionale qui lui permettraient de prétendre à une forte accélération de son développement.

La persistance de la pensée en silo et l'absence de vision d'ensemble

Dans ce cadre, il est tout aussi pertinent de se pencher sur les dynamiques de fragmentation qui affectent les prises de décision au sein même des nations, caractérisées notamment par ce qui est communément appelé la «pensée en silo».

Un examen même sommaire des dynamiques économiques enregistrées par les pays africains démontre en effet que la plupart d'entre eux ont réussi à développer au moins un ou deux secteurs de manière substantielle, souvent au moyen d'un plan sectoriel volontariste, dans lequel l'Etat investit beaucoup. Erigés en symboles, systématiquement mis en avant par les pouvoirs comme autant de vitrines d'une émergence possible, ces secteurs qui réussissent en Afrique sont certes très importants sur le plan de la projection de puissance, mais pêchent souvent par manque d'articulation avec les autres plans sectoriels, du fait justement de la fragmentation des acteurs. En clair, nous savons comment conceptualiser et exécuter des plans circonscrits à des secteurs ou des pans de l'économie, mais nous pêchons à imaginer la vision d'ensemble, le «Master Plan» duquel découleraient toutes les initiatives.

Penser que ce dernier doit être strictement cantonné au secteur productif et à l'incitation de l'économie relève, là aussi, d'une approche fragmentée et court-termiste. Une nation, voire un continent qui se développent, doivent avoir une approche globale qui inclut le capital matériel et immatériel et qui permette aux communautés nationales de se penser et de se projeter sur les plans culturel et intellectuel autant qu'industriel. Car in fine, la résultante la plus précieuse qui soit d'une approche basée sur la convergence est la confiance en l'avenir, condition incontournable du développement.

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