En Afrique, l'éducation se conjugue au masculin

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Atteindre le palier du secondaire reste un défi pour les petites filles qui voient leur parcours scolaire bloqué par les pressions familiales.
Atteindre le palier du secondaire reste un défi pour les petites filles qui voient leur parcours scolaire bloqué par les pressions familiales. (Crédits : Reuters)
L'abandon et l'exclusion scolaire restent des problèmes de taille pour les pays africains, particulièrement pour les filles. Ces dernières atteignent difficilement l'étape du collège, à cause des pressions sociales. Une situation qui fait de ces femmes en devenir, des personnes dépendantes à leur entourage et qui par conséquent n'ont aucun apport qualitatif envers leur communauté. Le Fonds des Nations Unies pour la Population tire la sonnette d'alarme.

Beaucoup a été fait pour améliorer l'accès des enfants à l'éducation lors de la dernière décennie. Un effort considérable mais qui reste loin d'atteindre ses objectifs. Actuellement, un grand nombre de garçons, mais surtout de filles, ne sont pas scolarisés, selon les conclusions du dernier rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). Une situation qui atteint des seuils préoccupants, les pays ayant récemment connu des bouleversements, tels qu'une guerre ou une catastrophe naturelle. Le Soudan du Sud est un bon exemple, où moins de 50% des garçons en âge de fréquenter l'école primaire étaient scolarisés en 2015, et environ un tiers des filles seulement allaient à l'école. Les mêmes niveaux de scolarisation ont été enregistrés au niveau du primaire en République démocratique du Congo ou au Libéria.

Scolarité des filles

Barrière à l'accès au secondaire

Ce déficit d'accès à l'éducation reste malheureusement loin d'être l'apanage des pays en guerre. Preuve en est, même les régions où les conflits sont moins importants, un grand nombre d'enfants ne reçoivent pas un enseignement complet. Notamment, au Nigéria, un pays qui compte l'une des populations de jeunes les plus importantes au monde, seuls 60 % des filles et 71 % des garçons sont inscrits à l'école primaire. Des taux d'intégrations scolaires qui chutent au niveau de l'enseignement secondaire, à cause des pressions que subissent les enfants pour se consacrer à d'autres activités, comme gagner un revenu ou fonder une famille. Un cas de figure qui touche particulièrement les filles qui, «lorsqu'elles atteignent l'âge d'entrer dans le secondaire, peuvent ne pas être considérées comme un investissement rentable par leur famille, subir les conséquences d'une grossesse non désirée, être exposées au harcèlement sexuel aussi bien à l'école que sur le trajet pour s'y rendre, et être limitées dans leurs déplacements au sein de leur communauté», d'après les conclusions du rapport.  Une pression sociale qui se traduit par une accentuation de l'écart de fréquentation scolaire entre les filles et les garçons, qui tend à se creuser entre le primaire et le secondaire.

Dans le domaine de l'éducation, la parité des sexes signifie que les taux d'inscription sont similaires chez les filles et les garçons. «Une parité parfaite des sexes est notée 1,00. Lorsque la fréquentation scolaire est plus importante chez les garçons que chez les filles, l'indice de parité est inférieur à 1,00. À l'inverse, lorsque les filles sont plus nombreuses que les garçons à aller à l'école, l'indice de parité est supérieur à 1,00», explique le rapport.  L'on observe aujourd'hui une parité globale dans l'éducation primaire au niveau mondial, avec des proportions égales de garçons et de filles inscrits à l'école. En revanche, les filles sont moins susceptibles d'être scolarisées dans le secondaire dans les États arabes, en Afrique orientale et australe et en Afrique occidentale et centrale, où vivent près de 70 % de la population mondiale de filles de dix ans, selon les conclusions du rapport.

« Pour nous, la fille de 10 ans représente un indicateur de succès, comment le monde pourra mesurer la réalisation de l'agenda 2030. Si vous prenez 2 jeunes filles aujourd'hui, une à l'âge de 10 ans continue sa scolarité normalement et accède au collège, va à l'université puis trouve un emploi et plus tard si elle décide de fonder une famille, vous avez là un parcours logique des paliers donc dans 16 ans, cette fille aura 25 ans et sera active dans la société. Mais si vous prenez une autre jeune fille qui a 10 ans commence à devenir mature, son corps se développe et la famille décide de la marier plutôt. A 11 ou 12 ans elle tombe enceinte et risque même un accouchement difficile voire même la mort. Si après tout ça elle survit, à 25 ans elle sera femme au foyer et mère de 4 enfants, totalement dépendante et ne pourra apporter aucun apport à sa communauté », explique à La Tribune Afrique, Benoit Kalasa, directeur régional du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), pour l'Afrique de l'Ouest.

Scolarité des filles 2

Accès limité à l'éducation

Bien que l'éducation soit reconnue comme un droit commun à tous les individus, les taux de scolarisation des filles ne sont pas les mêmes que ceux des garçons à travers le monde, et les filles sont plus susceptibles que les garçons de ne jamais aller à l'école (Sperling et Winthrop, 2016 ; UNESCO, 2015). A ce jour, près de 62 millions d'adolescentes dans le monde ne sont pas scolarisées (Institut de statistique de l'UNESCO et UNICEF, 2015).  Le droit à l'éducation est consacré par l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (Nations Unies, 1948). L'accès égal à une éducation de qualité constitue également l'une des cibles du Programme de développement durable à l'horizon 2030 des Nations Unies et de ses 17 objectifs de développement durable, qui devraient être atteints d'ici 15 ans. Selon l'UNFPA, l'Afrique subsaharienne présente les plus grandes inégalités entre les sexes en matière d'éducation : la région compte respectivement 55 % et 52 % des enfants et des adolescents non scolarisés à travers le monde. Sur les 34 millions d'enfants non scolarisés de la région, la moitié n'ira jamais à l'école. Environ 19 % entrent à l'école, mais la quittent prématurément, et 31 % commencent leur scolarité tardivement. Sans surprise, ce sont les filles qui rencontrent les obstacles les plus importants : 56 % des filles non scolarisées de la région ne connaîtront jamais ce qu'est une salle de classe, contre 41 % des garçons non scolarisés (Institut de statistique de l'UNESCO, 2015, 2016).

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Commentaires
a écrit le 21/10/2016 à 13:59 :
La conséquence première de ce que vous décrivez est une natalité qui pourrait bien devenir rapidement un immense problème pour le monde entier. Comment nourrir et faire vivre confortablement 4 milliards d'Africains prévus à l'horizon 2100 ? Aucune chance d'y arriver, même en développant l'agriculture au maximum. Il faut donc empêcher les naissances d'avoir lieu. Et le meilleur moyen c'est bien sûr l'éducation. Si vous mettez les enfants sur les bancs d'une école jusqu'à leur majorité, et évidemment pour les meilleurs jusqu'à 23/25 ans, avec internat obligatoire et discipline militaire, trois repas obligatoire par jour, alors vous éliminez définitivement le risque ci dessus exprimé. Les filles devenues femmes choisiront leurs grossesses et l'indice de fécondité passera rapidement sous la barre du 2.01 fatidique.

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