CPI : Laurent Gbagbo reste finalement en détention pour la suite de son procès

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Laurent Gbagbo reste donc en détention pour la suite de son procès
Laurent Gbagbo reste donc en détention pour la suite de son procès (Crédits : Reuters)
La première chambre de la Cour pénale internationale (CPI) a finalement décidé, hier mardi 26 septembre, de maintenir Laurent Gbagbo en détention rejetant une nouvelle fois la demande de liberté provisoire introduite par ses avocats. La décision est intervenue en pleine audition d’un acteur clé de la crise politico-sécuritaire qu’a connu la Côte d’Ivoire, l’ancien chef d’état-major Philipe Mangou, en poste sous le règne de l’ex-président mais qui s’est finalement rallié au président Alassane Ouattara. Les avocats du célèbre prisonnier de Scheveningen n’entendent point baisser les bras, et préparent déjà une treizième nouvelle demande d’élargissement de leur client.

C'est une véritable douche froide pour les avocats et les partisans de l'ancien chef d'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, détenu et poursuivi par la CPI dans le cadre du procès sur les violences post-électorales qui ont secouées le pays en 2010 et 2011 et qui se sont soldées par près de 3.000 morts. Dans une décision rendue publique hier mardi 26 septembre, la première chambre de la CPI a finalement rejeté la demande de liberté provisoire introduite par ses avocats estimant qu'il s'agit de la qui puisse garantir sa participation au procès, et qu'elle est par conséquent « raisonnable, appropriée et nécessaire » selon le communiqué publié à cet effet par la Cour.

« La Chambre de première instance I, après avoir reçu des observations du Procureur, de la Défense et du Représentant légal des victimes, et rappelant les conclusions de la Chambre d'appel, considère que la détention demeure la seule mesure qui garantisse la participation de M. Gbagbo au procès, et qu'elle est donc raisonnable, appropriée et nécessaire ».

C'est la douzième décision du genre qui concerne l'ancien chef d'Etat ivoirien alors que jamais depuis le début de son procès, Laurent Gbagbo n'a été assez proche de bénéficier d'une décision favorable à la requête de ses avocats. Le 19 juillet dernier, le premier juge-président de la chambre d'appel de la CPI, Piotr Hofmanski, ordonnait en effet à la chambre de première instance de procéder à un nouvel examen du rejet de la demande de liberté provisoire qu'elle a prise en mars dernier et dans laquelle, « quelques erreurs » ont été décelées. Ce qui a laissé entrevoir une lueur d'espoir pour la défense et de ses partisans qui espéraient ainsi voir l'ancien chef d'Etat bénéficié au moins d'une liberté surveillée en attendant la suite et la fin de son procès qui s'annonce encore long.

Un espoir qui vient donc d'être douché à travers cette nouvelle décision de la chambre de première instance I, laquelle a été prise à la majorité et malgré "la position dissidente du juge Cuno Tarfuser", comme l'a rapporté le communiqué de la Cour. « La Chambre a également noté que bien que la défense de  M. Gbagbo demande une mise en liberté sous condition, elle n'a soumis aucune proposition adéquate à la Chambre et ne lui a pas fourni des conditions concrètes et solides qui garantiraient la présence de M. Gbagbo à son procès s'il est libéré » a motivé la CPI dans sa décision.

La procureure de la CPI Fatou Bensouda prend encore une nouvelle fois l'avantage dans la poursuite de ce premier procès d'un ancien chef d'Etat africain auprès de la juridiction internationale dont l'image n'a pas bonne presse ces derniers temps sur le continent.

Les raisons d'un nouvel avis défavorable

A en croire la chambre de première instance I de la CPI, la forte mobilisation des soutiens de l'ancien chef d'Etat qui a participé à la prise de cette décision défavorable de le maintenir en détention. Parmi les raisons qui ont poussé à le maintenir en détention, la Cour met en effet en avant « l'existence d'un réseau de partisans de M. Gbagbo qui pourrait l'aider à échapper à la justice, le risque que ce réseau entrave ou compromette les procédures à travers des pressions ou actions coercitives sur les témoins, ainsi que l'existence d'une incitation claire pour M. Gbagbo à prendre la fuite, à la lumière de la gravité des accusations portées contre lui et de la peine éventuelle s'il est reconnu coupable ».

« La Chambre a également examiné l'âge et la santé de M. Gbagbo, soulignant que le rapport médical confirme que l'état de santé de M. Gbagbo s'est amélioré, et que le quartier pénitentiaire de la CPI fournit un traitement médical adéquat et respecte toutes les exigences compatibles avec la dignité humaine » a également poursuivit le communiqué.

Seule lot de consolation pour l'ancien président, la Chambre a indiqué « qu'elle a exercé une diligence particulière pour que le procès de M. Laurent Gbagbo et M. Blé Goudé se déroule avec célérité, en exerçant le contrôle judiciaire de la procédure et évitant des retards inutiles dans le procès, tout en garantissant les droits des accusés ». Ancien bras de Laurent Gbagbo, Clarles Blé Goudé est également détenu et poursuivi par la CPI dans le cadre de la même affaire.

L'ancien chef d'Etat major, un acteur clé de la crise à la barre

Laurent Gbagbo reste donc en détention pour la suite de son procès, une pilule difficile à avaler pour sa défense et les partisans de l'ex-chef d'Etat d'autant que la décision de la CPI est intervenue en pleine reprise de son procès. Depuis lundi, le général Philippe Mangou, ancien chef d'Etat-major de l'armée de 2004 à 2011 donc sous le régime de Gbagbo, est à la barre de la CPI. C'est pourtant comme témoin à charge que l'actuel ambassadeur de la Côte d'Ivoire au Gabon qui a rallié le camp d'Alassane Ouattara quelques semaines avant la chute de l'ancien chef d'Etat, a été auditionné durant deux jours. Il s'agit du 68e témoin de l'accusation à comparaître depuis l'ouverture du procès en janvier 2016. Après l'audition des experts, le tour viendra aux témoins de la défense, ce qui risque de prolonger encore davantage la durée de ce procès très suivi en Côte d'ivoire et au-delà.

C'est donc de sa prison de Scheveningen près de la Haye, où il a été transféré en novembre 2011 après son arrestation à Abidjan le 11 avril de la même année, que Laurent Gbagbo va assister à la suite de son procès. Ses avocats ne perdent toutefois pas espoir et selon ses proches qui citent l'un de ses principaux avocats, Emmanuel Altit, une autre requête de mise en liberté provisoire sera bientôt soumise à la CPI. Il s'agira alors de la 13e demande du genre.

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