G5 Sahel : les chefs d’Etat à l’ONU pour plaider la cause de leur force conjointe

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(Crédits : DR)
Les chefs d’Etat des cinq pays membres du G5 Sahel se sont donnés rendez-vous la semaine prochaine au siège de l’ONU où ils devront une fois de plus plaider la cause de leur force conjointe. C’est la conséquence de la mini-tournée diplomatique de 3 jours que vient d’entreprendre le président en exercice de l’organisation sahélienne, le chef de l’Etat malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) auprès de ses pairs du G5 Sahel. Avec un seul objectif en ligne de mire : mobiliser les financements nécessaires pour permettre à la force d’être effectivement opérationnelle dans les plus brefs délais.

La 72e Assemblée générale annuelle de l'ONU qui s'est ouverte le 12 décembre dernier, c'est un peu le rendez-vous de la dernière chance pour les chefs d'Etat des 5 pays membres du G5 Sahel. C'est ce expliquerait d'ailleurs pourquoi le président malien IBK a engagé une véritable course contre la montre pour affiner un plaidoyer commun en faveur de la force conjointe du G5 Sahel à l'occasion de la réunion qui lui sera consacrée, la semaine prochaine à New York, en marge de la session ordinaire dont les assises se tiennent au siège des nations unies.

En trois jours, le chef d'Etat malien s'est entretenu avec ses pairs de la sous-région avec qui ils ont défini la stratégie à adopter pour convaincre la communauté internationale de leur apporter leur soutien à la mise en œuvre de cette force militaire d'au moins 5.000 hommes destinée à lutter contre le terrorisme et l'insécurité dans le Sahel. Lundi après avoir reçu à Bamako son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le chef d'Etat malien s'est envolé pour le Tchad où il a rencontré le président Idriss Déby avant d'atterrir à Niamey mardi puis de boucler sa tournée ce jeudi à Ouagadougou chez Roch Marc Chritian Kaboré où il est arrivé hier mercredi.

 A Niamey tout comme à N'djamena et dans la capitale burkinabé, le président en exercice du G5 Sahel n'a pas fait l'économie des raisons de sa mini-tournée express. « Je suis venu à Niamey pour échanger avec mon frère et ami du Niger Issoufou Mahamadou sur notre organisation commune qu'est le G 5 Sahel. Nous avons décidé d'unir nos forces face aux défis communs » a expliqué le président IBK lors du point de presse qu'il a conjointement animé dans la capitale nigérienne avec son hôte du jour. « Nous avons eu cette imagination, ce bonheur de concevoir un outil de mutualisation de nos moyens en constatant que chacun des cinq  Etats pris individuellement dans ce combat asymétrique contre le terrorisme ne dispose que des moyens dérisoires » a rappelé le chef d'Etat malien qui a par ailleurs ajouté qu'à travers cette mutualisation de «nos éléments souverains de puissance, nous aurons plus de force, de vitalité et même de capacité d'imagination, de riposte et d'anticipation pour bien mener la guerre qui nous est imposée ».

Mission accomplie pour IBK

La tournée a été un véritable succès pour le président en exercice du G5 Sahel car selon les premières informations distillées par son cabinet, IBK aurait déjà convaincu l'ensemble de ses pairs du G5 Sahel à faire le déplacement de New York.

«Aujourd'hui, le G 5 Sahel est connu et il ne reste qu'à définir le cadre nécessaire à son opérationnalisation. Le G 5 Sahel a achevé de convaincre de sa pertinence. Il est bon que dans la conduite de ses intérêts nous nous concertions souvent. Bientôt, il y aura l'Assemblée Générale des Nations Unies et nous pensons qu'il est toujours bon de faire le tour des pays regroupés au sein de cette organisation pour défendre avec une seule et forte voix, cette organisation au niveau de ce grand rendez-vous international ». Ibrahim Boubacar Keita

Pour le chef de l'Etat malien, qui a inauguré samedi dernier le QG de la force conjointe basé à Sévaré dans le centre du Mali, le temps est venu de passer à l'action. Les récentes attaques au Mali, au Burkina et au Niger ainsi que le climat d'insécurité permanent dans lequel baigne toute la région en raison de la montée en force des groupes terroristes imposent aux pays d'aller de l'avant. « Ces menaces sont stratégiques en ce sens qu'elles peuvent porter atteinte à la survie de nos Etats. C'est pourquoi nous avons décidé d'unir nos efforts pour faire face à ces menaces communes qui veulent saper le fondement même de nos Etats » reconnait le président Issoufou Mahamadou du Niger pour qui d'ailleurs, le G 5 sahel couvre aussi bien des objectifs de développement que de sécurité.

« Les questions de sécurité constituent un bien public mondial. Ce combat que nous menons contre le terrorisme et les organisations criminelles, nous le menons non seulement pour protéger nos peuples et nos pays, mais c'est le monde entier qui est concerné. Si jamais cette digue que nous sommes en train de construire cède, le terrorisme qui n'a pas de frontière ira en Europe, aux Etats Unis, bref dans le monde entier. Par conséquent, il est important que nos pays bénéficient de la solidarité internationale pour rendre opérationnelle cette force ». Mahamadou Issoufou

Les premiers bataillons de la force conjointe sont annoncés pour les prochaines semaines et selon les détails donnés par le chef de l'Etat nigérien, elle sera divisée en trois fuseaux qui sont tous « quasi-opérationnels ». Il s'agit du fuseau situé à l'est qui est composé des contingents du Tchad et du Niger,  celui du centre qui regroupe des contingents du Burkina Faso, du Mali et du Niger, et le fuseau Ouest composé des contingents du Mali et de la Mauritanie.

L'avenir de la force conjointe encore en suspens

Les chefs d'Etat du G5 Sahel seront donc à New York avec des arguments qui plaident en faveur de leur force conjointe et c'est ce qu'ils défendront ensemble devant la communauté internationale. « Il ne faut pas que les gens croisent les bras pour nous observer. La communauté internationale doit se mobiliser pour venir en aide aux pays du G 5 Sahel afin que cette force conjointe ait les moyens d'accomplir sa mission » plaide le président nigérien qui s'appuie sur l'expérience concluante enregistrée dans le cadre de la lutte contre Boko Haram.  Face aux assauts de la secte islamiste nigériane qui a intensifié ses attaques aux pays voisins notamment dans le bassin du lac Tchad, le Nigéria, le Niger, le Tchad et le Cameroun ont décidé de mettre en place une  Force mixte multinationale (FMM) dont les opérations militaires conjointes ont permis d'affaiblir considérablement la menace Boko Haram. Toutefois, a reconnu le président nigérien,  « cela a été possible parce que nous avons au sein de la force mixte multinationale un pays qui finance. C'est le Nigeria pour dire les choses comme elles sont ». Malheureusement, a regretté Issoufou Mahamadou, au niveau du G 5 Sahel, il n y a pas l'équivalent du Nigeria. C'est pourquoi pour Issoufou, « il est important que la communauté internationale prenne conscience de cela et se mobilise pour donner les ressources qu'il faut pour que cette mission qui concerne aussi bien les pays du G 5 Sahel mais également le monde entier puisse être accomplie dans les meilleures conditions possibles ».

Le plaidoyer des chefs d'Etat du G5 Sahel suffira-t-il cette fois à convaincre les pays les plus réticents qui siègent notamment au sein du Conseil de sécurité de l'ONU comme les USA et la Grande Bretagne et donc à mobiliser les fonds nécessaire à la mise en œuvre de la force ? La question reste encore posée car ce n'est pas la première fois que l'organisation fait appel à l'aide internationale pour financer son initiative. La mise en œuvre de la force a certes reçu le soutien du Conseil de sécurité à travers une résolution adoptée le 22 juin dernier mais sans véritable mandat et comble d'infortune, le financement n'a pas suivi. Sur un budget prévisionnel de 420 millions d'euros par an, seul l'Union européenne (UE) a consenti à débloquer 50 millions d'euros. La France a certes promis 8 millions d'euros plus un soutien matériel mais il sera étalé dans le temps. Les cinq pays membres du G5 qui font parti des pays les plus pauvres du monde selon les différents classements internationaux en matière de développement humain ont également mis la main à la poche en mettant 10 millions d'euros chacun sur la table. Le compte est loin d'être atteint car l'enveloppe disponible actuellement n'atteint même pas le quart du budget estimé alors que les opérations militaires devraient débuter dans les prochaines semaines.

A New York, les chefs d'Etat membres du G5 Sahel ont donc une nouvelle occasion de faire leur plaidoyer et de la réaction de la communauté internationale dépendra l'avenir de la force conjointe.

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Commentaires
a écrit le 15/09/2017 à 11:58 :
Cette affaire de terrorisme est une affaire qui concerne le monde entier dont l'acte le plus odieux est celui du 11 septembre 2001. Alors le Conseil de sécurité doit impérativement trouver des solutions sur la situation au sahel.
En ce qui concerne cette zone, il faut le dire nous croyons que la solution doit venir de la paix en Libye. Tant que la Libye reste en guerre, tout le sahel subira n'est-ce- pas les temps difficiles. Deuxièmement, les pays de G5 sahel doivent sécurité et contrôler les frontières avec la Libye.
D'autre part, il faut éviter un front BOKO HARAM et ces terroristes qui s'emploient dans le Sahel. A cet effet, le G5 doit être élargi au G7 en incluant le Nigeria et le Cameroun qui, d'ailleurs sont bien impliqués.
La communauté internationale doit se mobiliser parce que ces terroristes apparemment sont ravitaillés, en armes et minutions, en alimentation. Elle doit rompre ces liens.

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