Gabon : Ali Bongo continue à « balayer devant sa porte »

 |   |  643  mots
(Crédits : © Reuters Staff / Reuters)
Le directeur général des Hydrocarbures du Gabon, Jacob Tchioba Thaty, a été débarqué de son poste par décret présidentiel. Aucune raison n’a été officiellement avancée pour expliquer ce surprenant limogeage mais selon la presse locale, il aurait fait entorse à plusieurs règles d’orthodoxie budgétaire imposée par les autorités pour faire face à la conjoncture. Le président gabonais continue donc à faire le ménage dans son propre camp puisque c’est lui qui a nommé Thaty à ce poste il y a moins de neuf mois.

En ces temps de conjoncture assez difficile au Gabon, il ne fait pas bon de s'amuser avec les finances de l'Etat. Le directeur général des hydrocarbures, Jacob Tsioba Thaty, vient de l'apprendre à ses dépends puisqu'il a été limogé de ce stratégique poste depuis le 7 Août par décret présidentiel. C'est le ministre du Pétrole et des hydrocarbures, Pascal Houangni Ambourouet, qui a par la suite informé l'ensemble du personnel du département « qu'il a été mis fin aux fonctions de Jacob Tsioba Thaty en qualité de directeur général des Hydrocarbures ».

La nouvelle s'est par la suite ébruitée à Libreville où elle a surpris plus d'un surtout que ce limogeage en bonne et due forme est intervenu au lendemain de la visite au Gabon du secrétaire général de l'OPEP, le nigérian Mahamadou Sanussi Barkindo.

Jacob Tsioba Thaty n'aurait donc passé moins de 9 mois à la tête du département des hydrocarbures. Il a été en effet nommé à ce poste le 26 décembre dernier, en remplacement d'Alilat Oyima Antseleve, directeur du département depuis 2009.

Conjoncture politique et assainissement

Si aucune raison officielle n'a été avancé pour justifier la décision du président Ali Bongo Ondimba, la presse locale a vite fait de faire le lien entre ce limogeage et la série de malversations financières qui ont éclaté ces derniers temps et dans lesquelles serait impliqué Jacob Tsioba Thaty.

Toutefois, à en croire le journal officiel « L'Union » qui cite lui-même des sources au sein du département, le haut fonctionnaire aurait ouvert un compte au nom de son département dans une banque commerciale locale et sans l'autorisation préalable du ministre de l'Economie et de celui du Pétrole. L'ouverture de ce compte qui aurait servi à des mouvements financiers estimés à plusieurs milliards, est en contradiction avec la décision prise par le gouvernement depuis quelques mois et qui est relative à l'interdiction pour les différents services d'ouvrir des comptés dans des banques commerciales.

 Avant sa nomination à la très stratégique direction générale des hydrocarbures (DGH), Jacob Tsioba Thaty était depuis 2011 en charge des audits au sein du cabinet américain Alex Stewart très actif dans le secteur pétrolier gabonais. C'est le cabinet qui a décelé des irrégularités dans l'audit, en 2014, de plusieurs compagnies pétrolières opérant dans le pays. Bon connaisseur du milieu, son parachutage à la tête de la direction des hydrocarbures a été perçue comme une volonté du président Ali Bongo Ondimba d'améliorer la gestion du secteur dans le cadre d'une vaste opération d'assainissement des principales institutions et régies financières de l'Etat. Le ménage a déjà fait beaucoup de victimes dont des anciens ministres et hauts responsables de l'Etat ainsi que certains membres du parti présidentiel.

A l'heure où le climat sociopolitique reste toujours tendu dans le pays, presque un an après la dernière présidentielle et les violences post-électorales qui ont suivi, le limogeage de Jacob Tsioba Thaty rappelle que le chef d'Etat Ali Bongo n'a pas fini de mettre de l'ordre dans son propre camp. A moins qu'il n'a fait que les frais d'un conflit d'intérêts plus stratégiques et qu'il n'aurait servi au final de bouc émissaire à des affaires qui le dépasse, ce que n'écarte pas également une partie de la presse gabonaise.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :