Amadou Gon Coulibaly : «Il n’est pas exact de dire que la croissance n’est pas partagée»

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(Crédits : Reuters)
Le Premier ministre ivoirien a sacrifié au traditionnel exercice de présentation du bilan de ses trois premiers mois à la tête du gouvernement. En dépit de certains défis socioéconomiques et sécuritaires, Amadou Gon Coulibaly a fait état d’une situation plutôt reluisante et des perspectives qui promettent. L’enjeu est de taille pourtant, car les prochains mois s’annoncent encore difficiles pour l’un des favoris à la succession d’Alassane Ouattara qui va devoir confirmer son statut avec une marge de manœuvre de moins en moins étroite.

Uifallaiy «Jusqu'ici tout va bien !». C'est en substance le message destiné à rassurer l'opinion publique. Amadou Gon Coulibaly, le Premier ministre ivoirien a dressé jeudi dernier sur les plateaux de la télévision publique RTI, le bilan de ses 100 jours à la  tête du gouvernement. Un exercice symbolique, mais très attendu surtout au regard de la situation socioéconomique que traverse le pays ces derniers mois. Avec des perspectives certes reluisantes, mais qui souffrent de plus en plus de la montée d'une série de risques endogènes et exogènes qui sont de nature à freiner la dynamique assez soutenue qu'enregistre le pays.

Durant presque deux heures d'horloge, Amadou Gon Coulibay a répondu à diverses questions des journalistes des médias publiques, triés sur le volet. L'occasion pour le Premier ministre de revenir sur les conditions de sa nomination qui a coïncidé avec la montée en puissance des revendications sociales avec les mutineries en série, ainsi que les multiples grèves qu'a connues la Cote d'Ivoire en début d'année et qui a été une véritable alerte sur les risques auxquelles le pays continuait à faire face. «J'ai pris cette nomination avec beaucoup de gravité et de détermination. J'ai mesuré l'immensité de la tâche et sa complexité», a exprimé celui qui était secrétaire générale de la présidence ivoirienne durant le premier mandat d'Alassane Ouattara.

 «C'est une lourde charge, mais nous y arriverons», a reconnu Coulibaly tout en promettant de travailler «avec beaucoup de détermination pour faire face aux deux objectifs que le Président nous a fixés».

Prise de fonction a été donc des plus laborieuses, ce qui a exclut toute période de grâce pour le Premier ministre ivoirien, fort heureusement assez rompu à la responsabilité gouvernementale puisqu'il a été par le passé membre de plusieurs cabinets.

Croissance partagée

Très pragmatique et fin politicien, Amadou Gon Coulibaly savait d'avance qu'il lui faudrait plus que les reluisants chiffres sur la croissance du pays pour rassurer ses concitoyens. Il est vrai que la première économie de l'UEMOA enregistre actuellement l'un des taux de croissance du PIB les plus dynamiques du continent, avec une moyenne annuelle de 8 % à 9 % depuis quelques années. Et selon les différentes projections confirmées par le FMI ou la Banque mondiale, la tendance va se poursuivre à court et moyen terme. Cependant, les évènements du début de l'année ont tempéré l'impact de cette croissance sur le vécu quotidien des citoyens qui ironisaient sur le fait que «la croissance ne se mange pas». En termes plus techniques, les fruits de la croissance ne sont pas encore partagés, ce qui constituera l'un des grands défis du gouvernement pour les prochaines années.

Le chef du gouvernement a pourtant rejeté ces accusations tout en estimant que c'est cette croissance qui a permis au pays de disposer de marges budgétaires ayant permis de stimuler les investissements particulièrement dans les secteurs sociaux de base, de débloquer les salaires, de soutenir les producteurs agricoles et de créer des milliers d'emplois. «Il est totalement inexact de dire que la croissance que nous avons connue ces dernières années n'est pas partagée équitablement», a défendu le chef du gouvernement ivoirien et justifiant ainsi le maintien des grandes orientations du programme fixées avec l'arrivée de Ouatarra au pouvoir.

«Transformer structurellement notre économie avec la création de milliers d'emplois pour les jeunes et les femmes et améliorer les conditions de vie de nos populations, sont les deux objectifs qui constitueront  les boussoles de notre action».

 Selon Gon Coulibaly, «la croissance que nous avons enregistrée a permis d'avoir accès à l'eau potable, à l'électricité, la construction de milliers de classes, la réhabilitation de nos pharmacies,  des établissements de santé publique, de faire face à la baisse des prix du cacao et de l'anacarde...». Toutefois, il a reconnu que tout n'est pas parfait et que beaucoup reste à faire pour atteindre les objectifs fixés à travers les différentes stratégies contenues dans le programme d'émergence.

«Je suis totalement d'accord pour dire que tout n'est pas encore fait et qu'il y a encore des besoins à satisfaire».

En route vers l'émergence

Le Premier ministre ivoirien a profité de l'exercice pour se livrer à un plaidoyer en bonne et due forme en faveur du programme d'Emergence du président Alassane Dramane Ouattara dont il a la lourde responsabilité de renforcer la dynamique pour le second et en principe dernier mandat. «L'émergence est un processus. Pendant le premier mandat, nous avons travaillé au plan économique par la mise en place d'infrastructures de qualité et nous avons amélioré l'environnement structurel des affaires», a expliqué, avec un brin de pédagogie Gon Coulibaly. Pour la deuxième phase et conformément aux nouvelles orientations, le chef du gouvernement ivoirien a annoncé qu'il s'agira de «transformer structurellement l'économie ivoirienne par l'industrialisation». Selon les quelques détails qu'il a donnés, cette dernière va concerner dans un premier temps l'agro-industrie,  notamment la transformation du cacao et de l'anacarde. Amadou Gon Coulibaly a également assuré que le gouvernement poursuivra ses efforts pour améliorer les conditions de vie des populations, surtout en milieu rural,   ainsi qu'à renforcer l'attractivité du pays pour attirer plus d'investissements étrangers.

«L'Etat fera tout pour garantir la paix et la stabilité du pays»,  a rassuré le Premier ministre ivoirien qui a également souligné qu'il n y a pas d'augmentation des prix de l'électricité dans l'air, même s'il reconnaît que la production, le transport et la distribution de l'électricité ont un coût.

La prochaine présidentielle en ligne de mire

«Nous avons un pays qui est solide et nous devons faire en sorte que cette crédibilité retrouvée ne puisse pas être remise en cause», a déclaré le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly qui était pour la circonstance accompagné de l'essentiel des membres de son gouvernement. La prestation a donné lieu à d'intenses débats, notamment sur les réseaux sociaux et s'il est très tôt pour tirer un vrai bilan de l'action de la nouvelle équipe, les avis sont presque unanimes à reconnaître que Gon Coulibaly est en train de prendre ses marques. En somme de bien se positionner comme un des favoris à la succession d'Alassane Ouattara,  puisqu'il est parmi les plus enviés dans la galaxie des prétendants. Membre influent du RDR dont il est le secrétaire général, très proche du président ivoirien qu'il fréquente depuis des années, il a les cartes en main pour pousser ses pions. S'il ne s'est pas encore prononcé sur la question, cela ne fait aucun doute que sa nomination à la tête du gouvernement au lendemain de l'adoption de la nouvelle constitution et le passage à la 3e Républiqu est loin d'être une simple récompense politique pour un militant de la première heure du parti présidentiel. L'appétit vient en mangeant, comme on dit en Eburnie, c'est de la réussite de sa mission que dépendra l'avenir de l'ancien député de Korhogo, son fief électoral. A moins que la rude et acharnée guerre de positionnement à laquelle se livrent les autres postulants de droit à la succession d'ADO lui jouent un mauvais tour, Amadou Gon Coulibaly est en train de prendre de plus en plus de l'assurance. C'est en tout cas l'une des premières interprétations que laisse ressortir sa dernière sortie médiatique, lui qui était jusque-là plus connu pour sa discrétion.

En tout cas, au lendemain de la présentation de son bilan des 100 premiers jours, il a pris la direction de la résidence de Cocody de l'ancien chef d'Etat ivoirien Henry Konan Bédié, le président du PDCI,  principal allié de Ouattara et une des clés de la prochaine présidentielle. En politique, il y a des signes qui ne trompent pas...

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Commentaires
a écrit le 03/05/2017 à 2:53 :
« La pertinence des choix stratégiques opérés par le gouvernement dans le cadre du Plan National de Développement (PND) 2016-2020, ainsi que la qualité de la mise en œuvre de cet ambitieux programme valent à notre pays des performances remarquables et des progrès sociaux indéniables. Ces performances ont été saluées le 5 avril dernier à Abidjan par le Fonds Monétaire International (FMI), au terme d’une mission d’évaluation du Programme Economique et Financier », a indiqué Gon Coulibaly.
a écrit le 03/05/2017 à 2:51 :
«Notre économie est résiliente, elle se porte très bien, et les perspectives de développement de notre pays sont bonnes. Nous avons naturellement des défis à relever », a indiqué Gon Coulibaly.

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