Cameroun : une agence pour endiguer la révolte des régions anglophones

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Peter Mafany Musonge, ancien premier ministre, a été nommé en mars dernier à la tête de cette commission.
Peter Mafany Musonge, ancien premier ministre, a été nommé en mars dernier à la tête de cette commission. (Crédits : DR)
Officiellement installée ce jeudi 27 avril, la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme scelle peut-être le retour définitif à la paix dans les régions anglophones du Cameroun. Après le rétablissement d’Internet, Paul Biya abat une carte maîtresse pour contenir les tensions qui ont émaillé le nord-est et le sud-est du pays.

Certains y voient un appel du pied du pouvoir pour calmer la tension dans les régions rebelles. D'autres l'interprètent comme une manœuvre du pouvoir pour enrayer la dynamique de protestation.

Cérémonie solennelle, installation tardive

Une cérémonie solennelle tenue, ce jeudi 27 avril au Palais des congrès de Yaoundé, a officiellement permis d'installer dans leurs fonctions, les 15 membres de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme au Cameroun.

Avec l'absence remarquée du chef de l'Etat camerounais, la cérémonie d'installation a été réglée comme du papier à musique pour éviter tout couac qui aurait pu être interprétée comme une désinvolture des autorités devant la question du bilinguisme.

Pour présider cette commission pour les cinq prochaines années, Paul Biya avait déjà nommé en mars dernier, Peter Mafany Musonge, ancien premier ministre (1996-2004) originaire de la région et Oumarou Djika Saidou (vice-président) ainsi que 13 autres membres pour le seconder. Avant l'entame de la cérémonie, c'est dans les deux langues que l'hymne national camerounais a été entonné devant un parterre d'officiels et de diplomates. De même, le discours d'investiture du président s'est fait en anglais et en français.

Une opérationnalisation tardive pour cette instance nationale créée par décret présidentiel en janvier dans la foulée des violences dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest, sans qu'elle réussisse à apaiser la vive protestation dans ces zones essentiellement anglophones.

Avec le rétablissement d'Internet après 93 jours de coupure pour des raisons supposément sécuritaires, le pouvoir semble donc proposer la carotte aux 5 millions de Camerounais anglophones de ces régions. Cette stratégie est destinée à contenir définitivement les revendications d'intégration qui ont alimenté à partir de novembre un mouvement d'humeur à Bamenda, capitale de la région anglophone.

L'Unité du Cameroun à l'épreuve de la régionalisation et du bilinguisme

Sous la houlette de syndicalistes, d'enseignants, d'avocats et même d'étudiants, le mouvement s'était ensuite propagé à d'autres régions du nord-est et du sud-est du pays avant de se transformer en marches de protestation contre la marginalisation de ces zones faisant craindre la naissance de velléités sécessionnistes.

Avec l'installation de cette commission, le pouvoir veut envoyer un signal fort en direction des régions anglophones pour indiquer qu'elle prend à bras le corps, la question de l'unité nationale. Cette question même qui a valu aux dirigeants des mouvements de protestation, leur séjour en prison sous les accusations d'« incitation à la haine et à la violence ».

Dans les rangs des proches des prisonniers d'opinion la vigilance est de mise. Pour eux, l'installation de la commission Peter Mafany Musonge sonne comme la reconnaissance de leur cause régionaliste. Même si on se dit ouvert à la discussion, cette manœuvre est vue comme une tentative d'enrayer la dynamique du mouvement. Ce dernier pourrait se donner un répit avant de remettre sur la table l'épineuse question de l'intégration. Pour l'heure, le pouvoir qui semble avoir acheté la paix sociale pour un temps, reste sourd à leurs revendications.

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