Le chômage des jeunes en Afrique, la bombe à retardement prête à exploser

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(Crédits : Reuters)
Alors que l’Afrique fait face à un sérieux déficit en matière de main d’œuvre pour satisfaire la demande du travail avec un besoin estimé à près de 450 millions de postes d’ici les 20 prochaines années, l’offre ne pourrait tout au plus excéder les 100 millions d’emplois. C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport présenté en marge de la 27e édition du Forum économique mondiale sur l’Afrique qui vient de se tenir à Durban. Le chômage, particulièrement celui des jeunes, constitue de ce fait une véritable bombe à retardement pour le continent alors que le changement qui s’opère sur le mode de travail menace les emplois disponibles.

Au Niger, l'Association des sans emplois de la région d'Agadez, sont monté au créneau, jeudi dernier, pour alerter sur « le chômage et le désarroi dans les rangs de la jeunesse » à la suite de la fermeture ou du report de plusieurs projets miniers dans cette région située dans nord du pays et qui accueille plusieurs sites industriels. Le même jour à Durban en Afrique du Sud ou se tenait la 27e édition du Forum économique mondial sur l'Afrique, l'édition 2017 du rapport sur la compétitivité de l'Afrique mettait en relief le véritable défi démographique qui se pose au continent. La conclusion est sans appel car selon les auteurs du rapport, « sans mesures urgentes destinées à relever la compétitivité du continent qui stagne, les économies africaines ne créeront pas suffisamment d'emplois pour les jeunes entrant sur le marché du travail ».

« Si les politiques actuelles en matière d'emplois restent inchangées, moins du quart des 450 millions de nouveaux emplois nécessaires au cours des 20 prochaines années seront créés ». Rapport 2017 sur la compétitivité en Afrique

Le rapport qui combine les données de l'Indice de compétitivité mondiale (GCI) avec des études sur les politiques de l'emploi et la compétitivité des villes africaines, qui vont devoir faire face à plus de flux de migrants, a été conjointement élaboré par la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et le Forum économique mondial. Selon ses auteurs, les priorités politiques devront se traduire par des réformes visant à améliorer la qualité des institutions, des infrastructures, des compétences et l'utilisation de nouvelles technologies.

Explosion démographique et croissance peu créatrice d'emplois

Les Etats africains et principalement les dirigeants sont donc avertis: « la capacité des économies de l'Afrique subsaharienne à générer suffisamment d'emplois pour sa population jeune et croissante repose sur la mise en œuvre réussie de réformes urgentes pour stimuler la productivité ». Avec une démographie des plus galopantes qui s'accompagne d'une croissance certes relativement dynamiques mais pas assez inclusive et créatrice d'emplois, le chômage des jeunes est une véritable bombe à retardement pour la stabilité des pays africains.

C'est déjà assez connu, les taux de chômage dans les pays africains sont des plus élevés comparés aux autres régions du monde et selon les projections contenues dans le rapport, pas moins de 450 millions d'emplois seront nécessaire pour répondre à la demande du marché du travail africain sur les vingt prochaines années. Or, au rythme actuel, l'Afrique ne pourrait créer que 100 millions de postes sur cette période, ce qui est assez insuffisant pour contenir l'explosion du nombre de potentiels nouveaux arrivants sur le marché du travail.

D'autant plus que même les emplois actuellement disponibles font face à de sérieux risques. Selon de récentes projections que vient de livrer la Banque mondiale, près de 70% des emplois actuels risqueront de disparaître dans les pays en voie de développement en raison notamment des mutations que connait le marché du travail avec notamment l'effet qu'induit la montée en puissance de l'automatisation surtout dans le secteur industriel. «  Les estimations montrent que les deux tiers des postes qui existent aujourd'hui dans les pays en développement seront détruits par l'automatisation », a ainsi expliqué le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim qui intervenait dans une conférence tenue récemment en Californie au sein du Milken Institute.

Les effets commencent déjà à se faire sentir dans certains secteurs sur le continent avec des postes qui se libèrent de plus en plus et selon la Banque mondiale, des pays comme l'Ethiopie en Afrique pourraient en payer le prix fort. Le pays a en effet bâtit la compétitivité de son industrie sur un modèle qui s'appuie sur une main-d'œuvre « low cost » c'est-à-dire à bas prix et pourrait de ce fait perdre jusqu'à 85% de ses emplois.

Du potentiel pour un renouveau économique

Il y a donc urgence en la matière et fort heureusement, cette population jeune et dynamique de l'Afrique dispose du potentiel nécessaire pour un renouveau économique dans la région à condition qu'elle soit soutenue par des réformes ciblées, court et long terme. « Pour répondre aux aspirations de leurs populations de jeunes en pleine croissance, les gouvernements africains sont bien avisés de promulguer des politiques qui améliorent les niveaux de productivité et l'environnement des affaires pour stimuler le commerce et l'investissement », conseille  Klaus Tilmes, de la Banque mondiale

C'est du reste pour faire face à ces défis qui vont s'amplifier au fil des années que le rapport a listé quelques pistes qui pourrait servir de feuille de route aux  gouvernants africains. A long terme, les politiques devraient veiller au renforcement des institutions qui constitue « une condition préalable pour permettre une mise en œuvre plus rapide et plus efficace des politiques car l'échec de la mise en œuvre dans le passé a souvent été attribué à des institutions faibles ».

Les auteurs ont également préconisé la poursuite des efforts afin d'améliorer le climat des affaires pour libérer le potentiel du secteur privé africain ainsi que le développement des infrastructures. Il est aussi question de l'intégration des nouvelles technologies ainsi que le développement des compétences pour permettre à la main d'œuvre africaine de « rester compétitive dans un paysage économique mondial en constante évolution ». Selon Richard Samans, du Forum économique mondial, responsable du Centre pour l'agenda mondial et membre du conseil d'administration, « l'élimination des obstacles qui empêchent l'Afrique de réaliser son potentiel de compétitivité est la première étape nécessaire pour parvenir à un progrès économique et à une prospérité partagée plus soutenue».

 A court terme, il s'agira de prioriser les réformes sectorielles dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre tels que l'agroalimentaire, la construction et les petites et moyennes entreprises. Le rapport plaide également pour un ciblage des régions mais aussi des populations vulnérables dans les pays fragiles ainsi que la mise en œuvre de politiques commerciales visant à ouvrir les marchés pour favoriser l'intégration économique régionale ainsi que de développer des chaînes de valeur intégrées avec les secteurs extractifs afin d'encourager la diversification dans les pays riches en ressources naturelles.

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