Togo  : des arrestations «arbitraires»,  en attendant les manifestations de rue de l'opposition

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Les partis de l'opposition au Togo ont appelé à de nouvelles manifestations de rue, les 7, 8 et 9 novembre dans les différentes localités du pays.
Les partis de l'opposition au Togo ont appelé à de nouvelles manifestations de rue, les 7, 8 et 9 novembre dans les différentes localités du pays. (Crédits : Reuters)
Alors que l'opposition togolaise se prépare à la mobilisation à laquelle elle a appelé les 7, 8 et 9 novembre, des jeunes du mouvement Nubuéké, proches de l'opposition, ont été inculpés dans des conditions encore floues. Des interpellations qualifiées d'arbitraires par la défense qui dénonce aussi des traitements inhumains.

L'actualité togolaise n'a pas changé depuis bientôt trois mois, dominée par la crise politique qui secoue le pays et avec une nouvelle affaire chaque semaine. Depuis ce 3 novembre, c'est l'arrestation de trois jeunes membres du mouvement Nubueké, Messenth Kokodoko, Kokou Dodzi Eza et Ayao Fiacre Atsu, qui a provoqué l'indignation au Togo.

D'après le procureur de la République, Essolisam Poyodi, qui s'est fendu d'un communiqué, les trois activistes du «civisme» sont inculpés pour groupement de malfaiteurs, troubles graves à l'ordre public, incitation à la révolte, menace et violence envers les représentants de l'autorité publique, destruction volontaire par incendie de biens publics et détention illégale de matériels militaires.

Le procureur a confirmé qu'une perquisition faite au domicile du coordonnateur du mouvement, Messenh Kokodoko, a permis la découverte et la saisie de pointes métalliques étoilées, d'une paire de jumelles, d'étuis de grenades lacrymogènes et divers autres objets susceptibles d'être utilisés dans des actes de violence. Une accusation que ne concède pas le Bureau exécutif du mouvement qui dénonce un enlèvement et des conditions de détentions «inacceptables».

Enos Tchalla, président du mouvement Nubueké, lui-même aujourd'hui très discret, déplore l'interpellation de ses collaborateurs dans la nuit du 18 au 19 octobre et du 26 octobre 2017. Dans un communiqué transmis à la presse, Tchalla a laissé entendre que Messenh Kokodoko n'avait été destinataire d'aucune convocation préalable dûment délivrée par la justice à propos d'éventuelles plaintes le visant.

Il a également avancé que le prévenu avait fait objet d'actes de torture physique et psychologique à l'effet de lui extorquer des aveux susceptibles d'induire son inculpation. «Aussi, contrairement à ce que prétend le communiqué du Procureur de la République, les avocats constitués en soutien des intérêts de M. Kokodoko ont-ils été interdits de visite à ce dernier. Ainsi, il en a été également de la famille, privée quant à elle de lui apporter ses repas journaliers », indique Enos Tchalla. Des propos confirmés par le collectif d'avocats de défense des jeunes accusés.

Maître Célestin Agbodan, un des avocats du collectif, trouve l'arrestation inacceptable. Il s'agit «de manœuvres pour décourager les jeunes qui se mobilisent pour l'alternance», déclare-t-il avant d'ajouter qu'ils sont «à la prison civile de Lomé dans un état désagréable, parce qu'ils ont été sérieusement torturés lorsqu'ils étaient en garde à vue où ils ont passé plusieurs jours, surtout pour ce qui concerne Messenh Kokodoko. Il a été sérieusement bastonné. Les séquelles sont apparentes sur son corps. Sa chemise était imbibée de sang. On l'a obligé à l'enlever et aujourd'hui, cette chemise qu'il portait a disparu », a-t-il précisé.

Aujourd'hui, à Lomé, beaucoup s'interrogent sur l'innocence ou la culpabilité de ces jeunes et se demandent en quoi ils dérangeraient le pouvoir.

Soutien de la coalition à l'ordre du jour des marches

Les appels du mouvement Nubueké ont trouvé écho auprès de la coalition de l'opposition. Brigitte Adjamagbo Johnson, la coordinatrice de la coalition a exprimé ses regrets, encourageant ses «jeunes camarades» à ne pas baisser les bras. Naturellement, c'est sans oublier d'inviter les Togolais à sortir pour la marche de la «libération», les 7, 8 et 9 novembre.

Dans un appel à la mobilisation, publié via les réseaux sociaux ce dimanche 5 novembre, Tikpi Salifou Atchadam, président du Parti national panafricain (PNP), a salué le «courage» et la «détermination» du peuple, «malgré l'environnement  hostile,  fait de violation massive et quotidienne des droits élémentaires de l'homme».

Selon Atchadam, le combat du peuple a pour finalité de faciliter une égalité de chances entre les Togolais. «Il s'agit de donner la chance au bébé de la revendeuse de la noix de coco sur la tête, d'avoir un avenir, de rêver, de servir notre pays en tant que président de la République, pourquoi pas », a-t-il écrit.

Atchadam croit fortement que la «victoire» passera par le pacifisme. «Dans notre lutte, il y a trois choses qui les dérangent (le régime Faure Gnassingbé, NDLR) : l'unicité d'action de l'opposition ; le nombre des personnes dans les rues à l'interne et à l'externe ; et notre pacifisme», a déclaré le président du PNP avant de lancer un slogan mobilisateur «Assigbalo» (les mains nues) pour les marches des 7, 8 et 9 novembre.

Notons que pour ces manifestations aux jours ouvrés, le gouvernement face à la pression internationale, notamment de la France et des Etats-Unis, a levé les interdictions. Mais les itinéraires des marches sont déjà tracés et devront être scrupuleusement respectés par les manifestants.

Dernièrement, alors qu'elles étaient interdites par le gouvernement, les marches en semaine avaient été réprimées dans le sang faisant plusieurs morts, blessés et arrestations. Depuis le début de la crise, le 19 août dernier, le Collectif des associations contre l'impunité au Togo (CACIT) a noté 14 décès, 400 interpellations, dont 86 condamnations, et plus de 200 blessés.

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