Kenya : l'opposition appelle au boycott des entreprises pro-gouvernementales

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Des parlementaires du parti de l'opposition kényane, National Super Alliance (NASA), lors de la conférence de presse tenue le 3 novembre 2017 à Nairobi.
Des parlementaires du parti de l'opposition kényane, National Super Alliance (NASA), lors de la conférence de presse tenue le 3 novembre 2017 à Nairobi. (Crédits : Reuters)
Les parlementaires proches du parti kényan de l'opposition, la Super alliance nationale (NASA) ont appelé, vendredi dernier, au boycott des produits fabriqués par les entreprises proches du parti au pouvoir. Avec cette démarche dans le bras de fer qui l'oppose au pouvoir, la NASA cherche à mettre davantage de pression dans sa quête de justice dans le système électoral et d'inclusion politique.

Le parti politique de Raila Odinga veut intensifier la pression sur le pouvoir de Nairobi. Dans un communiqué conjoint rendu public ce vendredi 3 novembre, les parlementaires de l'opposition proches du parti du leader de l'opposition kényane, Super alliance nationale (NASA), ont appelé leurs militants au boycott des produits fabriqués par les entreprises pro-gouvernementales.

«Aujourd'hui, nous lançons le programme de libération économique par un boycott ciblant les entreprises bénéficiant de leur proximité avec régime actuel», ont déclaré les députés, indiquant qu'ils sont «en possession d'une liste complète de compagnies, locales et mondiales, qui seront révélées à intervalles». Les trois premiers groupes économiques -et pas des moindres- ciblés par cet appel sont Safaricom, le géant des télécoms, Brookside Dairy, leader des produits laitiers en Afrique de l'Est, et le groupe d'agroalimentaire Bidco.

Soutenant les actions des parlementaires qui partagent sa vision, Raila Odinga qui avait annoncé le 31 octobre dernier la formation d'un mouvement national pour faire pression sur le gouvernement kényan, a expliqué que toutes ces manœuvres ont pour objectif de maintenir la pression sur les autorités gouvernementales afin d'exiger davantage de justice dans le système électoral et l'inclusion politique. Le leader de l'opposition kényane a en outre confié qu'il fera également recours aux moyens constitutionnels et non-violents pour faire avancer sa cause.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la crise politique au Kenya et qui a commencé avec l'annulation par la Cour suprême des résultats de l'élection présidentielle n'est pas arrivée à son épilogue. Les élections du 26 octobre dernier, qui ont enregistré la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta, n'ont fait qu'envenimer la situation. Aujourd'hui avec ce nouvel appel au boycott économique, certains observateurs s'inquiètent déjà d'une aggravation de la polarisation politique dans le pays, avec à la clé une plongée économique.

Entre incertitudes et inquiétudes

L'appel au boycott des entreprises pro-Kenyatta révèle un climat non rassurant dans le pays, alors que certains sont déjà convaincus que cette démarche sera difficile à tenir pour les militants de l'opposition. «Normalement, j'ai entre 30 et 40 clients par jour. Mais [vendredi], j'en ai eu seulement 15. Personnellement, je soutiens Raila Odinga, mais je ne suis pas d'accord avec ce qu'il a dit. Parce que je travaille pour Safaricom, c'est Safaricom qui paye mes factures. Donc, je serai la première à souffrir», a confié à RFI, une jeune femme, agent chez Safaricom et de son service de paiement mobile M-Pesa. Avec 40% de Kényans utilisant régulièrement ce service de mobile banking, il est en effet difficile de suivre «les instructions» de l'opposition.

«Si nous boycottons les entreprises liées au gouvernement, nous parviendrons à affaiblir celui-ci et ce qu'il fait contre nous. Mais je n'ai pas pu abandonner ma ligne Safaricom à cause de M-Pesa. Nous en avons besoin pour envoyer de l'argent à nos familles dans l'arrière-pays. Par contre, maintenant, j'ai aussi une ligne Airtel depuis deux jours», a déclaré un témoin à RFI, se voulant réaliste.


Du côté de l'agroalimentaire, le boycott est bien plus difficile. A en croire, un épicier de la capitale, il sera très délicat d'éviter les produits laitiers de Brookside Dairy, détenu en partie par la famille d'Uhuru Kenyatta, et de Bidco. «Beaucoup de produits disponibles sur le marché viennent de Brookside et de Bidco. Un boycott me pousserait à mettre la clé sous la porte», a déclaré le commerçant pourtant confiant, indiquant que ses ventes n'ont pas encore baissé.

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