Droits de l’homme : l’ONU accable la RDC, Kinshasa conteste

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En octobre prochain, des experts internationaux, envoyés par le CDH, seront présents en RDC pour enquêter sur les évènements survenus dans les provinces du Kasaï,
En octobre prochain, des experts internationaux, envoyés par le CDH, seront présents en RDC pour enquêter sur les évènements survenus dans les provinces du Kasaï, (Crédits : Reuters)
C’est avec des accusations très accablantes pour la RDC que la haut-commissariat adjointe des Nations Unies a présenté, le mardi 26 septembre à Genève, son rapport annuel sur la situation des droits de l’homme dans le pays. Dans un contexte électoral tendu, le document fait état de restriction des libertés individuelles et de graves violations de droits humains qui s’ajoutent à plusieurs foyers de violences se traduisant par des centaines de milliers de déplacés, mais aussi des centaines de morts. Un constat confirmé par la Mission des Nations Unies dans le pays (MINUSCO) qui met en avant la responsabilité des autorités politiques et sécuritaires, mais que récuse le gouvernement congolais.

La candidature de la RDC comme membre du Conseil des droits de l'homme (CDH) est mal engagée avec la présentation, mardi 26 septembre, du rapport annuel de cet organisme relevant des Nations Unies qui tient actuellement sa 36e session ordinaire à son siège de Genève.

Le constat dressé par le haut-commissariat aux droits de l'homme sur la situation qui prévaut dans le pays est en effet des plus accablants, d'autant plus qu'il met en cause les autorités politiques et les responsables sécuritaires. Dans l'exposé oral qu'elle a présenté devant le CDH, la haut-commissaire adjointe aux droits de l'homme, Kate Gilmore, a brossé un tableau des plus sombres «dans lequel le système judiciaire n'a pas fait montre d'indépendance, l'impunité n'a pas été prise à bras le corps et la violence a été à nouveau perpétrée par les forces de sécurité à l'encontre de la population de la République démocratique du Congo».

Une situation qui se dégrade de plus en plus

S'appuyant sur les différents évènements qui ont émaillé l'histoire du pays depuis la session 2016 du Conseil, notamment «les massacres de grande envergure de civils par les forces de sécurité dans le cadre des manifestations en décembre, puis en septembre dernier, puis la répression brutale qui a suivi», Gilmoree a avancé comme exergue le remarquable accord de consensus entre le gouvernement et les groupes de l'opposition le 31 décembre 2016. Un accord paraphé grâce à la médiation des évêques du pays et qui était «censé préparer le terrain pour les élections présidentielles de 2017 et un transfert pacifique du pouvoir», a souligné Kate Gilmore dans des propos rapportés par le CDH à l'issue de la session.

«Cet accord du 31 décembre, qui contient des mesures concrètes, a suscité un espoir réel que le processus électoral puisse aller de l'avant et conduire à la stabilité politique, à un plus grand respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales et donc à une prospérité durable», n'a pas manqué de relever la haut-commissaire adjointe pour qui il s'agissait là d'un tournant critique et d'une véritable occasion offerte au peuple congolais. Malheureusement, finira-t-elle par déplorer, «ce qui advint finalement fut l'antithèse même des termes de cet accord». En cause, les différentes mesures prises par les autorités congolaises parmi lesquelles, l'interdiction générale de toute activité de l'opposition et de la société civile, le ciblage sans relâche des opposants politiques, des défenseurs des droits de l'homme, ainsi que des journalistes.

De plus, rapporte la même source, « es mesures de mise en confiance stipulées dans l'accord du 31 décembre, notamment la libération des prisonniers politiques, n'ont pas été mises en œuvre» et selon le rapport, au cours des douze mois écoulés, le nombre de prisonniers politiques et d'opinion a triplé, passant de 50 à 150. A cette situation des plus regrettables, Kate Gilmore n'a pas manqué d'ajouter que «le retard dans l'annonce de la date des élections occasionne instabilité et troubles».

«Tout cela montre, à l'évidence, le manque de volonté politique d'appliquer l'Accord et révèle l'absence d'une tentative sincère de faciliter les processus démocratiques pacifiques qui devaient suivre, Il est urgent de formuler une stratégie cohérente pour le processus électoral, pour le transfert pacifique du pouvoir et pour jeter les bases d'une justice plus robuste», a déclaré Kate Gilmore, haut-commissaire adjointe aux droits de l'homme des Nations Unies

Violations graves et répétées des droits humains

Les chiffres rapportés par la haut-commissaire adjointe sur la période couverte par son rapport donnent une image grandeur nature de la situation. Selon Kate Gilmore, la conséquence première du conflit, c'est qu'environ 3,8 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays, soit le nombre le plus élevé en Afrique. De plus, elle a qualifié la situation qui prévaut dans les Kasaïs comme «l'une des pires crises des droits de l'homme dans le monde», avec au moins 5 000 personnes ayant été tuées cette année, alors que parallèlement, les activités des milices et des forces de sécurité congolaises dans la région Kasaï ont engendré une grave crise humanitaire dans une zone déjà gravement affectée par la pauvreté. Selon son exposé, plus de 100 villages ont été détruits et 1,6 million de personnes ont dû fuir la crise, dont 35 000 qui ont traversé la frontière avec l'Angola.

Des faits confirmés par des acteurs clés du processus de paix

Des constats que confirment d'autres acteurs du processus de paix dans le pays notamment la Mission de l'organisation des Nations Unies pour la stabilisation de la République démocratique du Congo (MONUSCO), l'Union africaine (UA) et les associations locales de défense des droits de l'homme.

Le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RDC, le Nigérien Maman Sidikou, a ainsi déploré que depuis son dernier exposé devant le Conseil en mars dernier, les difficultés liées à la mise en œuvre de l'accord du 31 décembre persistaient. «Le consensus atteint alors a volé en éclats et un climat d'incertitude politique a peu à peu émergé», a reconnu également le chef de la MONUSCO qui s'est dit particulièrement préoccupé par l'intimidation, le harcèlement et la violence visant les journalistes, les opposants et les militants de la société civile.

«De telles actions n'instillent pas la confiance dans le processus politique», a-t-il observé selon le communiqué du CDH dans lequel Maman Sidikou a aussi tenu à faire part de la situation sécuritaire dans le Kasaï. Une situation qui l'a «profondément choqué par la brutalité du conflit en cours et la nature des violations commises». Le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC a fermement condamné les attaques de la milice Kamuina Nsapu, le recrutement d'enfants et le ciblage des écoles, des églises et autres sites protégés, tout en faisant part de sa préoccupation devant les allégations d'usage disproportionné de la force et le ciblage délibéré des civils par l'armée congolaise.

«Il n'y a pas de solution militaire à la crise dans le Kasaï et il faut mettre fin à la violence. Rien ne peut justifier la tragédie humaine qui se déroule sous nos yeux», a précisé Sidikou Mamane, chef de la MONUSCO

La Commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'UA, la Burkinabé Minata Samate Cessouma, s'est également inscrit dans la même lancée, en termes moins durs. «La situation politique et sociale en République démocratique du Congo est en effet délicate», a-t-elle reconnu en rappelant que le Conseil de paix et sécurité (CSP) de l'UA a déjà exprimé «sa grave préoccupation face à la persistance des violations des droits de l'homme et de l'insécurité au centre et dans l'est de la RDC».

Enfin, l'autre intervention qui a marqué la cession est celle de Georges Kapiamba, président de l'Association congolaise pour l'accès à la justice, pour qui «la situation y est d'autant plus complexe que les acteurs principaux, en particulier le gouvernement, ne montrent aucune volonté de s'engager».

 Kinshasa plaide non coupable

Comme il fallait s'y attendre, le gouvernement congolais a rejeté d'emblée ces différentes accusations qui donnent une mauvaise image du pays. La ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, qui intervenait en réponse aux différents rapports, a estimé que le tableau présenté par les intervenants était tellement sombre que cela donnait «l'impression qu'il n'y avait plus d'espace pour respirer en RDC».  Et pourtant, s'est presque insurgée la ministre, «on y respire, on exerce des activités économiques, les enfants vont à l'école, les ONG y exercent leurs activités, et même près de six cents partis politiques et une soixantaine de chaînes de télévision fonctionnent en toute liberté».

Selon la représentante du gouvernement congolais, l'accord du 31 décembre dernier est en train d'être mis en œuvre, assurant que «les élections auront bel et bien lieu. Toutefois, elle s'est insurgée contre les interférences étrangères, estimant que «seuls les Congolais choisiront leurs futurs dirigeants».

Par rapport à la situation dans les provinces du Kasaï à la suite des exactions commises par le groupe terroriste Kamuina Nsapu, Marie-Ange  Mushobekwa a rappelé l'organisation du 19 au 21 septembre d'une «conférence sur la paix, la réconciliation et le développement dans l'espace kasaïen» et qui a été présidée par le chef d'Etat, Joseph Kabila. «La paix, comme la réconciliation, est un processus qui prendra du temps», s'est défendu la ministre congolaise devant le CDH.

En gage d'assurance, Marie-Ange  Mushobekwa a fait part de l'engagement du gouvernement congolais à traduire devant  les juridictions congolaises toutes les personnes impliquées dans les différents crimes et violations des droits humains relevés, afin qu'ils répondent de leurs actes. La ministre a également tenu à faire savoir que les autorités de Kinshasa seraient ravies d'accueillir, en octobre, l'équipe d'experts internationaux envoyée par le CDH pour faire la lumière sur les évènements qui se sont passés dans les provinces du Kasaï, ce qui prouve, selon elle, que la RDC  «n'a rien à cacher».

Des engagements qui sont loin de remettre en cause la sombre situation des droits humains en RDC telle que présentée lors de cette session du CDH et qui ne suffiront certainement pas à plaider en faveur de la candidature du pays qui entend prendre sa carte de membre de l'institution onusienne.

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