Nouvelle présidentielle au Kenya : la commission électorale est-elle encore crédible ?

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(Crédits : Reuters)
Après les diatribes de l’opposition et le verdict détaillé particulièrement accablant de la Cour Suprême, on pensait que la tempête allait baisser d’intensité pour l’IEBC, la commission électorale. Mais l’institution présidée par Wafula Chebukat, joue cette fois-ci sa crédibilité après l’ouverture d’une enquête de la justice sur les «irrégularités et illégalités» de la commission électorale pointées par la Cour Suprême. Toute la question est de savoir si l’IEBC est aussi crédible pour organiser le nouveau scrutin présidentiel qu’elle fixe elle-même le 26 octobre.

Depuis le début de cette année 2017, très électorale, l'histoire de l'Independent Electoral and Boundaries Commission(IEBC) est jalonnée de scandales et polémiques.

Sous le feu des critiques, l'IEBC visée par une enquête «complète»

Dernier esclandre qui agite les murs de la commission électorale indépendante kényane, cette enquête «complète», dans un délai de 21 jours, ordonnée par Keriako Tobiko directeur des Poursuites publiques. L'enquête devrait se pencher sur les griefs reprochés à la commission par la Cour Suprême dans l'organisation de la présidentielle du 8 août dernier et concerne également des faits de corruption supposée de membres de la commission.

Plus inquiétant encore, le délai fixé par le Ministère public suggère qu'avant même la tenue de la nouvelle présidentielle du 26 octobre, on pourrait être fixé sur la responsabilité présumée de l'IEBC. Si de nouvelles révélations venaient conforter les allégations déjà répandues chez une partie de la population kényane, la crédibilité de la commission de Wafula Chebukati en prendrait un sérieux coup à quelques semaines du nouveau scrutin.

Car le parfum du scandale a très tôt répandu ses effluves autour de l'IEBC. Il y a eu d'abord, la mort suspecte et non encore élucidée de Chris Msando. A quelques jours du scrutin du 8 août, le directeur informatique de l'IEBC a été enlevé, torturé, puis brutalement assassiné alors qu'il venait d'opérer les dernières vérifications du système informatique d'identification des électeurs, de centralisation et de transmission des résultats.

Une mort qui plane sur les urnes et fait le lit des accusations de piratage des serveurs électoraux que l'IEBC a réfutées tout en refusant leur accès aux enquêteurs de la Cour Suprême. Il faut y ajouter, les résultats de ces quelque 11 000 bureaux de vote qui n'ont pas été transmis par voie électronique, comme l'exige la loi, sous le motif d'un défaut de connectivité.

Doutes persistants sur le nouveau scrutin de la commission électorale

Autant de manquements qui interrogent sur la crédibilité -même la capacité- de la commission électorale à tenir une nouvelle élection sans retomber dans les couacs du précédent scrutin. OT-Morpho, le fournisseur du matériel électoral électronique, avait indiqué ne pas pouvoir livrer à temps le matériel biométrique de reconnaissance des électeurs et les terminaux de transmission des résultats, le 17 octobre. Avec une marge de moins de dix jours, le matériel sera-t-il acheminé pour les 19 millions d'électeurs ? Difficile de répondre avec précision à cette question.

Reste la question de la légitimité de l'IEBC, remise en cause par l'opposition kényane. Dans une lettre très accusative, la NASA, la coalition menée par Raila Odinga, avait exigé le renvoi de certains membres de la commission, accusés de partialité.

La NASA avait même fini par en faire une de ses conditions sine qua none pour sa participation à la présidentielle du 26 octobre. L'opposant Raila Odinga a encore agité le spectre du boycott de la nouvelle échéance, si les membres incriminés ne sont pas retirés de la composition de l'IEBC. Pour l'heure, Wafula Chebukati et ses pairs n'ont encore rien fait pour blanchir leur réputation. Les nuages de scandales et de révélations qui s'accumulent vont peut-être s'en charger.

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