Guinée : l’opposition hausse le ton contre Condé

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(Crédits : Reuters)
Les partis politiques de l’opposition guinéenne ont décidé ce vendredi de durcir le ton et de reprendre les manifestations populaires dès la semaine prochaine. Ils entendent ainsi amplifier la pression sur le président Alpha Condé pour que les élections locales, attendues depuis 2005, puissent se tenir d’ici à la fin de l’année conformément à l’accord politique du 12 octobre 2016.

Si certes Alpha Condé sera présent à New York où se déroule actuellement la 72e Assemblée générale annuelle des Nations Unies, avec un agenda chargé qui l'attend en tant que président en exercice de l'Union africaine (UA), le chef d'Etat guinéen aura surtout l'attention portée sur ce qui se passe dans son pays, puisque l'opposition à décidé de durcir les manifestations populaires qu'elle compte organiser dès la semaine prochaine.

C'est en effet l'une des principales décisions prises par les partis politiques de l'opposition dite républicaine, lors d'une importante réunion de ses leaders tenue ce vendredi 15 septembre à Conakry sous la direction de l'opposant Cellou Dalein Diallo. «Nous avons décidé de reprendre nos programmes de manifestations, de renforcer le programme qu'on avait déjà donné», a annoncé à la presse au sortir de la réunion, Aboubacar Sylla, le porte-parole de l'opposition, expliquant cette décision par le fait «qu'il n'y a aucune chance pour que les élections locales se déroulent en 2017».

Les élections locales, c'est en effet l'une des principales revendications de l'opposition qui a déjà eu à recourir aux manifestations pour obliger le gouvernement à s'engager dans un accord signé  le 12 octobre 2016, au terme d'un dialogue national, à organiser le scrutin avant la fin 2017. Un comité de suivi de l'accord a été mis en place et regroupe en son sein des représentants de la majorité et de l'opposition, ainsi que ceux de la société civile. «Nous avons fait le constat que le comité de suivi ne joue son rôle. C'est juste une institution qui de faire valoir, où on présente les leaders de l'opposition et de la mouvance présidentielle ensemble comme pour dire qu'il y a un vrai dialogue politique et qu'on s'achemine progressivement vers la mise en œuvre complète de l'accord signé le 12 octobre 2016», a regretté le porte-parole de l'opposition qui a annoncé par la même occasion, «la décision prise  unanimement au niveau de l'opposition républicaine, de suspendre notre participation désormais au comité de suivi».

Le dialogue politique suspendu

L'opposition suspend donc sa participation au dialogue politique et lance ses militants dans la rue à travers des manifestations qui commenceront dès la semaine prochaine. Le 20 septembre, une marche sera organisée dans les principales artères de Conakry et sera suivie le lendemain d'une journée ville-morte. L'opposition a également annoncé dans son programme qu'elle rééditera ces manifestations les 27 et 28 septembre prochain, cette fois dans tout le pays.

Le président Alpha Condé s'est pourtant engagé le mois dernier à accélérer le processus afin de respecter les termes de l'accord convenu et dans la loi rectificative des finances, adoptée la semaine dernière, un budget de 115 milliards de francs guinéens (FG) a même été dégagé pour le scrutin. L'enveloppe a certes été jugée insuffisante par la CENI qui a établi un budget de 330 milliards FG, mais le directeur national du budget, Abraham Richard Kamano, a expliqué dans une déclaration publique que le gouvernement était prêt à faire face à toutes les charges relatives à la tenue du scrutin, car il s'agit de «dépenses de souveraineté».

Des arguments qui n'ont visiblement pas convaincu l'opposition, d'autant plus que selon les explications de la Commission électorale (CENI), il est techniquement impossible de tenir les élections locales d'ici à la fin de l'année. En se basant sur les délais établis par les textes en vigueur et au regard de l'état des préparatifs du scrutin, la CENI a estimé à environ 120 jours, l'échéance qui lui faudrait pour organiser le vote.

Pour l'opposition, le gouvernement aurait dû anticiper cette décision s'il avait réellement l'intention d'organiser ces locales que le pays attend depuis 2005.

Avec cette montée en puissance de la contestation politique, la pression va s'amplifier sur le régime d'Alpha Condé qui doit déjà gérer les manifestations sociales qui se déroulent parallèlement dans la ville minière de Boké où les habitants protestent contre la rupture de la fourniture en électricité. Les manifestations qui se déroulent depuis quelques jours ont déjà fait au moins deux morts, alors que les autorités redoutent une contagion dans les autres villes, surtout avec cette nouvelle brèche que vient d'ouvrir l'opposition.

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