Kenya : Uhuru Kenyatta confirmé sur son fauteuil, le spectre de violences post-électorales persiste

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(Crédits : Reuters)
Dans une attente anxieuse, sous alerte maximale mais sans véritable suspense ! La commission électorale kenyane a confirmé les tendances qui se sont dessinées dès la fermeture des bureaux de vote. Après trois jours d’attente marqués par des manifestations qui ont fait quatre morts, la commission électorale a officiellement déclaré Uhuru Kenyatta vainqueur de l’élection présidentielle du 8 août dernier face à son rival Raila Odinga. Sur fonds de contestation de l’opposition, la réaction de la rue reste le sujet de toutes les spéculations. Les détails.

Le verdict de la délivrance,! Au terme d'une centralisation et d'une compilation particulièrement laborieuses des résultats la commission électorale kényane (IEBC) a enfin livré les résultats définitifs de la présidentielle!

Il a fallu 7 heures pour compiler et vérifier la conformité des chiffres des procès-verbaux des 290 circonscriptions réparties dans les 8 provinces du pays avec les chiffres du système informatique de l'IEBC. Au final, ces résultats sans grande surprise, attendus depuis trois jours, confortent un écart de voix de 1,5 million de voix! Uhuru Kenyatta, reparti pour son second et dernier mandat, est l'homme qui va diriger le Kenya pour les cinq prochaines années.

La victoire de Kenyatta désormais officielle, pas surprenante... mais contestée

Dans le détail, Uhuru Kenyatta, le président sortant l'emporte avec 8,2 millions des voix soit 54,2% des suffrages. Sur les 19 millions d'électeurs de ce pays de 48 millions d'habitants, 6,7 millions ont voté pour Raila Odinga soit 44,7% des voix. Ces chiffres confirment les premières tendances tombées au soir de l'élection par le système de collecte informatique de la commission dont les résultats provisoires, actualisés en temps réel, donnaient déjà le président sortant en route vers le State House.

Et pourtant, la veille de la publication des résultats définitifs, l'opposition avait sommé la commission électorale de « déclarer Raila Odinga, président dûment élu de la République du Kenya » après avoir dénoncé une fraude informatique par le piratage des serveurs de la commission électorale. Elle indiquait même détenir de « sources internes » à la commission, la preuve que l'opposant de 72 ans venait de l'emporter au bout de sa quatrième candidature à la magistrature suprême.

Ce coup d'éclat politique par l'auto-proclamation avait entraîné des scènes de célébration à Kirimusu (ouest) et à Nairobi de la part des partisans d''Agwanbo (surnom de Raila signifiant le mystérieux) qui ont érigé des barricades et allumé des feux à l'aide de monceaux de bois et des pneus. Des scènes de liesse dispersés par la police et qui ont donné le bilan tragique de quatre morts.

Réplique de la commission électorale, qui a souligné, dans une conférence de presse les documents que l'opposition présente comme des preuves contenaient des erreurs arithmétiques et proviennent d'une base de données Microsoft là où la Commission utilise Oracle.

Néanmoins, jusqu'avant la publication des résultats définitifs, l'opposition réclamait l'accès aux serveurs de données informatiques de la commission pour vérifier la conformité d'un scrutin dont l'organisation a été saluée par les observateurs de l'Union africaine, du Commonwealth et de l'Union européenne.

Après quatre échecs, Odinga reparti pour une nouvelle contestation

Quelques heures avant la proclamation officielle de la commission, James Orengo, un porte-parole de l'opposition a fait planer, la perspective d'une contestation post-électorale sur un scénario proche de celui de la présidentielle de 2013 lorsque Raila Odinga avait contesté devant les tribunaux, l'élection d'Uhuru Kenyatta.

Les prémices de la contestation de ces résultats de la présidentielle de 2017 réveillent chez les Kényans, les mauvais souvenirs des violences post-électorales de 2007. Cette année-là, Raila Odinga avat contesté la réélection de Mwai Kibaki. La contestation de ses partisans qui s'en suivit, alimentée par les appartenances ethniques, avait été réprimée dans le sang, faisant 1.100 morts et plus d'un demi-million de déplacés.

Cette fois-ci, le trame pourrait être légèrement différent en raison d'un apaisement des tensions ethniques. William Ruto, le colistier du président sortant est issu de l'ethnie kalenjin, celle-là même qui s'était particulièrement déchirée avec les Luo d'Uhuru Kenyatta lors de la crise de 2007. Dix ans plus tard, les deux hommes battent campagne ensemble pour accéder à la présidence.

D'un autre côté, les 150.000 policiers déployés pour sécuriser le pays, sont déjà postés aux endroits stratégiques des grandes villes et ont déployé un impressionnant dispositif pour contenir les débordements éventuels. Raila Odinga qui a perdu sa quatrième présidentielle et la rivalité anecdotique entre les Kenyatta et les Odinga, devrait quitter la vie politique kenyane. Non sans faire un dernier coup d'éclat dans son domaine privilégié : la contestation !

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