Kasaï/RDC : 38 nouvelles fosses communes découvertes, 80 charniers au total

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(Crédits : Reuters)
Le macabre décompte continue d’affoler dans la région du Kasaï en RDC. Sur fonds de répressions et d’exactions imputées à l’armée congolaise face aux milices de Kamwina Nsapu, trente-huit nouvelles fosses communes ont été découvertes dans cette région située au centre du pays. Le bilan, encore provisoire et tragique, fait état de quatre-vingt charniers découverts depuis le début de l’insurrection. Tout l'enjeu maintenant est de mettre des noms sur les auteurs de l'horreur.

Cette fois-ci le chiffre est issu d'une enquête conjointe du Bureau du Conseil des droits de l'Homme de l'Onu (BCNUDH) et de la justice militaire congolaise. Des découvertes faites entre le 7 et le 12 juillet à Diboko et à Sumbula.

31 fosses communes à Diboko, 7 à Sumbula

« À Diboko, la mission d'enquête conjointe a découvert 31 fosses communes probables dans quatre sites différents. À Sumbula, sept fosses communes probables ont été identifiées à deux endroits différents » a détaillé José Maria Aranaz, le directeur du bureau conjoint des Nations Unies aux Droits de l'Homme en RDC.

Depuis le début de l'année, une succession de découvertes de fosses communes a été signalée dans cette région en proie à des violences nourries par la répression de l'armée congolaise qui tente d'y mater la rébellion d'une milice qui s'est soulevée contre l'autorité de Kinshasa. « À ce jour, le BCNUDH a identifié 80 fosses communes au Kasaï », résume le bureau conjoint de l'Onu en RDC.

Pour le contexte, la mort à la mi-août 2016 de Kamwina Nsapu, chef religieux et coutumier au Kasaï, tué lors d'une opération de l'armée congolaise, déclenche un mois plus tard une insurrection. Les fidèles de Kamwina Nsapu mènent de fréquents raids contre l'armée congolaise qui réplique par une répression sanglante. Sur l'identité des auteurs de ces morts en masse, l'armée congolaise comme les milices se renvoient la responsabilité.

Pour l'Onu, l'usage jugé « excessif » de la force par les Forces armées congolaises n'y est pas étrangère. La semaine dernière, sept militaires congolais ont été d'ailleurs condamnés pour avoir massacré des personnes soupçonnées d'être des membres de la milice rebelle. La vidéo de ce massacre avait fait le tour de la Toile mettant à nu la responsabilité des militaires. En face, l'armée congolaise estime que, pour masquer ses pertes en vies humaines dans les affrontements et préserver le moral des troupes, les Kamwina Nsapu ensevelissent certains combattants, d'où l'existence de certains charniers.

Un risque de déperdition des éléments de preuves pour l'enquête

Pour situer les responsabilités, le Haut-commissariat des droits de l'Homme de l'ONU avait demandé la mise en place d'une commission d'enquête onusienne. Devant le refus de Kinshasa soutenu par certains pays africains, le bureau des droits de l'Homme avait menacé de réclamer une enquête internationale et même la saisine de la Cour pénale internationale(CPI). Une perspective bien lointaine puisque Kinshasa voulait une enquête conjointe avec l'Onu sous sa direction.

Pour l'heure, l'Eglise catholique affirme avoir recensé plus de 3.300 morts au Kasaï et plus d'un million de déplacés. Des témoignages recueillis sur place par RFI ou encore Reuters indiquent le déchargement de cadavres par des camions de l'armée congolaise.

Autre question, l'identification des victimes découvertes dans ces charniers. Pays de 80 millions d'habitants, la RDC ne compte qu'un expert légiste. Les experts de l'Onu attendus au Kasaï ne devraient arriver que début août. En attendant, les éléments de preuves pour reconstituer la vérité des faits risquent d'être définitivement perdus.

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