La Tunisie, ce pays sous état d’urgence permanent

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L'état d'urgence en Tunisie sera maintenu jusqu'au 15 octobre, alors que la situation sécuritaire et sociale n'aide en rien le gouvernement à gagner la popularité des électeurs.
L'état d'urgence en Tunisie sera maintenu jusqu'au 15 octobre, alors que la situation sécuritaire et sociale n'aide en rien le gouvernement à gagner la popularité des électeurs. (Crédits : Reuters)
Depuis l’attentat contre un bus de la sécurité présidentielle en novembre 2015, la Tunisie a décrété l’état d’urgence. Un an et demi après, le pays magrébin vit sous cette mesure gouvernementale à forte charge sécuritaire. Entre 2015 et 2017, les prolongations ont succédé aux prolongations. Dernière en date, l’Etat tunisien vient d’annoncer une prolongation de quatre mois de l’état d’urgence. Dans les faits, la Tunisie est sous un état d’urgence prolongé depuis bientôt deux ans.

Les Tunisiens sont désormais habitués à ce scénario presque immuable. Une consultation entre le président tunisien Béji Caïd Essebsi et son Premier ministre Youssed Chahed, suivie d'un communiqué annonçant (encore !) la prolongation de l'état d'urgence. L'annonce faite par le gouvernement, ce mercredi 14 juin, n'a pas dérogé à cette «tradition».

Une énième prolongation

«Après avoir consulté le chef du gouvernement et le président de l'Assemblée des représentants du peuple, le président de la République Béji Caïd Essebsi a décidé mercredi de prolonger l'état d'urgence de quatre mois à compter de jeudi 15 juin», annonce un communiqué du Palais de Carthage.

Jusqu'en octobre prochain, les Tunisiens devront composer avec cette mesure prévue par la constitution tunisienne et qui permet au gouvernement de restreindre le droit de grève et de réunion, de limiter la liberté de circulation et peut prendre des mesures de contrôle de la presse, si nécessaire.

A titre de rappel, l'état d'urgence est instauré en Tunisie depuis l'attentat du 2 novembre 2015. Dans l'après-midi de cette journée tragique, une explosion à bord d'un bus transportant des membres de la sécurité présidentielle a provoqué la mort d'une douzaine d'agents et une dizaine de blessés. Une semaine plus tôt, le projet d'attentat impliquant une dizaine de djihadistes avait été déjoué dans le sillage des attentats de Paris et de Bamako.

Avec cet attentat visant des forces de l'ordre, l'attentat du Musée du Bardo en mars 2015 (24 morts et 45 blessés), l'attentat de la plage du Sousse (39 morts et autant de blessés), la Tunisie a essuyé en ce temps-là, trois attentats en moins d'un an. Une menace terroriste alimentée par la situation chaotique en Libye dont profitent certains jihadistes pour entrer en Tunisie et grossir les rangs des groupes extrémistes tunisiens. En mars 2016, des hommes affiliés à Daech ont mené une attaque inédite contre une position de l'armée tunisienne à Ben Guerdane (sud du pays), à la frontière avec la Libye.

Entre l'impératif sécuritaire et la préservation des droits de l'Homme

C'est le contexte de la lutte contre le terrorisme qui a justifié l'entrée en vigueur de l'état d'urgence. Ce contexte continue aussi de justifier les nombreuses prolongations de cette mesure sécuritaire exceptionnelle. Au moment de prendre sa décision de proroger, le gouvernement gérait toujours le dossier des frères Soltani, deux bergers assassinés à un an d'intervalle par des terroristes. Avec une menace de plus en plus prégnante, l'état pourrait encore durer dans le temps.

Mais des voix s'élèvent pour dénoncer une instrumentalisation de l'état d'urgence pour limiter les libertés. Dans un rapport consacré à ces violations, Amnesty International dénonce des descentes de police et des perquisitions ciblées, des arrestations arbitraires de militants de la société civile, l'usage de la torture et de mauvais traitements, et même des restrictions de la liberté de mouvement pour contenir la grogne sociale.

Une utilisation de l'état d'urgence en dehors des prérogatives prévues par cette mesure d'exception qui alimente les critiques des organisations de défense des droits de l'Homme. Ces dernières plaident pour accentuer la lutte contre le terrorisme avec le recours à l'armée et aux services de renseignement et une sauvegarde des libertés. Pas sûr que l'Etat qui met en avant l'impératif sécuritaire l'entende de cette oreille. L'état d'urgence a fini par s'imposer dans les faits comme un état quasi-permanent.

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