Macron au Maroc, Le Drian à Alger... Le jeu d’équilibriste de Paris

 |   |  666  mots
(Crédits : Reuters)
Entre les deux voisins maghrébins, la France joue à l'équilibriste. Emmanuel Macron va se rendre les 14 et 15 juin au Maroc pour une visite de deux jours où il sera reçu par le roi Mohammed VI. Habituellement, Paris réservait la première visite d’Etat du nouveau locataire de l’Elysée au Maghreb à Alger. Mais il semble qu’Emmanuel Macron se soit inscrit dans une ligne de rupture avec cette tradition diplomatique. En amont de ce déplacement présidentiel mal vu par Alger, Jean-Yves Le Drian, le chef de la diplomatie française joue les éclaireurs dans la capitale algérienne.

Le timing ne doit rien au hasard. Lorsque le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian foule le sol algérien pour une visite de deux jours, Emmanuel Macron s'était déjà entretenu avec le chef de l'Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, pour lui assurer de sa visite «dans les prochaines semaines».

Une tradition française rompue sous Macron ?

Un coup de fil pour désamorcer toute mauvaise perception par Alger de la rupture de la tradition diplomatique qui a consisté pour les présidents français à commencer leur visite au Maghreb par l'Algérie au regard de son importante communauté vivant en France et de l'histoire commune entre les deux pays. A leur entrée au Palais de l'Elysée, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande se sont pliés à cette tradition diplomatique.

Mais le nouveau locataire du Château semble mettre fin à cette tradition avec sa visite de deux jours au Maroc. C'est à un subtil jeu d'équilibriste que joue la diplomatie Macron en Afrique du Nord, où ces deux voisins entretiennent une relation tumultueuse et s'écharpe bien souvent sur l'épineuse question du Sahara. Le trébuchet de Paris dans cette relation très éruptive entre voisins est de composer avec l'un sans contrarier l'autre.

Pour maintenir cette horizontalité, Emmanuel Macron alors en pleine campagne pour la présidentielle, s'était rendu en Algérie et en Tunisie, sans passer par Rabat. Pour réparer cette «erreur», devenu président, il se rend à Rabat. A vrai dire, le président français vient renforcer une relation franco-marocaine quelque peu ternie, sous la présidence Hollande, par une multitude de couacs diplomatiques qui se sont soldés par la signature d'un nouvel accord judiciaire.

Mais le temps presse pour Paris de renforcer sa relation avec ce royaume devenu central dans les renseignements pour la lutte contre le terrorisme. Il faut aussi vite mettre en œuvre un partenariat commun avec ce pays qui vient concurrencer la France dans sa relation commerciale sur ses pré-carrés notamment en Afrique de l'Ouest dont le Maroc veut intégrer l'espace économique, la CEDEAO.

Quand il faut rendre à Alger les égards donnés à Rabat

De l'autre côté, Emmanuel Macron sait qu'il marche sur des œufs. Son jeu d'équilibre pousse aussi Paris à ne pas froisser Alger. Premier partenaire économique de la France sur le continent, l'Algérie n'en constitue pas moins un acteur essentiel pour le volet sécuritaire de la politique africaine d'Emmanuel Macron. Alger peut jouer un rôle déterminant pour la résolution de la crise au Mali dans laquelle la force française Barkhane s'embourbe face aux colonnes djihadistes surarmées et difficilement saisissables.

Plus loin encore, le rôle de l'Algérie, accusée de faire un «double jeu», sera déterminant dans la lutte contre les groupes terroristes qui répandent la terreur dans le Sahel, mais aussi dans la résolution de la crise libyenne. Le rôle d'Alger pourrait même se prolonger dans le G5 Sahel, la force antiterroriste sous-régionale que la Mauritanie, le Mali, le Burkina, le Niger et le Tchad comptent mettre en place avec le soutien français.

C'est donc dans ce contexte que Jean-Yves Le Drian arrive à Alger presque en même temps qu'Emmanuel Macron à Rabat. En éclaireur pour le président français, l'indéboulonnable ministre de la Défense de Hollande va aborder avec le nouveau Premier ministre Abdelmadjid Tebboune et son homologue Abdelkader Messhael, des dossiers qu'il connaît bien : Libye, Sahel, et lutte contre le terrorisme.

Lire aussi : La matrice africaine de Macron

Officiellement, «cette visite illustre notre volonté commune de renforcer le partenariat d'exception qui unit la France et l'Algérie. Elle permettra notamment de préparer les prochaines échéances bilatérales de haut niveau», souligne un communiqué du Quai d'Orsay. Entre les lignes, en attendant la visite de Macron à Alger, l'éclaireur maintient l'équilibre sauf !

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/06/2017 à 13:53 :
Vive le maroc c est un pays d avenir quelques que soit les difficultés qu il rencontrer
a écrit le 14/06/2017 à 10:45 :
La seule stratégie d'Alger est de polluer le Maroc, maintenir les conflits dans la région et l'Afrique en général et faisant l'état de la situation de tous les conflits créer ou animés par Alger, ses responsables trouvent leur poids de force dans le maintien et la division des voisins pour tuer 2 en un
faire peur aux algériens en leur montrant les conséquences de toute opposition à ses chefs
et devenir leader sans efforts (diviser pour régner)
Ils ont arrivent à conduire les institutions , les experts et des états en erreur par leur manips orientées à la déstabilisation des voisins au lieu de développement de l'Algérie
ce qui montre la situation socioéconomique de ce pays riche et avec des recettes pétrogaz mais pauvre si on le compare avec les pays pétroliers, ils ont pollué la politique avec leur manip et piège
a écrit le 14/06/2017 à 8:19 :
Avec tout mes respects , cette vision​ n'est que journalistique, l'envergure de la diplomatie Algérienne, est au delà de tout ça, Monsieur Le Drian est une personne très appréciée en Algerie et son déplacement attendu est nécessaire, pour travailler dans le bon sens, c'est une raison pratique et non une faute diplomatique !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :