Gambie : après le portefeuille, Barrow lève le glaive de la justice contre Jammeh

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Yahya Jammeh pourrait éventuellement se voir traduit devant la Cour pénale internationale, dont l'actuel procureur n'est autre que Fatou Bensouda, l'ancienne ministre gambienne de la Justice sous le régime de Jammeh.
Yahya Jammeh pourrait éventuellement se voir traduit devant la Cour pénale internationale, dont l'actuel procureur n'est autre que Fatou Bensouda, l'ancienne ministre gambienne de la Justice sous le régime de Jammeh. (Crédits : Reuters)
Les proches de l’ancien président exilé en Guinée-Equatoriale ne sont pas loin de crier à l’acharnement contre Yahya Jammeh. Après le gel de ses avoirs en Gambie par le nouveau régime, c’est contre un ex-lieutenant de la garde rapprochée de Jammeh que la justice gambienne a émis un mandat d’arrêt international. En plus des frappes au portefeuille, Adama Barrow lève désormais le glaive de la justice contre l’ancien régime. Ira-t-il jusqu’à traîner Yahya Jammeh devant les tribunaux gambiens ?

La probabilité que le général Sulayman Badjie soit extradé de la Guinée équatoriale où il a suivi son ancien patron vers la Gambie, est très infime. La justice gambienne a émis un mandat d'arrêt à l'encontre de cet ancien chef de la Garde républicaine de Yahya Jammeh ainsi que six autres lieutenants de l'armée ou de la redoutée et défunte National Intelligence Agency (NIA, services de renseignements).

Les «Jungulars» et le «puits des cadavres» de Jammeh à Kanilaï

L'ancien général et ses co-accusés sont désignés comme les exécutants de l'enlèvement, du meurtre et de la dissimulation des cadavres d'Ebou Jobe et d'Alhagie Mamud Ceesay. Ces deux ressortissants gambiens naturalisés Américains ont disparu en juin 2013, sans laisser de traces après un voyage d'affaires à Banjul.

A contrario du régime de Jammeh d'alors qui indiquait que les deux binationaux n'avaient effectué qu'une escale dans la capitale, une enquête gambienne appuyée par le FBI a démontré le contraire. Selon ces investigations, les deux hommes, de retour d'un concert, ont été arrêtés à un poste de contrôle de la police avant d'être conduits, à bord d'un véhicule banalisé, au siège des services de renseignements où l'on a perdu leur trace depuis le 20 juin 2013. La suite de l'histoire est glaçante.

Les corps d'Ebou Jobe et d'Alhagie Mamud Ceesay ont été exhumés dans la forêt d'Allakunda, située près du palais présidentiel de Kanilaï, le village natal de Yahya Jammeh. Leurs cadavres montrent que les deux hommes ont été décapités puis enterrés dans ce village situé à 120 kilomètres de Banjul et que l'on soupçonne d'abriter le «puits des cadavres» de Jammeh.

Même si la lumière a fini par se lever sur cette affaire, la possibilité reste mince de voir les auteurs présumés traduits devant la justice gambienne. Activement recherchés, la plupart des hommes, appartenant aux «Jungulars», les redoutables sicaires présumés de Jammeh, ont fui à la chute du régime, soit en Guinée-Bissau, soit en Guinée équatoriale ou même portés disparus.

Ses proches visés, l'épée de Damoclès tombera-t-elle un jour sur Jammeh ?

Après le gel des avoirs de Yahya Jammeh, l'émission d'un mandat d'arrêt à l'encontre de membres de la garde rapprochée de l'homme de Kanilaï entre dans le cadre de la batterie de sanctions contre l'ancien régime. Certains voient dans le glaive de la justice, brandie par Adama Barrow, une «chasse aux sorcières» sous les oripeaux d'une justice transitionnelle.

Pour le moment, cette dernière laisse en suspens le sort de Yahya Jammeh dont le nouveau président étudiait la possibilité de le traduire devant la CPI. Ironie de l'Histoire, c'est à l'ancienne ministre de la Justice de Jammeh, Fatou Bensouda, aujourd'hui procureur de la CPI, que reviendrait la charge de préciser les chefs d'inculpation.

L'autre possibilité, peu probable, serait d'attraire l'homme au boubou blanc devant les tribunaux gambiens, de même que ses anciens lieutenants. A moins qu'à l'heure de quitter Banjul en cette nuit du 21 janvier pour son exil équato-guinéen, il n'ait en poche un document d'amnistie.

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