Côte d’Ivoire : un accord annoncé par le gouvernement en attendant la confirmation des mutins

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Alain-Richard DonwahiBouake, ministre ivoirienne de la Défense, donnant une déclaration aux médias, le 7 janvier dernier à Bouaké.
Alain-Richard DonwahiBouake, ministre ivoirienne de la Défense, donnant une déclaration aux médias, le 7 janvier dernier à Bouaké. (Crédits : Reuters)
Moins de deux minutes ! Expéditif et le ton volontairement grave derrière ses lunettes de vue, le ministre de la Défense est venu à la RTI, la télévision publique pour annoncer un accord gouvernement-mutins pour «une sortie de crise» avec un retour des insurgés aux casernes. L’accord est plus proche d’un accord a minima, puisqu'aucun responsable mutin ne le confirme. L’appel du gouvernement sera-t-il entendu ?

Fin des tirs et retour à la normale. Lorsque Alain-Richard Donwahi vient l'annoncer à 20h sur les antennes de la RTI, la télévision publique, le ton est grave. Au sein des familles ivoiriennes, scotchées devant leur télé, l'oreille collée au poste radio ou les doigts pianotant sur leur clavier ou smartphone, c'est le soulagement.

Sans hésitation, mais presque tremblotant face à la gravité de l'heure, le ministre de la Défense délivre la bonne nouvelle aux 26,5 millions d'Ivoiriens.

Une accord annoncé...

C'est d'abord un bref résumé que fait le ministre évoquant la confusion née de la cérémonie scénarisée des «excuses publiques» des mutins et l'annonce du porte-parole supposé du contingent des mutins de la renonciation à «toute revendication financière».

Cette dernière se résume au versement du reliquat des 12 millions de primes promis par le gouvernement, après les mutineries en série du mois de janvier. Alain-Richard Donwahi évoque aussi des négociations entreprises dimanche 14 mai dernier et qui se sont poursuivies jusqu'au lundi 15 mai.

«A l'issue des échanges, un accord a été trouvé sur les modalités de sortie de crise avec les soldats mutins. Par conséquent, nous appelons l'ensemble des soldats à libérer les corridors, à retourner dans les casernes et à veiller à la quiétude des populations», a annoncé le ministre sans plus de détails.

... et beaucoup de questions en suspens

L'annonce a laissé plus de questions qu'elle n'a apporté de réponses. L'appel du gouvernement poussera-t-il les mutins à retourner dans les casernes et à ranger les armes qui crépitent depuis lundi ? Le ministre n'a dévoilé aucun détail de l'accord qui aurait été trouvé avec les mutins. C'est même à se demander si les mutins ont participé aux «échanges» évoqués par le ministre. Les coups de feu ont repris peu après l'annonce et se sont poursuivis par moment dans la matinée de ce mardi.

Autre question : quel est le contenu du deal scellé ? Le gouvernement qui a annoncé des coupes budgétaires en raison d'une situation économique morose, va-t-il trouver les «7 millions cash !» et sans échéancier à verser aux 8 500 mutins ? Peu de détails filtrent sur la position que le gouvernement adoptera pour résoudre cette crise qui pourrait avoir de dangereuses conséquences. Au bout de l'agacement face à la situation, le gouvernement va-t-il engager l'épreuve de force ?

En tout cas, l'opération militaire annoncée en cours s'est pour le moment limitée à un transfert important de troupes de Yamoussoukro vers Bouaké. Politique de la «carotte» ou du «bâton», la marge de manœuvre du gouvernement semble réduite. Et pour ajouter au suspens intenable, le silence du Palais vient nourrir les spéculations. A Abidjan, Bouaké, San Pedro, Man, Daloa, Korogho, on espère que lorsque le silence présidentiel sera brisé, les choses pourraient rentrer dans l'ordre. L'espoir, c'est tout ce qui reste face à la gravité du moment.

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Commentaires
a écrit le 16/05/2017 à 18:46 :
Presque tremblotant ? Pas vraiment, non. Et dommage que la journaliste n'ait pu l'interroger sur la teneur de l'accord ni sur les pertes en vies humaines.

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